CXVIII INTRODUCTION
l'ensemble des Gentils auraient entendu la prédication de l'Évangile, sans y adhérer. ΠῚ ne peut s'agir que d’une transformation de l’ensemble des Gentils par la grâce de la vie chrétienne sérieusement professée. Qu'il doive rester, pour user des termes de Jean, des Gog et Magog, cela ne change pas la perspective. D'abord, Paul n’en dit rien; puis, s’il y avait pensé, il aurait pu les considérer comme des exceptions, ou comme la masse des individus ou des peuples « apostats ».
5° Mais Paul n'espéraiït pas mener lui-même à terme, avant sa mort, la conversion des Gentils.
On peut au moins le conjecturer d’après ce qu’il déclare aux Romains, xv, 23.
I] a, dit-il, porté partout l'Évangile en Orient, depuis Jérusalem jusqu’à l’ Mie Cum; maintenant il veut, en passant par Rome, s'en aller en Espagne pour évangéliser les pays neufs d'Occident. Et la raison qu'il en donne, c'est qu'il ne
«trouve plus de place », sous-entendu à évangéliser, dans ces régions orientales,
ou bien encore qu'il « n’a plus d'occasion » d'y faire quelque chose (μηκέτι τόπον ἔχων ἐν τοῖς χλίμασι τούτοις). Il jugeait alors en gros; pendant et après sa première captivité, il s’'aperçut qu’il lui restait encore quelque chose à faire là-bas. Cette confidence nous montre bien toutefois en quoi consistait aux yeux de Paul la mission personnelle qu’il avait à remplir durant sa vie. Il ne pouvait seifaire l'illusion de croire que l'Orient était déjà à peu près converti, et qu’il suffirait d’un court travail de ses disciples pour le christianiser rapidement en masse; on ne se fera pas une pareille idée de la perspicacité d’un tel homme. Non; mais ce qu'il avait à y faire, avant d'aller rejoindre le Christ, il estimait l'avoir déjà fait; sa mission n était donc que de fonder quelques églises, qui seraient comme les cellules-mères des autres, de semer des germes que le temps et le travail d’autres apôtres feraient croître et se multiplier. Et quand viendrait la plénitude de la moisson? Ne devaitelle pas être encore assez éloignée ?
Ainsi Paul n’a certainement pas espéré qu’il mènerait personnellement à son terme l’œuvre de la conversion des Gentils annoncée dans la même épître, au chapitre xx, et il n’a pas cru sans doute qu’elle pût être achevée en quelques années après sa mort. Cependant il faut que la plénitude des nations soit entrée dans l'Église avant le retour d'Israël. Ce n’est pas encore tout.
6° Entre la conversion des Gentils et des Juifs et la pleine manifestation de lAntéchrist doit trouver place l « Apostasie ».
Cette apostasie ne peut être seulement celle d’un chrétien destiné à devenir ensuite « l’homme de péché ». La leçon de II Thess. 1, 1, est bien ἀποστασία, et non ἀποστάτης. Rien n'autorise à restreindre cette défection à une seule: personne, ou à quelques-unes. Au contraire, il semble bien, par tout le contexte, que cette apostasie doive être le résultat général de l'opération du « mystère d'iniquité » qui est d'ores et déjà à l'œuvre. Ce « mystère » malfaisant, quand écrit Paul, opère surtout hors de l’Église, parles ennemis du Christ juifs ou païens. Les néoconvertis ne sont pas sur a voie de l’apostasie, c’est au contraire une période de joie, d'ardeur, de conquêtes. L’ « apostasie » suppose une époque toute différente de celle de l’âge apostolique. Elle se produira quand Gentils et Juifs auront reçu l Évangile, et auront eu le temps de se refroidir, de tomber en'décadence. On peut invoquer comme parallèle le passage des Sopra Mat. xx1v, 12, où“ Notre-Seigneur annonce que « à cause de la multiplication du péché, la charité du
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