‹ L'ApocalypseChapitre 83 sur 239 · CLXXX - INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXX - INTRODUCTION

Altchrisiliche Litteratur, Chronologie I, p. 675, n. 1, 1897). Harnack, on le sait, croit que son Jean le Presbytre, auteur de l'Evangile, a subi grandement l’influence de la personne, sinon de la doctrine, de Jean l’Apôtre. Bousset, qui s’évertue à faire valoir tous les arguments en vertu desquels Jean l'Apôtre eût été martyrisé longtemps avant la composition de l’Apocalypse, croit devoir attribuer celle-ci « vraisemblablement » au Presbytre Jean de Papias, lequel ne serait autre que « le vieux disciple » du IV° Évangile Ὁ. ΧΧΙ, le πρεσδύτερος de ΠῚ et III Joh. le « témoin » du IVe Évangile, et le maître de Polycarpe, dont parle Irénée dans sa lettre à Florinus; quoiqu ‘il n'eût pas composé lui-même le IVe Évangile, celui-ci serait du moins inspiré de son souvenir et de son enseignement ; en sorte que l’Apocalypse et le IV° Évangile seraient deux écrits de la même « école Johannique ». Von Soden a une opinion assez voisine : l’Apocalypse et les épîtres seraient de Jean le Presbytre, l'Évangile d’un disciple de celui-ci. Cette distinction n’est pas très conséquente ; car pourquoi rattacher les Épîtres à l'Apocalypse plutôt qu'à l Évangile, dont elles sont beaucoup plus proches à tout point de vue? Quant à Johannes Weiss (1904), il reconnaît aussi Jean le Presbytre comme l’auteur de son Apocalypse fondamentale (voir au chap. ΧΙ, ci-dessus).

Nous pouvons arrêter ici la liste des opinions. Les dernières signalées montrent que les maîtres actuels de la « critique indépendante » ont presque tous une tendance à faire droit à la tradition qui affirme l’unité d'auteur de l’Apocalypse et de l'Évangile. Ils se rangent, plus ou moins timidement, à l’« hérésie » professée par Harnack. Le vieux dogme défendu jusqu’à Holtzmann tombe donc en ruines. Jean le Presbytre arrive encore bien opportunément, comme au temps d'Eusèbe, mais avec des fonctions plus étendues, pour les dispenser de recourir à Jean l’Apôtre, qui, d’après leur opinion générale, n’aurait jamais paru en Asie, ayant été martyrisé en Palestine bien des années avant Domitien.

Est-ce que cette tradition unanime, et qui regagne de nos jours tant de terrain, serait complètement erronée, tant pour ce qui touche à l'unité d'auteur qu’à l'identification du Prophète d’Asie avec l’Apôtre ?

Il faut, pour résoudre la question, établir une comparaison soigneuse entre le IVe Évangile et les Épîtres d'une part, et l'Apocalypse de l'autre, au point de vue de la langue, du style, de l’esprit, de la doctrine. Si cette étude comparée nous fait conclure à l'unité d'auteur, alors nous croirons aussi que la tradition a raison sur toute la ligne, et non seulement sur ce point-là. Car nous ne saurions reprendre ici toute l’étude de la grosse « question Johannique »; mais nous tenons pour mise absolument hors de doute, par les controversistes qui ont réfuté Loisy, l'origine pleinement apostolique du quatrième Évangile, Si l'Apocalypse est du même auteur, alors le Prophète Jean est le disciple bien-aimé, le fils de

Zébédée (1).

(1) Nous renvoyons le lecteur aux écrits de Sanpay, The crilicism of the Fourth Gospel, Oxford, 1905; de JACQUIER, H. L. N. T. 1V. 1905, Paris; de Lepin, La valeur historique du quatrième Évangile, Paris, 1910; il peut se reporter aussi à J. DRuMMOND, The Character and Authorship of the Fourth Gospel, 1904, et à l’Introduction de l'Évangile selon saint Jean, de TH. CALMES, paru la même année dans cette collection des « Études Bibliques » ou à l’Einleitung in das Neue Testament de SCHAFER-MEINERTZ, 1914, ainsi qu'au manuel de BRassac. Et bien d’autres ouvrages pourraient être cités. Pour nous, la « question Johannique », en ce qui concerne au moins le IV* Évangile et les Épiîtres, est aujourd’hui vidée. Et voici, il nous

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LA THÈSE DE L'UNITÉ D'AUTEUR DES ÉCRITS JOHANNIQUES DEVANT LA CRITIQUE INTERNE.

La comparaison doit d'abord porter sur l'élément le plus matériel et le plus saisissable, c’est-à-dire la langue.

semble, les résultats qui s'imposent à la bonne critique, à celle qui tient compte de tous les faits :

1° L'Évangile a bien été composé (et intégralement, c’est-à-dire y compris le chap. ΧΧῚ, en réservant seulement la question de l’origine littéraire de vit, 1-17, et d’une ou deux gloses), par Jean, fils de Zébédée, en Asie, dans ces dernières années du 1° siècle ou les premières du ne. Les Épiîtres ont vu le jour dans le même lieu et la même période. Car ce n'est pas en s'appuyant sur un témoignage très douteux de Papias, auquel ni Philippe de Side, ni Georgios Hamartolos n'ont donné d’ailleurs la portée que lui donne aujourd’hui la critique radicale, qu’on arrivera jamais à rendre vraisemblable, contre le témoignage de toute la tradition, que l’Apôtre Jean a été mis à mort par les Juifs, et en Palestine, à une époque antérieure. Ici, même l'argument e silentio a beaucoup de poids.

%œ L’Apôtre Jean voulait bien écrire un ouvrage historique, et rapporter fidèlement des actions et des discours de Jésus. Son exactitude dans une foule de détails concrets qui ne sont susceptibles d'aucune interprétation symbolique, son amour de la précision dans les récits, la vie, le mouvement, la psychologie très profonde et très réelle de quelques-uns d’entre eux, ainsi que son souci de la chronologie, fort supérieur à celui des Synoptiques, en font suffisamment foi.

3 D'autre part, il a voule que de chaque récit sortit un enseignement spirituel. Aïnsi presque chaque événement concret, considéré dans son ensemble, a été choisi parmi les souvenirs réels de la vie de Jésus en raison de la valeur symbolique que l'intelligence contemplative pouvait y découvrir. C’est 1᾿Ἐὐαγγέλιον πνευματικόν. L'histoire est là, toujours et partout ; mais elle est là pour la doctrine plus que pour elle-même.

4 On comprend par là aussi la manière dont il a traité les paroles du Seigneur. Il ἃ délibérément choisi celles qui fournissaient le meilleur objet à ses hautes méditations spirituelles et presque abstraites; il a reproduit les discours qui les suivaient dans son propre style rythmique et transcendant, en sorte qu’on ne peut facilement découvrir, en certains passages, où finit la teneur ou le résumé des paroles de Jésus, et où commence le commentaire inspiré de l'Evangéliste. Car les mots, les tournures, sont exactement les mêmes dans les réflexions de l’auteur, et dans les sentences du Christ, et même de Jean-Baptiste. Le sage exégète conservateur qu'était le P. Corluy disait déjà à ce sujet: « Quaeri.. potest utrum evangelista retulerit sermones Jesu iisdem omnino verbis quibus ex ore Magistri prodierint, an vero eorum generalem tantum sensum sive compendium tradiderit. Respondendum videtur, in hac re distinguendum esse inter eas propositiones quae quasi capita doctrinae apparent et eas quae magis ad horum capitum evolutionem pertinent. Illas ad verbum referri admittendum putamus...; horum vero compendiosam tantum relationem tradi ex sequentibus argumentis ostenditur : 8)... ; d) Ratio scribendi 5. Joannis in sermonibus Jesu et in sua epistola prima adeo concordat, ut vel discipulus modum loquendi magistri sui sibi omnino proprium fecerit, vel magistri sermones suo proprio modo expresserit. Hoc alterum et in se est probabilius et

. confirmatur ex dicendi similitudine inter evangelistam et Joannem Baptistam iis in locis ubi

Praecursor loquens inducitur » (Comment. in Ev. S. Johannis 8, 1889, pp. 19-20).

M. Lepin s'exprime avec la même netteté :

Les particularités littéraires des narrations du quatrième évangile, qui pourraient reproduire plus directement la manière propre du rédacteur, «on les rencontre aussi bien dans les discours qui sont placés dans la bouche du Christ, et dans ceux qui sont attribués à Jean- Baptiste. Certaines. peuvent, dans une certaine mesure, se mettre au compte du génie de la langue sémitique, et l’on conçoit qu'elles se présentent semblables dans les discours du Christ, dans ceux de son précurseur, et dans ceux de l’évangéliste. Mais les autres sont telle-

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