LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXV
don divin qui se manifeste dans le dérèglement et l’'aveuglement des gentils, en disant que « la colère de Dieu se révèle du haut des cieux », ἀποχαλύπτεται γὰρ ὀργὴ θεοῦ ἀπ᾽ οὐρανοῦ, style dont on s'explique mieux la couleur si l’on songe que
» pour l’Apôtre aussi, les derniers temps, ἐσχάται ἡμέραι, pouvaient avoir com-
- mencé. Si jusqu'à des faits moraux et continus de l’époque revêtaient à ses yeux
et dans son style quelque teinte apocalyptique, à foftiori a-t-il dü user de ce style quand il parlait formellement de la Parousie et de ce qui la précédera. Car tel était depuis longtemps l'usage, et ce n’est pas saint Jean qui a créé 16 style apocalyptique avec les personnifications qu'il entraine.
Nous pouvons en conclure qu'# est possible à priori, que saint Paul ait usé, dans la péricope I Thess. 11, 1-13, des personnifications du style apocalyptique; et que le parallélisme assez étroit existant entre cette péricope et le drame des Bêtes dans l’Apocalypse Johannique, rend vraisemblable qu’il en ait usé.
En ce cas, l’« homme d'iniquité » peut être une série courte ou longue, on ne sait, d'agents personnels travaillant pour Satan, laquelle aboutit peut-être à un personnage principal, d’après lequel toute la série serait nommée; le χατέχω serait une personnilication des instruments de la propagande évangélique, comparable aux Deux Témoins, ou, pour prendre une figure non dédoublée, au premier cavalier du chapitre vi de l'Apocalypse. Dans cette lutte, l’'Antéchrist aurait un jour le dessus, ce qui lui permettrait de se manifester pleinement; non que jamais les portes de l’enfer puissent prévaloir contre l'Eglise, mais parce que de bien des manières elle peut être enfermée aux catacombes, et son épanouissement en œuvres extérieures arrêté. Enfin ces événements peuvent être différés jusqu à une époque bien postérieure à la génération actuelle des Thessaloniciens. C’est pour cela que Paul, en les félicitant de leur élection, les caractérise comme ayant été choisis dès le commencement ou en prémices. Les manuscrits et même les éditions critiques se partagant entre les leçons ἀπ᾽ ἀρχῆς et émasy#v, mais cela revient au même. Ces termes sont relatifs essentiellement. Relatifs à quoi? Ils ne conviennent pas à l'Église de Thessalonique par rapport à l’ensemble des églises chrétiennes du premier siècle, car il y avait déjà bien des pays évangélisés avant la Macédoine; ni même tout à fait par rapport aux églises pauliniennes, car celles de l’Anatolie méridionale auraient mieux mérité alors d’être désignées comme prémices, ou fondées au commencement. L'Église de Thessalonique a donc bénéficié des débuts de l'évangélisation, en ce sens que cette période de
| l'évangélisation du monde, commencée à la fondation de l’église de Jérusalem par les Douze, ne peut être considérée que comme le commencement d’un mou-
vement destiné, semble-t-il d’après cela, à se prolonger longtemps, bien plus longtemps que la durée d’une vie d'homme.
Nous n’avons parlé que de possibilité ou de probabilité jusqu'ici. Cette probabilité peut-elle se transformer en certitude ? Oui, si l’on considère d’autres prophéties pauliniennes qui doivent se réaliser avant 1 « apostasie » et avant la « manifestation » de l’Antéchrist. Leur étude va nous montrer, d’abord que l'hypothèse présentée ci-dessus est la véritable, et ensuite, par de nouveaux arguments, que la Parousie, dans l’idée même de Paul, doit être reculée dans un lointain peu défini.
ὁ. Rom. XI, 25, suivants, οἷν, XI, 44-12; 15.
Dans ce passage, saint Paul apprend à ses lecteurs que la réprobation d'Israël,
CXVI INTRODUCTION
sur laquelle il s’est longuement étendu, n'est que temporaire. Un beau jour, le peuple des patriarches se piquera d’émulation en voyant les gentils appelés au salut (xr, 11). La chose n’arrivera que quand la plénitude des nations sera entrée dans la chrétienté (xx, 25, πώρωσις ἀπὸ μέρους τῷ ᾿Ισραὴλ γέγονεν ἄχρι οὗ τὸ πλή pu x τῶν ἐθνῶν εἰσέλθη). La conversion d'Israël sera alors complète; il sera sauvé comme nation (χι, 26 : Καὶ οὕτως πᾶς ἸΙσραὴλ σωθήσεται). Et ce sera alors un tel épanouissement de vie spirituelle qu'il pourra être comparé à un retour des morts à la vie τ (xx, 12; χι, 15 : τίς ἣ πρόσλημψις εἰ μή ζωὴ ἐκ νεχρῶν.)
Nous allons chercher à fixer la portée de cette prophétie en fonction de celles que nous avons déjà vues dans les épîtres aux Thessaloniciens. En avons-nous le droit? Nous le pensons, car rien n’oblige à supposer que Paul ait modifié ses prévisions eschatologiques entre les années 51-52, où il écrivit à Thessalonique, et l’an 58, date de l’épître aux Romains. Le prétendu changement de perspective que certains veulent saisir entre la première et la deuxième aux Corinthiens, quend saint Paul eût commencé à envisager sa mort comme possible, n'est pas fondé (1), ainsi que nous l’avons déjà fait sentir. S'il avait découvert alors des conditions nouvelles de la Parousie, qui eussent transformé ses vues antérieures, l'obligeant ainsi à en rectifier l'expression, n’en aurait-il pas donné quelque signe un peu plus perceptible? Non, il est bien plus naturel de supposer que les diverses parties de ses conceptions eschatologiques, quoique ne nous ayant été livrées que comme des désjecta membra, formaient un tout cohérent dans son esprit dès l'époque où la prédication de la Parousie tenait une place prépondérante dans son enseignement.
En nous plaçant dans cette HUE ἘΠΕ nous cherchons ce que peut nous enseigner, sur la date jusqu'ici indéterminée de la Parousie de l’Antéchrist, et conséquemment sur celle du Christ, qui ne peut avoir lieu qu'après. la prophétie de la conversion d'Israël. Établissons encore une série de propositions avec leurs preuves.
1° Paul n’affirme pas que la conversion des Juifs précédera immédiatement /a résurrection générale.
« Si leur rejet, dit-il x1, 15, a été La réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon un ordir des morts à la vie! » L'absence d’article, pour conforme qu’elle soit à la grammaire, permet cependant de comprendre les mots ζωὴ ἐχ νεχρῶν au sens d’une résurrection quelconque, aussi bien que de /a Résurrection générale. Nous savons d’ailleurs que la résurrection des morts est souvent prise, dans le Nouveau Testament, en un sens figuré (Apoc. χι et xx, Paul, passim; Jean, v). 11 peut en être de même ici. Trois versets plus haut, l’auteur sacré a dit que cette conversion augmenterait les richesses spirituelles déjà octroyées aux nations à l’occasion de l’infidélité d'Israël (xr, 12 : εἰ δὲ τὸ παράπτωμα . αὐτῶν πλοῦτος χόσμου καὶ τὸ ἥττημα ἀυτῶν πλοῦτος ἐθνῶν, πόσῳ μᾶλλον τὸ πλή ρωμα ἀυτῶν:) Nous serions tentés de faire un rapprochement avec le millenium d’Apocalypse, xx, : le monde, après cette conversion des Juifs, participera d’une manière plus pleine et
(1) La maladie qui aurait donné à Paul des inquiétudes pour sa vie, entre son FPE d'Éphèse et l'envoi de IT Corinthiens (II Cor. 1, 8-suiv.), peut fort bien avoir porté l’Apôtre à penser davantage à la mort et à en parler, sans pour cela lui avoir fait croire pour la première fois que cette mort était possible avant la Parousie. Toute théorie basée sur ce prétendu change ment de perspective et d'opinion de l’Apôtre est fort caduque.
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