‹ L'ApocalypseChapitre 50 sur 239 · LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. ΟΠ · texte numérisé non relu

LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. ΟΠ

fléaux, qui sont classés comme des types, et non suivant une succession proprement chronologique (voir plus loin). Certains événements considérables, comme la chute de Rome, sont prophétisés, à la façon de la ruine de Jérusalem dans les Synoptiques, comme une manifestation extérieure du Règne de Dieu déjà en acte (χιχ, 6); les habitants du ciel qui la célèbrent dans un de leurs cantiques entrevoient même à cette occasion les « noces de l’Agneau », c'est-à= dire le salut définitif à la Parousie. Ainsi le siècle présent, le monde coupable, est en train de s’évanouir sous les coups du Roi de l'Univers, qui fait sonner les trompettes et répandre les coupes de sa colère. Mais combien d'années ou de siècles occupera la progression de cette ruine? Le soleil ἃ déjà percé les ombres; combien de temps mettra-t-il à les dissiper tout à fait, jusqu'à ce que, au grand Jour de la Parousie, les dernières armées du Prince des ténèbres se précipitent d’une course affolée au fond des abîmes?

L’Apocalypse aura une réponse à cette grande question. Mais ce qu'il nous faut constater d’abord, c’est que sa conception synthétique des temps eschatologiques correspond exactement à celle que nous révèlent les Évangiles, les Actes et les Épitres.

Dans les Synoptiques, Notre-Seigneur parle plus d’une fois du Règne de Dieu comme inauguré déjà par son activité miraculeuse, et surtout ses victoires sur Satan, dans la guérison des démoniaques (voir notamment Luc, ΧΙ, 20); dans une foule de logia, la venue de ce Règne est au moins annoncée comme imminente, et les Paraboles indiquent clairement qu’il s’agit de l'Église. D'après le discours eschatologique de Marc, xirr, Mat. xxiv, Luc, xx1 (avec les parallèles), les ὠδῖνες, ou douleurs d’enfantement des temps nouveaux, comprenant la ruine de Jérusalem, et autres déploiements de la puissance du Fils de l'Homme, pour le châtiment ou le salut, doivent commencer dès la génération présente, | qui verra également le Règne de Dieu (Luc, 1x, 27), venu dans la puissance (Mare, 1x, 1), le Fils de l'Homme venant avec son pouvoir royal (Mat, xvr, 28). Ces sortes d’avènements partiels sont comme les prodromes ou un commencement de la Parousie qu'ils annoncent. Ils sont englobés dans la même perspective que la consommation, quoique la date du grand jour soit laissée volontairement par | le Christ dans une ombre impénétrable, pour que les disciples songent à veiller, et à être toujours prêts. On peut donc dire que, pour les Épangiles, tout ce quë | suit la vie terrestre de Jésus est une eschatologie.

Les Apôtres et leurs convertis obéirent à ce précepte de vigilance et ils pensèrent toujours avec une grande ferveur, un sentiment presque d'impatience, au retour glorieux du Maître temporairement caché à leur vue. L'âge messianique où ils sont entrés n’est à leurs yeux que le début d’un monde nouveau qui est celui de l’avenir et de l’éternité. Tout ce qui pourra se succéder de la Résurrection jusqu’à la Parousie, ils ne le considèrent que comme une transition. Dès son premier discours à Jérusalem, saint Pierre fait voir dans les merveilles de la Pentecôte l’accomplissement d’une prophétie eschatologique de Joël. Les Apôtres qui, immédiatement avant l’Ascension, parlaient encore avec impatience du rétablissement du Royaume d'Israël (Actes, 1, 6), ont vu leur Maître s’en aller au ciel. Peu de jours après, l'Esprit descendu en eux leur a fait comprendre — et ce fut une merveilleuse révolution dans leurs idées — que les temps nouveaux et définitifs (Actes, 11, 17, ἐν ἐσχάταις ἡμέραις) débutaient à la Pentecôte. Pendant que

CIV INTRODUCTION

le monde va commencer à s'ébranler dans les convulsions prédites par Joël, l'humanité va aussi avoir accès au salut par l’invocation du nom du Christ (11, 21),

d’abord les fils d'Abraham, puis « ceux qui sont loin » (ir, 39), toutes les familles de la terre qui recevront à leur tour l'Évangile (m1, 25). Le monde est déjà plongé dans les ὠδῖνες, ces « douleurs du Messie », que la tradition juive (comme l'Apocalypse au chapitre x11) fait précéder la naissance du Messie, mais qui, par une extension et une transposition naturelle, signifient, maintenant que le Messie est venu, l’enfantement laborieux du salut définitif (1). C'est la détresse du monde qui va vers sa fin, l'évéyxn ἐνεστῶσα, qui, pour saint Paul, I Cor. vir, 26, marque au moins le début des grandes commotions qui doivent effacer la figure passagère du siècle présent. La période présente peut déjà s'appeler « les derniers jours » ἐσχάται ἡμέραι; de fait, cette expression désigne, dans .Aeb. τ, 2, Ι Pet. τ, 20, Jude 18, et peut-être ailleurs, conformément à la perspective biblique, tout le temps qui s’écoulera depuis l’incarnation de Dieu jusqu’à la consommation. C’est « la fin des siècles » τὰ τέλη τῶν αἰώνων, en prenant τέλη dans le double sens de point d'aboutissement chronologique, et de but, d'épanouissement du fruit des âges antérieurs, vis-à-vis de quoi tout ce qui a précédé avait raison de De Preuon ou de présage. En parlant des événements de l'Exode israélite, saint Paul s'exprime ainsi 1 Cor, x, 11 : « Tout cela arrivait à ceux-là en figure, mais a été écrit pour notre avertissement, à nous que la fin des âges a atteints » (εἰς οὺς τὰ τέλη τῶν αἰώνων xxrnvrnxev). Maintenant l'humanité est arrivée au crépuscule matinal du Grand Jour : « C’est déjà l'heure de s’éveiller du sommeil: car à présent notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire. La nuit est avancée, le jour s’est approché. Rejetons donc les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière » (Rom. xuxr, 11-12). La comparaison de l'Apôtre porte-t-elle à la fois sur la nature du crépuscule et sur sa durée, toujours brève, ou bien sur sa nature seulement, sur le mélange qu'il présente de nuit finissante et de jour commençant? Ou encore ce crépuscule ne serait-il pour chaque chrétien que la durée de sa vie mortelle? Tout cela est possible en soi, et nous ne pouvons encore décider. Toujours est-il que, pou

Paul, comme pour les autres Apôtres, l’âge messianique terrestre n’est qu'un

période de transition, l'aube du jour de l'éternité. C’est exactement la concep

tion que nous avons notée dans l'Apocalypse. Ϊ

LA DURÉE DU TEMPS MESSIANIQUE DANS L'APOCALYPSE ET LES AUTRES ÉCRITS DU NOUVEAU TESTAMENT,

Voici maintenant qu’une question plus difficile se pose. L'Apocalypse est-elle aussi d'accord avec les autres écrits néotestamentaires sur la durée du temps de transition que le Christ emploiera à détruire la puissance du Mal, avant la Parousie, et le Jour où Dieu sera enfin « tout en tous » ?

(1) Quoique le terme θλίψις, tribulation, soit fort commun au sens le plus général, surtout chez Paul, nous serions tentés, après d'autres, de lui reconnaître un sens technique équivalent à celui des ὠδῖνες, en divers passages, tels que Mat. xx1v, 21, 29; Marc, xut, 19, 1 Apoc. 1, 9; 11, 22; VII, 14.

DTA

PRES EE dé me,

Page 1