CLXXXII INTRODUCTION
$ I. — Comparaison au point de vue de la langue.
Ι. Vocabulaire. — Nous avons noté, au chapitre de la « Langue », que l’Apocalypse, qui présente tant d’ « hapaxlégomènes » relatifs, n’en a que Auët communs avec l'Evangile :
ἀρνίον, ἱΕδραϊστί, Éxxevteiv, (κυχλεύειν), ὄψις, πορφυροῦς, σκηνοῦν et φοῖνιξ.
C'est peu, si l’on songe aux 33 communs avec saint Paul, ou aux 30 avec saint Luc; il y en ἃ même un de moins qu'avec saint Matthieu. Et encore, parmi ces mots communs, ἀρνίον, toujours employé dans l’Apocalypse pour « agneau », n’apparaît qu’une seule fois dans l'Évangile, à l’ Appendice {xxr, 15), contre Fes fois äuvés. L’adverbe £6pairiest plus caractéristique, car l'Évangile use d'autres expressions similaires, ῥωμαϊστί, ἐλληνιστί. Maïs éxxevreiv mérite une mention très spéciale. Il apparaît dans l’ Évangile, XL 070 ὄψονται εἰς ὃν ἐξεκέντησαν « pidebuntin quem transfixerunt », citation de re χα, 10, pour traduire l'hébreu %157. Dans l’Apocalypse 1, 7, on lit ὄψεται αὐτὸν πᾶς ὀφθαλμὸς χαὶ οἵτινες αὐτὸν ἐξεχέντησαν, ce qui est une allusion évidente au même fait du coup de lance, et au même passage de l'A. T. Or, ce n’est pas ἐχχεντέω qui rend ἽΡΤ dans les LXX, mais on y
lit : καὶ ἐπιδλέψονται πρὸς μὲ ἀνθ᾽ ὧν κατωρχήσαντο. Pareille rencontre d'idées et de termes entre les deux livres « johanniques », rencontre dont on ne trouve pas l’origine dans un texte plus ancien (1), est assurément remarquable. Quant à la communauté des autres hapaxlégomènes, elle pourrait être en soi un pur effet du hasard; l’un d'eux, xuxhebeuv, Joh. x, 24, ne se trouve même que dans le Codex Vaticanus.
Denys d'Alexandrie, à comparer les deux vocabulaires dans leur ensemble, était frappé de leur diversité : « Les pensées et les expressions ainsi que leur arrangement feront aussi à bon droit penser que celui-ci n’est pas le même que celui-là (11 parle des deux Jean). Il y a en effet concordance entre l' Évangile et l'Épître…... Il (l'auteur des deux) se sert des mêmes pensées principales et des mêmes termes pour toute son exposition; nous en citerons brièvement quelque
ment spéciales, elles indiquent une tournure d'esprit, un mode de penser et de s'exprimer, si personnels, qu’elles ne peuvent vraiment procéder que d’une source unique. Il faut donc penser que les discours de Jésus et du Précurseur, relatés dans le quatrième Évangile, ont quelque chose de l’évangéliste dans leur forme littéraire, qu’ils portent son cachet individuel dans la construction des phrases, la connexion des propositions, le groupement des pensées, l’arrangement général de leurs divers éléments. » L'auteur observe ensuite que les synoptiques eux-mêmes groupent à leur manière des paroles ou des fragments de discours du Christ. « Il n’y a donc pas lieu de s'étonner, continue-t-il, que la manière dont le quatrième Évangéliste combine les diverses sentences attribuées à Jésus, la façon dont il les relie entre elles, la tournure qu’il donne à ses phrases et à ses arguments, reflètent sa tournure d'esprit personnelle. Cela n'empêche pas nécessairement que les déclarations mises dans la bouche du Sauveur aient été réellement prononcées par lui. » (La Valeur historique du quatrième Évangile, 11, pp. 96-98.)
C’est bien le principe qu’il faut tenir toujours présent à l’esprit dans l'interprétation historique du IVe Évangile, en admettant encore ceci, que certaines phrases, qui paraissent de prime abord faire corps avec les discours, peuvent être en réalité de brefs commentaires du narrateur, qui, çà et là, pourraient facilement se détacher et se mettre entre parenthèses.
(1) On trouve le mot plus tard chez saint Justin (Dial. XIV, 8; XXXIL, 2; LXIV, 7 : CVVIL, 8, aves relation erronée à Osée), mais ces passages dérivent à peu près sûrement de l’Apocalypse.
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chose; d'autre part, celui qui y regardera avec soin trouvera souvent dans l’un et dans l’autre écrit la ve, la lumière qui met en fuite les ténèbres, constamment la vérité, la grâce, la joie, la chair et le sang du Sauveur, le jugement, le pardon des fautes, l'amour de Dieu pour nous, le précepte de l'amour envers chacun de nous, l'obligation de garder tous les md (ete.).. Et, pour tout dire d’un mot, à ceux qui notent d’un bout à l’autre les caractères de 1" Évangile et de l'Épître, il est facile de voir clairement qu'ils ont une seule et même couleur. L’Apocalypse est tout à fait différente de ceux-là et leur est étrangère; elle ne se rattache à aucun d'eux et ne s’en rapproche pas; c’est à peine, pour ainsi dire, s'il y a entre eux une syllabe de commune σχεδόν, ὡς εἰπεῖν, μηδὲ συλλαδὴν πρὸς αὐτὰ χαινὴν ἔχουσα. » (Eus. ἢ. Κ΄. VII, xxx, 17-22 tr. Grapin; nous avons souligné).
Le docte évêque d'Alexandrie y avait-il regardé d'assez près? Il est étonnant, au moins, que la communauté des mots et des idées de ζωή, pie, ἀ᾽ ἀλήθεια (ἀληθινός), de commandements (ἐντολαί) à garder, de jugement, lui ait échappé. Mais regardons-y nous-mêmes.
Pour ce qui est des substantifs, adjectifs, verbes et adverbes, il est tout naturel que la grande diversité du sujet entraîne une égale diversité dans les termes; 416 mots seulement, sur 913, se retrouvent dans l'Apocalypse et l'Évangile (1). Les termes évangéliques ou épistolaires qui manquent ou qui sont rares dans la Prophétie, c'est principalement ἴδιος (15 fois dans l’Ev.), pour le possessif; la particule μέντοι; σχοτία, ténèbres; φῶς, lumière, au sens spirituel, excepté xxr, 24; χάρις, grâce, excepté au début et dans la formule finale ; χαρά, joie; ἀγαπή, qu'on ne trouve que deux fois, au ch. τι, exclusivement au sens d'amour de l’homme pour Dieu ; εἶναι ἐκ ou μένειν ἐν.... au sens moral; κόσμος, qui n'apparaît que trois fois dans l’Apocalypse, au simple sens d’« univers » ; τέχνα (τοῦ θεοῦ, τ. Stx66kou), enfants (de Dieu, du diable) ; θεωρεῖν, qui n'apparaît qu'Apoc. χι, 11-12 et encore quelques autres. Par contre, quelques termes (usuels et non visionnels) de l’Apocalypse, . comme οἰχουμένη (monde habité), εὐαγγελίζειν (-ζεσθαι), μετανοεῖν (se convertir) sont absents de l'Évangile. — Les critiques remarquent encore qu'entre deux Sy AD nymes, l'Évangile et l’Apocalypse ne choisissent pas le même : tels ἀ ἀρνίον et ἀμνός, ψευδής dans l’Apoc., ψεύστης chez l'Évangéliste ; “Ἱερουσαλήμ dans la Prophétie, Ἱεροσόλυμα dans l'autre écrit; ἰδού dans notre livre, ἴδε dans l'Évangile.
Cela n'empêche pas qu'un certain nombre de termes, très caraciérnistiques et très johanniques, ne soient communs à l’un et à l’autre (ainsi qu'aux Épitres). Les plus notables sont ἀληθινός (10 fois dans l’Apoc., 9 fois dans l’Ev., 4 fois dans les Epp., ailleurs 6 fois seulement) ; δείχνυμι (au sens de « révéler », 8 fois dans l'Apoc., 5 fois dans l’Evang.); ἐόραϊστί (2 fois Apoc., 5 fois Evang.); μαρτυρεῖν (33 fois Evang., 7 fois 1 Joh., 4 fois ΠῚ Joh., 4 fois Apoc.), et μαρτυρία (14 fois Evang., 5 fois I Joh., 1 fois III Joh., 9 fois Apoc.), qui sont les mots johanniques par excellence; wxäv, vaincre, au sens moral, plus rare, mais tout à fait caractéristique des idées de Jean; τηρεῖν (τὸν λόγον, τὰς ἐντολάς, etc. 6 fois dans l’Apocalypse, 17 fois dans les ἜΡΩΣ écrits) ; ὄψις ne se trouve que dans l'Évangile, 2 fois, et l’Apocalypse, 1 fois. Qu'on y ajoute ζωή, θάνατος, διψᾶν, νύμφη, δόξα, en ds sens
(1) Le IV° Évangile, dit Abbott, omet les mots qui n’ont qu’un intérêt local et temporaire, et fait des variations sur un petit nombre de mots élémentaires avec leurs synonymes, — " n’en saurait être ainsi, naturellement, dans un livre de visions concrètes.