CXLVI . INTRODUCTION
20 Défauts de concordance. — Ils sont si nombreux, qu'ils finissent par donner à la langue de l'Apocalypse une couleur barbare; les manuscrits de la recension commune (K de von Soden; aussi André), les ont corrigés autant qu'ils ont pu; par malheur, la comparaison avec les meilleurs témoins du texte rend ces corrections évidentes.
a. Le premier et le plus fréquent est le passage indu d’un cas oblique au nominatif, soit dans les appositions, soit pour les participes et les épithètes. Dans les appositions, c'est presque une règle, de « Grammaire anti-grammaticale ». Ainsi 1,5 : ἀπὸ ᾿Ιησοῦ χριστοῦ ὃ μάρτυς ὃ πιστός χτλ.; VII, À : ἤχουσα τὸν ἀριθμὸν... ἑχατὸν τεσσεράχοντα τέσσαρες χιλιάδες; (γὙΠ|, 9 : τὸ τρίτον τῶν κτισμάτων... τὰ ἔχοντα ψυχάς est douteux, car τὰ ἔχοντα peut être une apposition, non ἃ χτισμ᾽, mais à τρίτον); 1x, 14 : τῷ ἕκτῳ ἀγγέλῳ, ὃ ἔχων τὴν σάλπιγγα; XIV, 12 : À ὑπομονὴ τῶν ἁγίων ἐστίν, οἱ τηροῦντες τὰς ἐντολάς; χιν, 14 : ὅμοιον υἱὸν ἀνθρώπου, ἔχων; ibid. 6 sq. : Καὶ εἶδον ἄλλον ἄγγελον... ἔχοντα... λέγων; XX, 2 : xal ἐχράτησεν τὸν δράχοντα 6 ὄφις ὃ ἀρχαῖος; ΧΙΧ, 6 : ὡς φωνὴν ὄχλου πολλοῦ ...λέγοντες. Joignons encore à ces exemples 11, 20 : ἀφεῖς τὴν γυναῖκα ᾿Ιεζάδελ, ἣ λέγουσα ἑαυτὴν προφῆτιν et 111, 12 : τῆς καινῆς Ἱερουσαλὴμ À κατα αίνουσα Ex τοῦ οὐρανοῦ, où il est très invraisemblable de prendre n pour le relatif ἥ, et non pour l’article. Au fameux verset x11, 7 : καὶ ἐγένετο πόλεμος ἐν τῷ οὐρανῷ, ὁ Μιχαὴλ xai of ἄγγελοι αὐτοῦ τοῦ πολεμῆσαι μετὰ τοῦ δράχοντος, les mots Μιχαήλ et ἄγγελοι, s'ils sont sujets de l'infinitif πολεμῆσαι, dévaient être à l’accusatif. Il est vrai que Moulton signale une irrégularité à peu près semblable dans Virgile :
Et certamen erat, Corydon cum Thyrside, magnum (Egl. vi, v. 16).
Mais Jean en est plus coutumier que Virgile. Le cas le plus étrange se trouve dans les Lettres, τι, 13 : οὐκ ἠρνήσω τὴν πίστιν μου χαὶ ἐν ταῖς ἡμέραις Ἀντίπας ὃ μάρτυς μου ὃ πιστός μου, ὃς ἀπεχτάνθη παρ᾽ ὑμῖν, où le nominatif Ἀντίπας, suivi d’autres nominatifs, joue le rôle d’un génitif. Nous croyons cette leçon certaine, car on la trouve non seulement À et (ὦ, mais elle a passé dans la Vulgate, Primasius, le copte et le syriaque (voir Commentaire, ad locum) Inversement, on trouve ch. x, 8, le nominatif passant subitement à l'accusatif, sans qu'on en sache la raison (à moins qu'il ne faille sous-entendre un deuxième ἤκουσα) : À φωνὴ Av ἤχουσα 2x τοῦ οὐρανοῦ, πάλιν λαλοῦσαν μετ΄ ἐμοῦ καὶ λέγουσαν. L'accusatif et le génitif alternent tout à fait arbitrairement dans l’énumération des denrées du chap. xvirr, 11-13 : τὸν γόμον αὐτῶν οὐδεὶς ἀγοράζει οὐκέτι, χρυ σοῦ χαὶ... (sept gènitifs) καὶ πᾶν ξύλον θύϊον καὶ... (3 accusatifs; peut-être directement gouvernés par ἀγοράζει) καὶ χαλκοῦ καί... (2 génitifs), καὶ κιννάμωμον καὶ... (10 accusatifs) χαὶ ἵππων καὶ... (2 génitifs) καὶ ψυχὰς ἀνθρώπων. Même fait xvir, 4 : ποτήριον γέμων (510) βδελυγμάτων καὶ τὰ ἀχάθαρτα (à moins que ἀχαθ᾽ dépende, non de γέμων, mais de ἔχουσα qui précède). χχι, 9 d’après les meilleurs témoins présente un génitif pour un accusatif : τῶν ἐχόντων τὰς ἑπτὰ φιάλας τῶν γεμόντων τῶν ἐπτὰ πληγῶν; XVI, 8, un génitif pour un nominatif : κατοικοῦντες... βλεπόντων),
En STE il n’est donc pas trop osé d'affirmer que Jean se souciait fort peu de l'exactitude des cas; il avait une tendance surtout à retourner toujours au nominatif. Charles a relevé des PSpuiariés semblables dans les LXX,
notamment Ézéchiel, XXII, 12; τοὺς υἱοὺς τῶν ᾿Ασσυρίων... ἱππεῖς ἱππαζόμενοι ἐφ᾽ ἵππων.
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Marc non plus n’en est pas exempt: mais nulle part on n’en trouve la même P
surabondance que dans l’Apocalypse. C'est surtout au mot λέγων (λέγοντες) que
se remarque cette bizarrerie. On dirait que l'écrivain en fait presque un mot
indéclinable; aussi plus d’un critique pense à cette occasion à l'hébreu 2x5;
on trouve χιν, 6-7, λέγων suivant deux adjectifs à l'accusatif, Cfr, 1v, 1 : à φωνή... λέγων; χι, 15 φωναὶ μεγάλαι... λέγοντες; et (peut-être) χιχ, 6 : ὡς φωνὴν βροντῶν... λέγοντες. Cîr. surtout l'extraordinaire expression de χι, 1 : ἐδόθη μοι κάλαμος ὅμοιος ῥάόδῳ, λέγων (grammaticalement, il faudrait comprendre que c’est le roseau, χάλαμος, qui « dit », tandis que, pour le sens, λέγων ne peut se rapporter qu’au personnage qui ἃ donné le roseau). |
b. Les exemples ci-dessus (iv, 1 et xr, 15) nous amènent à parler d'une deuxième catégorie de solécismes, à savoir l'emploi du masculin à l’épithète ou au participe qui se rapporte à un nom féminin ou neutre. On peut parler d’un accord ad sensum, comme l'admet assez généreusement Bousset (p. 160-161), après des mots tels que ζῶον, ἀρνίον, θηρίον, qui signifient figurativement des êtres doués d'intelligence; ou même après φωνή, en pensant à celui de qui émane la voix (IV, 7 : ζῷον.. ἔχων; 8, τὰ τέσσερα ζῷα ἕν καθ᾽ ἐν αὐτῶν ἔχῶν ἀνὰ πτέρυγας ἕξ... ha ἀνάπαυσιν oùx ἔχουσιν ...λέγοντες; x111, 14, très bien attesté : τῷ θηρίῳ ὅς ἔχει; xvir, 3 θήριον γέμοντα .. ἔχοντα; [Δ et autres, ἔχων]; xvir, 11, τὸ θήριον... αὐτὸς ὀγδοός ἐστιν: XVII, 16 τὰ δέκα χέρατα... καὶ τὸ θήριον οὗτοι μισήσουσιν; v, 6 ἀρνίον ἑστηκώς, bien attesté; v, 12; ἄξιος τὸ ἀρνίον, d'après A; τιν, 1 φωνή... λέγων; ΙΧ, 13-14 φωνὴν... λέγοντα; Χι, 15 φωναὶ... λέγοντες; à la rigueur, pour 2 fois où 3 fois αὐτοῖς se rapportant à ἀχρίδες féminin, parce que ces « sauterelles » peuvent être des démons : 1x, 4, 5, et (Ὁ) 1x, 3, ou encore le ὀνόματα οἵ de 1, 4, douteux, le στρατεύματα ἐνδεδύμενοι de χιχ, et le πνεύματα... ἀπεσταλμένοι de v, 6, À. Mais une constructio ad sensum expliquerait plus difficilement le masculin après χιλιάδες, de vu, 4 (χιν, 3 peut s'expliquer par une apposition); et il est impossible d'y recourir aux passages suivants : IX, 7 : τὰ ὁμοιώματα... ὅμοιοι; x1, 4 : ai δύο λυχνίαι αἱ ἑστῶτες (1); xxr, 14 : τὸ τεῖχος τῆς πόλεως ἔχων; xxI1, 2 : ξύλον ζωῆς ποιῶν; et χιν, 19 : τὴν ληνὸν τοῦ θυμοῦ τοῦ θεοῦ τὸν μέγαν.
3° Nominatifs absolus. — On rencontre plusieurs fois dans l’Apocalypse un nominatif qui n'est sujet ni prédicat d'aucun verbe, mais l'être qu'il désigne reparaîtra dans la phrase, désigné cette seconde fois par un pronom régime. C'est ce que les grammairiens appellent « nominativus pendens ». C’est une sorte d’anacoluthe, ou parfois d'exclamation, qu’on trouve en toutes les langues,
dans le langage familier ou l’éloquence saccadée, mais qui ne produisait pas en
hébreu, où il n’y a point, comme on sait, de déclinaison, la même impression d'irrégularité qu'en latin ou en grec; aussi y est-elle admise (1). — Exemples dans l’Apocalypse : ὁ νικῶν, δώσω αὐτῷ 11, 26; 111, 12, 21; οἷν, xvr, 19 : Βαβυλὼν...
ἐμνήσθη δοῦναι αὐτῇ. Blass (Debrunner), p. 275, signale plusieurs tournures simi= -laires dans la Bible grecque, le Nouveau Testament, les papyrus et même le grec classique. Aux chapitres 11, 7, 17 et vi, 4 et xxr, 6, ce n’est plus un nomis= ᾿ς natif absolu, mais on lit τῷ νικῶντι δώσω αὐτῷ; — τῷ χαθημένῳ... ἐδόθη αὐτῷ, — ᾿ς ἐγὼ τῷ διψῶντι δώσω αὐτῷ, Ce qui constitue un simple pléonasme.!
(+) Ainsi Nahum, 1, 3 : 3 ΠΕΠΌΞ nn : Jéhovah, son chemin est dans la tempête, et
ailleurs. GESENIUS-KAUTZSCH, 26° édition, ê 143, p. 451.
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