LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXIX
grand nombre (τῶν πολλῶν) 58 refroidira ». Le mystère d'iniquité, qui, avant même la fin de la conquête évangélique, avait pu s’insinuer çà et là dans les communautés, y fera un jour, à la faveur du relâchement des mœurs chrétiennes, une invasion débordante. Alors les temps seront mûrs pour la Parousie de l'Antéchrist. Mais, pour qu'il se produise une pareille décadence, il faut du temps. Donc une période qui peut étre longue, séparera encore la conversion des Gen- (ils et des Juifs des succès derniers de l'Antéchrist.
7° L'Antéchrist apparaitra alors, dans le temps qui lui ést marqué par Dieu (ἕν τῷ αὐτοῦ καιρῷ, ΠῚ 7.658. arr). Le Christ luttera contre lui, et le vaincra — peutêtre d'un seul coup, mais peut-être aussi au bout d’une période de luttes, au moyen des instruments de sa parole. Enfin 1} le détruira tout à fait, et
8° La ruine définitive de l'Antéchrist (καταργήσει) coincidera avec la Parousie
du Christ, apparaissant (τῇ ἐπιφανείᾳ τῆς παρουσίας αὐτοῦ) POUT juger les vivants et les morts.
De l’ensemble de cette discussion des textes eschatologiques formels, voici donc ce qui résulte en résumé :
Saint Paul, dans I! T’hess., n'a traité qu'une question théorique et universelle | D la parité des vivants et des morts au jour de la Parousie; il n’a pas jugé alors utile de rien dire sur l'époque de cet événement, tout en rappelant que cette époque était inconnue, — et il a même, implicitement, donné un transeat à l'idée que se faisaient les Thessaloniciens de sa proximité. Mais il s’est aperçu peu après que ce manque d’afflirmation avait des inconvénients. Alors, dans IT Thess., il a déclaré nettement que la Parousie n'était pas imminente. C’est qu'elle ne pourra arriver qu'après des événements qui n’ont pas encore pu se produire, une apostasie des fidèles, et la manifestation de 1 « homme de péché », le grand Adversaire de Dieu connu par la tradition judaïque. Il ne détermine pas si cet adversaire est un individu ou une collectivité; mais les termes dont 11 use, et le parallèle qu’on trouvera plus tard dans l’Apocalypse, montrent déjà que le sens de collectivité est vraisemblable. Quelques années plus tard, saint Paul, écrivant aux Romains, ne transforme pas, mais complète, son enseignement eschatologique. Îl leur prédit la conversion d'Israël comme peuple, avant la fin des temps. ΠῚ n’affirme pas d’ailleurs que cette conversion doive être immédiatement suivie de la résurrection générale. Ce qui est indubitable, c’est qu'il ne s’attend pas à ètre personnellement l'heureux témoin de > ce retour de son peuple. D'autant moins que cette conversion des Juifs doit être précédée de l'entrée en masse des nations dans l'Église, et que l'Apôtre ne croit nullement être appelé, avant sa mort, à compléter cette conversion, ni même à pousser cette œuvre jusqu'à un point tel qu'il ne faudrait plus que peu d’années pour la mener à terme. En rapprochant cette nouvelle révélation de ce qui a été prédit 11 Thess., il appert que cette christianisation du monde, déjà reculée elle-même dans le lointain, précédera d'assez longtemps la pleine manifestation de l’Antéchrist; car il faudra que le « Mystère d’iniquité » ait eu le temps de corrompre les chrétiens par son action progressive, et de les entrainer dans une décadence qui aboutira à
sent sous 16 « Mystère d'iniquité », est principalement une collectivité, une σόν ὁ d'adversaires, qui peut se prolonger fort longtemps, indéfiniment presque, et la
« Parousie » dernière de l'Antéchrist est à reculer dans les régions lointaines”
« Apostasie » de grandes masses. Donc cet « homme d'’iniquité », toujours pré- Ὁ
ΟΧΧ ᾿ | INTRODUCTION
de l'avenir. Il en est de même, à fortiori, de la Parousie du Christ, qu’une période de luttes plus ou moins prolongées peut du reste aussi séparer de celle de son Adversaire. |
Conclusion : Saint Paul n'a jamais affirmé, pas même quand il écrivait aux Thessaloniciens, que la Paroustie düt arriver, ni pendant sa vie, ni au bout d’un temps étroitement limité qui suivrait sa mort. Entraïîné par l’ardeur de son espérance, il a bien pu croire, d'une opinion humaine, et sans rien affirmer ni insinuer là-dessus, que le cours des événements futurs intermédiaires, conversion des Gentils, conversion des Juifs, séduction des fidèles, ‘serait beaucoup plus rapide qu'il ne devait l'être en réalité. Mais cela même n'est pas certain ; et toujours est-il qu'en l’an 58, quand 1] écrivit aux Romains, la consommation avait reculé à ses yeux dans un lointain tout à fait indéfini.
Il nous reste à voir si les dernières épîtres ajoutent ou changent quelque chose à cette conclusion.
c. Les Épîtres pastorales doivent nous donner l'idée définitive de Paul sur ce sujet. Nous pouvons y joindre l'Épître aux Hébreux, que l'Apôtre, pensons-nous, a fait rédiger par quelqu'un de ses disciples de culture alexandrine, en l’an 63, au terme de la première captivité, quand il était encore en Italie.
Au ch. x, 25 et 37, de l’Epitre aux Hébreux, l’Apôtre recommande aux Judéo- Chrétiens de ne pas délaisser leurs réunions, mais de s’encourager mutuellement « et d'autant plus que vous soyez s'approcher le Jour » (καὶ τοσούτῳ μᾶλλον ὅσῳ βλέπετε ἐγγίζουσαν τὴν ἡμέραν). Ce « Jour » est évidemment le Jour du Christ, mais peut-être au sens large, peut-être, puisqu'il écrit à des « Hébreux », le Jour de la grande épreuve prochaine, la ruine de la nation. Plus loin, les exhortant à la persévérance : « Encore un peu, bien peu (ἔτι γὰρ μικρὸν ὅσον ὅσον), celui qui vient viendra, et il ne tardera pas. » Il est clair qu'on ne peut exclure de ce passage
l'idée de cette venue du Christ qu’attend chaque juste au terme de sa vie, de ces « Parousies » individuelles par lesquelles le Christ apportera à chacun sa rétribution. Nous devons même préférer cette interprétation, eu égard aux autres textes étudiés ci-dessus.
Dans les Épitres pastorales, on attendrait, pour ce qui Mo l’eschatologie, des formes de langage catégoriques, homogènes, et dégagées de toute obscurité. Π n’en est pourtant pas ainsi. Paul, le vieillard, n’est pas moins préoccupé de la Parousie qu'il le fut au temps de sa maturité. Comme autrefois, elle demeure l’objet de la grande aspiration qui entretient la vigueur des prédicateurs de l'Évangile. L'Apôtre dit à Tite (Τί. τα, 13) : « Vivons avec justice et piété dans ce siècle, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition (ἐπιφανείαν) de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ ». Et si cela peut s'interpréter comme une attente à longue, très longue échéance, que les prédicateurs devront entretenir à travers des générations successives, il est une autre parole de l’Apôtre, à Timothée celle-ci, qui donne au premier moment une impression semblable à celle de ces textes aux Thessaloniciens ou aux Corinthiens où l’on aurait cru voir l’annonce de l’Avènement prochain : « Je te recommande... de garder le commandement sans tache, sans reproche jusqu'à l'apparition de Notre-Seigneur Jésus-Christ μέχρι τῆς ἐπιφανείας τοῦ χυρίου ἡμῶν ’Inéoù Χριστοῦ), que fera voir en son temps (καιροῖς ἰδίοις) le bienheureux et unique Souverain... » (1 Tim. νι, 13-15). C'est comme si le vieil apôtre, n’espérant pas assister vivant à
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