LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CV
Résumons d’abord l’enseignement de Jean sur ce point. (La démonstration de nos assertions doit être remise nécessairement au Commentaire.)
1° Les expressions apocalyptiques qui sembleraient indiquer la proximité de la Parousie (ἔρχομαι ταχύ, etc.) ont en réalité des sens variables ; beaucoup d’entre elles n’ont pas de rapport immédiat au dernier Avènement, et celles qui en ont un ne déterminent pas à elles seules l’époque de cet Avènement.
2° La nature des événements prophétisés comme s’interposant entre 16 temps de l’Apocalypse et la fin du monde, bien loin d’obliger à croire la Parousie prochaine, la recule nécessairement dans un lointain indéfini. En effet :
a. Le temps assigné au Règne de l’Antéchrist se prête à un très long ajournement de la Parousie. Car les troÿs ans et demi qu'il doit se prolonger (c. xur, 15) ne sont pas une durée littérale, mais symbolique. Ils mesurent toute la durée de l’activité des Bêtes, et le déroulement des événements ainsi mesurés suppose une plus longue, même une très longue durée. Cela ressort : αὐ de ce que dans ce cadre doivent trouver place les règnes de cirg empereurs passés, et une partie du règne d’un sixième (v. ch. xvir); B) ce laps de temps défalqué, il doit rester assez de durée encore pour que le sixième finisse son règne, et qu'un septième règne après lui. Mais ce schéma de 7, qui a été choisi principalement pour des raisons de symbolisme, sans doute pour signifier que l'Empire romain aurait son déroulement normal, n'épuise pas le nombre des empereurs; il y aura encore un huitième membre, lequel signifie peut-être, ainsi que nous le verrons, une série prolongée, ou en tout cas, s’il n’est qu'un individu, peut aussi avoir des successeurs ; y) quand il n’y aura plus d’empereurs romains, après la ruine de Babylone par la Bête et ses cornes (c. xvir), commencera une série, en nombre rond, de dix rois, qui peut aussi bien comprendre des royaumes successifs. Alors, mais alors seulement, Jésus viendra dans son triomphe (c. ΧΙΧῚ.
b. La péricope du Millénaire (xx, 1-10) donne enfin à la pensée de Jean sur le grand éloignement de la Parousie une évidence éclatante. Ce difficile passage fera l’objet d'une longue dissertation en temps et lieu. Indiquons-en ici les résultats : Le Règne de mille ans (d’une durée indéfinie, en tout cas très longue), se confond avec toute la pis terrestre du Règne de Dieu établi à la glorification du Christ. 11 n'a en effet qu’un caractère spirituel, la « première résurrection » est la vie de la grâce ou de la gloire dans la Jérusalem nouvelle qui est l'Église, même considérée en son état militant. IL ne s'étend pas à toute l'humanité et l'incarcération de Satan n'est nullement absolue; enfin il n’y ἃ pas proprement rapport de succession chronologique, mais plutôt simultanéité, entre les réalités du Millénaire et celles des visions précédentes xn-xix (ainsi que vin-xr). Le Règne de Mille Ans coexistera avec l’Empire des Bêtes. Ainsi la Parousie doit être reculée à une époque très lointaine, figurée par un chiffre rond et symbolique très considérable. |
S'il en est ainsi dans la Révélation FR EE ne faut-il pas admettre par contre que tous les autres écrivains du Nouveau Testament ont cru la Parousie très rapprochée de leur époque ?
L'eschatologie des Synoptiques (1) n’est pas ici en question. Jésus n’a voulu
(1) Sur cette question, voir le P. LAGRANGE, Évangile selon S. Marc, au commentaire du