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LA FORME APOCALYPTIQUE DU MESSAGE JOHANNIQUE

Jean envoie aux Asiates ce manifeste divin sous la forme d’une Apocalypse. Le mot d'Apocalypse (ἀποκάλυψις ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ) paraît en tête du premier chapitre; il sert de titre. On traduit souvent ce terme par « Révélation », ce qui est exact. Καλύπτω, assez commun, et avec de nombreux dérivés, signifie « couvrir », « cacher » ; ἀπο-χαλύπτω, d'où ἀποκάλυψις, signilie « ôter le voile », « rendre manifeste ce qui était jusque-là secret ». Le mot d’ « ᾿Αποχάλυψις » n’est pas absolument étranger au grec littéraire de l’époque impériale, quoi qu’en ait cru saint Jérôme (in Galatas, 1, 12), car on le trouve employé une fois dans Plutarque, Caton l'Ancien, 20, au sens d’ « action de se mettre à nu. » ᾿Αποκαλύπτω est plus fréquent dès l'époque classique, ainsi dans Platon, Protagoras et Gorgias; plus tard dans Diodore de Sicile : ἀποχαλύπτεσθαι πρὸς τὴν τυραννίδα, « dévoiler ses aspirations à la tyrannie » (xvir, 62). Dans les LXX, et les autres versions grecques de l'Ancien Testament, ni le verbe ni le substantif ne sont rares; le verbe traduit n93; « découvrir, mettre à nu », au sens matériel ou moral. Dans l/’Ecclesias-

tique, le substantif apparaît trois fois (χι, 27; xx1r, 22; ΧΙ, 1) au sens de révélation de secrets. Dans le N. T., ἀποχαλύπτω apparaît vingt-six fois, et ἀποχάλυψις dix-sept fois, en plus d’Apoc. 1, 1. Saint Paul surtout en fait un usage fréquent (13 fois chacun des deux mots); saint Luc (11, 32) a une fois émoxaludw, et la [° Petri trois fois (τ, 7, 13; 1v, 13). Presque toujours le sujet est Dieu ou Jésus-Christ. On peut donc dire que c'est une expression néotestamentaire consacrée, pour signifier la révélation de quelque chose que le Père ou le Fils tenaient comme derrière un voile, soit le mystère de leur nature, soit leurs desseins, soit leur toute-puissance ou leurs jugements. Quand le Christ se révèlera comme Juge suprême du monde, ce sera son Apocalypse (1 Cor.1, 7; IT Thess. 1, 7; F Pet. 1, 7, 13). Ailleurs, le même mot indique toute révélation faite aux chrétiens qui possédaient les dons spirituels. Mais il faut surtout retenir le sens de « manifestation du Christ comme Seigneur et comme Juge »; car nous croyons que c'est ce terminus lechnicus du langage paulinien et évangélique (cf. ἀποκαλύπτω, Luc xvir, 30) que le prophète Jean a choisi intentionnellement pour caractériser d'un mot — d’un mot qui ne reparaïîtra d’ailleurs plus au cours du livre — le contenu de son message.

Beaucoup d’autres livres, d'origine juive ou chrétienne, portent aujourd'hui le nom d'Apocalypses. Ce sont tous ceux qui appartiennent au même genre littéraire que la Révélation Johannique; mais celle-ci fut la première à le porter; le nom a été pris ensuite par d’autres écrits qui prétendaient l’imiter, ou étendu par les critiques aux écrits antérieurs et postérieurs qui ressemblaient matériellement ou formellement à cette Apocalypse κατ᾽ ἐξοχήν. 115 ont ceci de commun qu’ils entendent dévoiler aux hommes ce que Dieu seul ou les êtres célestes

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