‹ L'ApocalypseChapitre 68 sur 239 · I. Régime des LES · texte numérisé non relu

I. Régime des LES

Une singulière étrangeté, c'est l'expression ὅμοιον υἱὸν ἀνθρώπου, 1, 13 et xrv, 14, attestée par les meilleurs manuscrits, au lieu de ὅμοιος υἱῷ. Jean savait pourtant

bien quel cas gouvernait ὅμοιος, car partout ailleurs, 18 ἘπΞ il emploie avec le datif.

K. Construction.

Déjà cette langue nous a présenté suffisamment de particularités ; mais c’est le

chapitre de la construction qui réserve le plus d'étonnements à l’helléniste.

Cette construction, dans ses grandes lignes, et telle qu'ont pu la rendre, par exemple, les traductions latines, paraît très régulière dans sa simplicité. Il n’y ἃ pas de périodes; les idées sont juxtaposées par parataxe, avec la copule καί;

celle-ci se rencontre même trois fois à l’apodose, après une proposition subor-

donnée (τι, 20; x, 7; χιν, 9 suiv.).

Le génitif suit le substantif dont il dépend; presque jamais il ne le précède.

À 650 cas environ, on peut en opposer une quinzaine tout au plus. Encore ces

CXLIV | INTRODUCTION

génitifs Por sont-ils les pronoms μου, σου, placés devant l’article du verbum regens, αὐτῆς, ἑαυτῶν. Sept fois aussi, la désignation de la ville, avec ἐν, précède le mot ἐχχλησίας dans l'en-tête des Lettres. C'est là la règle la plus fixe de la construction apocalyptique. D’habitude même, σου et μου sont postposés. L’auteur n'était donc pas porté à user de la latitude laissée sur ce point par le grec; et on peut bien y voir une habitude sémitique.

L’adjectif, d'ordinaire, suit le substantif; de même les locutions prépositionnelles comme ὃ ἐν..., τὸ ἐξ, etc. qui tenaient si facilement lieu d'adjectif ou de participe en grec. Quand l'adjectif vient le premier, ce qui arrive moins de 200 fois (contre à peu près 300), c'est ordinairement un numéral, ou un adjectif indéfini, πᾶς, ἄλλος, plus de trois fois sur quatre. Sur ce point, la proportion ne varie guère d’un chapitre à l’autre: il y a pourtant beaucoup de péricopes où pas une seule fois l’épithète n'est préposée. Une trentaine de fois, le numéral suit le substantif; l’auteur paraît le faire sans règle fixe, ainsi pour les plus fréquents, ἑπτά et δώδεχα ; NOUS ne croyons donc pas, contre Charles (Studies, p. 70) que la position des numéraux puisse aider à distinguer des sources ; πᾶς n'est que deux fois postposé, aux chap. virr et ΧΙ. — Dans la plupart des cas où le substantif ou le participe est déterminé, l’article est répété devant l'épithète (voir ci-dessus, B), environ 110 fois. Dans la traduction, nous distinguerons les cas — très rares — où l’auteur semble avoir employé cette tournure avec une intention spéciale. Ce n’est que dans la péricope vi, 1-8, qu’on ne la rencontre pas.

Le prédicat suit presque toujours le verbe; il précède le verbe εἶναι une quarantaine de fois environ (dans les macarismes, le prédicat précède naturellement le substantif, question de style). Par ailleurs, le prédicat est préposé surtout dans les Lettres, aux chap. xvi-xix et xx11, en général avec une intention d'emphase reconnaissable.

Le verbe tantôt précède le sujet, et tantôt il le suit (170 fois environ après; avant, environ 220 fois). Je ne comprends donc point pourquoi plusieurs critiques, même Bousset, font du verbe préposé une règle de la construction apocalyptique. Il est vrai que dans les locutions comme εἴ τις, etc., le sujet devait nécessairement venir en premier lieu. De même ἐγώ, οὗτος sont plus d’une fois préposés à cause de la solennité des déclarations. Mais, en défalquant ces cas-là, les nombres respectifs des deux constructions ne sont pas encore si disproportionnés. Notons toutefois que le sujet précède plus souvent le verbe dans les Lettres, et aux chapitres v; vi, à partir du 6° sceau; ΧΙ, 1-13 ; χιν, 1-13; et xvI-xix, xxi-xx11. Le contraire a lieu aux chap. 1v, 1x (où cette disposition est presque exclusive) xrv, 14-20. Ailleurs, les nombres se balancent. Nous verrons si l’on peut trouver dans ce fait des indications pour la distinction des sources.

Très rarement l’objet précède le verbe, à moins, naturellement, que ce ne soit un pronom relatif, ou les démonstratifs τοῦτο, τάδε, les pronoms personnels, comme σέ, de courts compléments comme μηδέν ou le mot ὄνομα dans l'expression ὄνομα ἔχει. En tout, du reste, je n'ai pu relever qu'une soixantaine de ces cas, contre 400. (Le démonstratif αὐτὸν, — τὴν, — τὸ, est tantôt préposé, tantôt postposé.) C'est, avec la place du génitif, la règle la plus constante de l’Apocalypse. Seulement au chapitre χι, 1-13, on trouve l’objet préposé 14 fois (dont 1 fois αὐτήν), contre 11; le plus qu'on le trouve ensuite, c’est 6 fois contre 22 au chapitre xvur, et 4 fois contre 16 au chapitre xvur. Quand l’objet précède, c’est dans bien des

ë LANGUE DE L'APOCALYPSE. CXLV

cas pour attirer l’attention. Nous verrons si c'est ainsi qu'il faut expliquer cette particularité de xr, 1-13, ou si c’est le signe d’une source distincte, comme le veulent beaucoup de critiques.

Arrivons aux irrégularités notoires et aux « solécismes ».

1° Propositions sans copule. — Distinguons les propositions qui manquent totalement de verbe, et celles où le participe joue le rôle d’un verbe fini.

a. Propositions sans aucun verbe. — Il est naturel que le verbe « être » fasse défaut dans les doxologies ou les béatitudes (Μαχάριοι of), qui sont de part et d’autre au nombre de sept. Mais en dehors de ces quatorze cas, auxquels il faut joindre la salutation de la fin du chap. xxrr, nous en trouvons encore 92 où l’absence de verbe se justifie moins. Les seules parties qui soient indemnes de cette singularité sont les chapitres in; vir, 1-8; vus; x1, 15-19. L'expression δίκαιαι καὶ ἀληθιναί (3 fois, xv, 3; xvI, 7; ΧΙΧ, 2) n'a jamais la copule, à cause de la solennité de l'affirmation qui sort de la bouche des êtres célestes, et est analogue aux doxologies et aux macarismes; il en est de même, 2 fois sur 3, des mots πιστός (- οἱ) καὶ ἀληθινός (-oi), χιχ, 11 et xxr1, 6, contre xxr, 5. La particularité en question est surtout notable au ch. τ (8 fois), rv (11 fois), 1x (10 fois), xur, x1x et χχπ (respect. 4 fois), et surtout χχι (24 fois), dont douze fois dans les propositions relatives à la matière des douze fondements de Jérusalem céleste. Il se peut que, dans notre énumération, nous ayons fait entrer quelques cas où l’on pourrait retrouver la copule, ou un terme qui lui équivaut, dans le premier membre d’une série coordonnée dont ces propositions font partie; ou bien encore, que ce que nous prenons pour des propositions indépendantes ne soit parfois qu'un régime direct suivi de son épithète, mis au nominatif par un solécisme fréquent chez notre auteur. Même en défalquant ces cas douteux, le nombre des propositions sans copule demeure très considérable. Plusieurs fois même la copule est restée sous-entendue après un pronom relatif sujet (1, 4, ἀπὸ τῶν ἑπτὰ πνευμάτων ἃ ἐνώπιον τοῦ θρόνου αὐτοῦ ; ν, 13, πᾶν χτίσμα ὅ ἐν τῷ οὐρανῷ), ou après ὅπου (11, 18; xx, 10), ou après τίς (v. 2), c’est-à-dire en des cas où la construction n’a rien de douteux, et qui montrent assez les habitudes de l'écrivain.

b. Propositions où un participe remplace un verbe fini. — Ici la remarque faite ci-dessus est encore de mise; ce peuvent être parfois des régimes qualifiés, mis, par faute ou distraction, au nominatif. Mais, en plus d’un verset, cette explication n'est pas possible. Il y a en tout une quinzaine, ou peut-être une vingtaine, de ces locutions participiales. En des passages au moins comme xxr, 14 καὶ τὸ τεῖχος τῆς πόλεως ἔχων (510) θεμελίους δώδεκα (mais non x, 2; xrr, 2 et Χχι, 12, contre Charles), il est fort difficile de mettre τεῖχος en dépendance de rien qui précède. La tournure n'était pas absolument étrangère au grec hellénistique ; toutefois elle est plutôt sémitique, hébraïque et surtout araméenne. On la trouve également, mais beaucoup plus rare, dans Paul et l'Épitre aux Hébreux (Rom. v, τι; χα, 6:

απ Cor. v, 12; vus, 5; Ποὖ. vrir, 10; x, 16). Dans 1-n Pet., le participe te ο quelquefois l'impératif.

c. 11 se rencontre enfin des propositions nominales, tout à fait à l’hébraïque : VI, ὃ : χαὶ ὁ καθήμενος ἐπάνω αὐτοῦ ὄνομα αὐτῷ ὁ θάνατος, 1x, 11 est plus douteux : ἔχουσιν... Bus τὸν ἄγγελον τῆς ἀδύσσου, ὄνομα αὐτῷ... ᾿Αδαδδών, car on peut y voir une simple parenthèse. νι, 8, nous oifre un cas particulier de ces « nominatifs pendants », que nous étudierons plus loin.

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