‹ L'ApocalypseChapitre 61 sur 239 · LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXXI · texte numérisé non relu

LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXXI

cette « Épiphanie », mais oublieux un moment de tout ce déroulement d'événements, assez vaste pour occuper des siècles, qu’il ἃ annoncé lui-même comme devant précéder le grand Jour, se rattachait au moins, pour se consoler de n'être pas lui-même du nombre des « περιλειπόμενοι », à l'espoir vague et iremblant qu’au moins son disciple préféré pourrait en être. Mais il ne s'y arrête pas, et se réfugie, plein d’un sentiment d'abandon au Dieu Souverain, dans la certitude que Dieu manifestera le triomphe de son Christ « quand il le faudra » καιροῖς ἰδίοις. C’est là une observation très pénétrante de Tillmann (1). Seulement il ne faudrait pas conclure du ton un peu mélancolique de la phrase que saint Paul eût jamais pensé autrement, et dû, dans sa vieillesse, renoncer à un espoir autrefois ferme et décidé. Ce qui avait toujours importé à l’Apôtre, c'était le ait même du triomphe du Christ, non les conditions ni la date de ce fait, déjà si assuré qu'il le voyait, par moments, comme présent.

Dans ces mêmes épitres, saint Paul montre assez qu'il se croit aux « derniers temps ». 1 Tim. 1v, 1 suivants : « L'Esprit dit clairement que, dans les derniers temps (ἐν ὑστέροις χαιροῖς) cerlains se détourneront (ἀποστήσονται) de la foi, pour s'attacher à des esprits séducteurs, etc. » et l’'énumération qui suit montre assez que l’Apôtre s'attaque à des erreurs et des vices contemporains, ceux-là mêmes qu'il avait déjà combattus, dans les Épiîtres de la captivité, chez les Poe tiques d'Asie. Il y revient II Tim. nr, 1 suivants : « Mais sache ceci, qu'aux derniers jours (ἐν ἐσχάταις ἡμέραις) viendront des moments difficiles ; car les hommes seront égoïstes, etc. » Qu'il parle encore de ses contemporains, la chose est certaine d'après le verset 6 : « Et de tels gens éloigne=toi; ceux-là sont du nombre, qui s’'insinuent dans les familles,'etc. » Il a donc vu dans cette perversion de certains milieux d’Asie une infiltration du « mystère d’iniquité », un prodrome lointain de l’ « Apostasie » future (ἀποστήσονται, 1 Tim. 1v. 1). Seulement, le contexte de Il Tim. m1 indique bien que ce ne sera pas encore le grand mouvement d'apostasie de 11 Thessaloniciens, qui doit aboutir à la manifestation de l’ « homme de péché ». En effet, Paul déclare aux versets 8 et 9 que ce mal intérieur des églises n'aura pas encore de suites durables : « Α la manière dont Jannès et Jambrès s'opposèrent à Moïse, ainsi ceux-là s'opposent à la vérité...; mais ils ne progresseront pas davantage; car leur insanité sera visible à tous, comme le devint celle de ces hommes-là. » L’apostasie et l’Antéchrist ne sont donc pas encore tout proches. 51 Paul appelle son époque « les derniers temps », c’est au sens très large que nous avons expliqué au début de cette étude; rien n'indique qu il se croie à la fin de ces « derniers temps ». A nr

Les épîtres pastorales, comme on le voit, n’ajoutent donc aucune détermination aux idées eschatologiques formuiées par Paul antérieurement. Loin de là, leur langage renouvelle ces mêmes équivoques apparentes, sur la date de la Parousie, qui ont tant embarrassé les commentateurs des premières épiîtres. C’est un fait à noter, car il confirme nos explications précédentes. Dans ces lettres de la fin de sa vie, il est impossible qu’il y eût chez Paul aucune équivoque de pensée; pourtant le langage n'a pas varié. Il y a là un nouvel argument pour nous autoriser à croire que si les expressions en cause n’ont rien d’affirmatif,

(1) Frirz TiLLMANN, Die Wiederkunft Christi nach den paulinischen Bricfen, Fribourg-en- Brisgau, 1909, page 19.

GXXII INTRODUCTION.

malgré leur apparence, dans les Épitres pastorales, les expressions similaires n'étaient pas aflirmatives non plus dans les lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. Si elles sont compatibles en l'an 64 et 67 avec l’idée d'une prolongation considérable des temps de transition, du crépuscule de l'éternité, pourquoi ne l'eussent-elles pas été également une douzaine et une quinzaine d'années plus tôt? |

Ainsi, malgré tous les passages, disséminés au cours de presque toutes ses lettres, où Paul évoque la Parousie comme une raison très actuelle de vivre chrétiennement, malgré les difficultés toutes particulières du ἡμεῖς οἱ περιλειπόμενοι et du ἡμεῖς ἀλλαγησόμεθα, 1] faut reconnaître que les passages eschatologiques les plus détaillés s'opposent à toute certitude, et même à toute probabilité, d’une Parousie prochaine. Et on ne saurait démontrer que la pensée de Paul ait subi aucune évolution sur ce point. Par conséquent, il faut se résigner à admettre que l'expression équivoque « nous qui sommes laissés », équivalait à « nous, à supposer que nous soyons laissés », ou bien à « nous, c’est-à-dire ceux d’entre nous, chrétiens, qui seront laissés ». Si, par moments, la vivacité et la certitude de son attente masquait aux yeux de Paul la longue série d'événements qui devait précéder l'Avènement du Seigneur, de manière à le lui faire paraître comme presque présent, il se ressaisissait quand il fallait affirmer explicitement quelque chose sur la marche des événements futurs, et, de fait, il ouvre une perspective qui, si elle n’est pas explicite comme les « mille ans » de l’Apocalypse, peut du moins très bien se concilier avec une durée aussi considérable de la vie de l'Église militante.

C'est peu de chose que d'interpréter les épitres catholiques, après toutes les difficultés des épîtres pauliniennes. Sauf la 2° épître de saint Pierre, elles apportent peu de nouveau. Nous y retrouvons les expressions avec lesquelles nous sommes déjà familiarisés.

L'attente des récompenses ou la crainte des châtiments de la Parousie sert encore de puissant stimulant pour les fidèles {[° Pet., 1, 7, 13, τν, 13; [ Jo4. 11, 28). Aucun de ces premiers textes n'en entraîne la proximité. Mais la période présente de l'histoire est encore caractérisée comme étant « les derniers jours ». Ainsi 1 Pet., τ, 20, où il s’agit de l'apparition historique du Christ ἐπ᾽ ἐσχάτου τῶν χρόνων, « ἃ la dernière des époques »; Jude 18, les hérétiques de son temps étaient prédits comme devant venir au cours de la dernière époque : ἐπ᾿ ἐσχάτου τοῦ χρόνου, et IT Pet, ππι, 3, ἐπ΄ ἐσχάτων τῶν ἡμερῶν des derniers jours; Jean appelle

même son époque « la dernière heure » παιδία, ἐσχάτη ὥρα ἐστίν (1 Jok. τι, 18.) :

Et on croirait qu'il se juge à l'extrême limite des temps, si l'on ne savait par son Apocalypse dans quel sens très large il faut prendre une pareille expression. Îl déclare au moins, 1 Jok., τι, 17, comme Paul 1 Cor., vu, que « de monde est en train de passer (ὃ χόσμος παράγεται) avec sa concupiscence », texte qui peut se rapporter, soit in abstracto au caractère transitoire de toute chose purement terrestre, soit à la marche de la destruction dort le processus est commencé. Auparavant saint Pierre avait dit, en termes plus forts : Πάντων. δὲ τὸ τέλος ἤγγιχεν « La fin de toutes choses s’est rapprochée » (1 Pet., 1v, 7), et

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