‹ L'ApocalypseChapitre 63 sur 239 · LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXXVII · texte numérisé non relu

LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CXXVII

à Néron. Domitien persécuta les philosophes, en qui il soupçonnait de dangereux opposants à l’absolutisme. Ni les protognostiques, ni probablement les hermétistes et les mystes païens n'avaient encore de culte spécial pour le Maître. Il en fut tout autrement à partir de la fin du n° siècle. La diffusion de la religion égyptienne, qui avait déifié naguère Pharaons et Ptolémées, celle du mithraïsme, avec sa conception de la « gloire » divine (Hvareno) qui transformait l'âme des souverains, les cultes sémitiques astraux, qui firent de l'empereur une sorte d’incarnation du soleil, altérèrent profondément l'ancienne religion polythéiste, en la pénétrant d’une part d'un caractère mystique, en lui donnant un air d’ « agneau » qu’elle n’avait guère eu jusque-là, et, d'autre part, en élevant au rang des dieux le chef couronné. Le néo-platonisme, et toutes les sectes philosophico-théurgiques, appuyèrent de tout leur pouvoir ce nouveau mouvement religieux. Rome donna alors le dernier mot au paganisme panthéistique. Cette confusion du pouvoir divin et du pouvoir civil, ordinaire dans les sociétés primitives, ct maintenue obscurément dans quelques religions locales, c'est Rome, au mm siècle, qui a voulu l’ériger en système universel, religieux, philosophique et juridique pour le monde entier. Le paganisme à son déclin est alors retourné à ses commencements, par la confluence de forces qui, au cours de l’évolution humaine, s'étaient distinguées, et opposées souvent. Athéisme et panthéisme, ciel et terre, philosophie et superstition, politique et mysticisme se sont donné la main. Rome fut vraiment alors la courtisane qui enivra du vin de sa prostitution toutes les nations de la terre (6. xvir, 3). Il y eut opposition de principes absolue entre le monde et le christianisme, opposition qui n’excluait pas toutefois certaines ressemblances superficielles et fallacieuses. Et c’est cela que Jean voyait quand il a fait paraître le Faux Prophète, le Pseudo-Agneau; et c'est le Pseudo-Agneau qui a donné au culte des empereurs cette universalité obligatoire que Jean a prédite dans sa vision du chapitre x. Tout cela ne se réalisa formellement que longtemps après lui, lorsque le Dragon, devant les progrès du christianisme, sentit qu'il allait éprouver sa plus grave défaite de toute l’histoire.

511 est aucune vision prophétique, au plein sens du mot, celle-là l’est bien entre toutes. Nous ne voyons pas comment aucun croyant au surnaturel, suffisamment instruit de l'antiquité, pourrait le contester.

Mais ce n’est pas l’unique prophétie claire, vérifiée par l'événement, que nous rencontrions dans la section xu-xx de l’Apocalypse. Le regard de Jean porte beaucoup plus loin que les destinées de l'Eglise sous la domination romaine. Il a vu — ce que ne pouvaient encore concevoir les Pères du rv° siècle, — que la Ville Eternelle devait s’écrouler, au moins comme puissance mondiale, et cela sous les coups mêmes de la Bête et de ses dix cornes, les rois de la terre, autres puissances politiques. Il l’a affirmé avec la plus parfaite assurance. et a attaché une importance toute spéciale à cette prophétie.

Il a vu par conséquent aussi que la ruine de Rome n'amènerait pas la fin des persécutions ni la ruine des Bètes. Sa contemplation du Millénaire ne lui a pas fait illusion : Jusqu'à la fin, il y aura quelque part des Gog et des Magog. La Bête et le Faux Prophète ne seront tout à fait vaincus qu’à la Parousie. Seulement il na pas précisé les conditions de ces luttes futures comme il l’a fait pour les persécutions romaines. Celles-ci, étant d’un intérêt bien plus actuel pour les destinataires de l'Apocalypse, lui ont servi de type et de point de départ pour décrire

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