CHAPITRE XIII
IDENTIFICATION DE « JEAN », AUTEUR DE L'APOCALYPSE. DATE DE LA COMPOSITION.
Maintenant que le lecteur possède des informations suffisantes sur le caractère et l'esprit de l’auteur de l’Apocalypse, son but, ses procédés, sa culture, sa langue et son style, nous pouvons aborder la grande question, si débattue aux mt et rv°siècles, et qui l’est encore davantage de nos jours : Qui était ce Prophète Jean ?
La tradition est ferme. Elle répond : c’est Jean, l’Apôtre, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, celui-là même qui a écrit le dernier Évangile, l'Évangile « pneumatique ». Pourtant, à une certaine époque, et dans nombre d’églises de l’antiquité, elle ἃ subi des flottements. Puis, la comparaison des deux écrits, l Évangile et l’'Apocalypse, rend incroyable à 1} de critiques qu'ils puissent avoir le même auteur. Saint Denys d'Alexandrie faisait déjà ressortir leurs profondes divergences, pour attribuer l'Apocalypse à « un autre Jean ».
Serait-ce Jean-Marc? Jean le Presbytre? quelque homonyme encore plus inconnu que ce dernier? Pour Jean-Marc, auteur du Deuxième Évangile, la question ne peut sérieusement se poser. Sauf la tournure hébraïsante de leur style, et les libertés qu'ils prennent à l'égard de la grammaire, — encore sontelles bien moins audacieuses chez Marc, — l’auteur du second Évangile et celui de l’Apocalypse n'ont à peu près rien de commun, ni dans le caractère, ni dans le style, si ce n’est l'attachement à la même Vérité. Quant à Jean le Presbytre, nous voulons bien croire qu'il a existé, à cause du texte de Papias qu'Eusèbe nous semble interpréter de la seule manière plausible (1). Mais je pense aussi que nous ignorons tout de lui, à part son existence, et ses relations avec Papias; il ne s’est introduit dans l’histoire littéraire, pour se faire attribuer l’Apocalypse, que comme un postulat, ou une sorte de deus ex machina bon à tirer d'embarras des docteurs qui savaient fort bien que la tradition désignait Jean l’Apôtre comme l’auteur de cette Révélation, mais qui continuaient à subir les conséquences de préjugés doctrinaux développés jadis chez certains orthodoxes par la polémique anti-millénariste (2). 11 est d’ailleurs assez remarquable que le plus
. ancien adversaire connu de l’Apocalypse, le Romain Caïus, ait voulu l’attribuer, non pas à un Jean quelconque, mais à l’hérétique Cérinthe qui aurait pris le — masque d’ « un apôtre », — de l'apôtre Jean, il va sans dire. “ Mais voyons d’abord les textes; ensuite nous pourrons, s'ils ne paraissent … pas suffisamment décisifs, recourir aux critères internes d'où pourra sortir quelque lumière.
ELU. EF, 1x, 39.
… (2) Denys d'Alexandrie lui-même pourrait tomber sous un pareil jugement, comme nous … le montrerons plus bas.