‹ L'ApollonideChapitre 21 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

LE VIEILLARD

Cette joie, ô ma fille, hélas ! te fut ravie

De voir ainsi renaître et refleurir ta vie.

Nous savons tes douleurs : tu n'as pas eu d'enfant.

KREOUSA.

Je te le dis, la honte en vain me le défend. . .

O souvenir cruel d'une ivresse éphémère !

Par le crime d'un Dieu dès longtemps je suis mère !

LE VIEILLARD

O fille d'Erékhthée, ô Reine, que dis-tu ?

Non ! Ton cœur a gardé l'infaillible vertu,

Et des mots insensés sont tombés de ta bouche.

KREOUSA.

Je n'ai dit que trop vrai, par le Hadès farouche, Et par mes pleurs, hélas ! J'en atteste l'Archer Céleste, et toi, cher fils, qu'il me vint arracher, Quand je dormais auprès de ta grâce fleurie ! Peut-être, ô mon enfant, seul, sans nom, sans patrie, Gémis-tu, vagabond, par la pluie et le vent, Sur la terre Barbare ou sur le flot mouvant; Ou, pour toujours, le long des trois Fleuves funèbres,

Chère âme, habites-tu les muettes ténèbres,

Tandis qu'un plus heureux, qui n'est pas de mon sang,

Prend ton sceptre et jouit du jour éblouissant !

LE VIEILLARD

Malheureuse ! Où ce fils a-t-il vu la lumière ? Quel est ce Dieu fatal et sourd à ta prière? Parle, et, bien que cruel, ô Reine, pour tous deux, Confie à mon amour ce secret douloureux.

KRÉOUSA.

De ses ceintures longtemps closes L'aube faisait pleuvoir ses roses Au ciel étincelant et frais ; Le vent chantait sur la colline ; Les lys que la rosée incline Parfumaient d'une odeur divine L'air léger que je respirais.

ANTISTROPHE

J'allais, foulant les herbes douces, Éveillant l'oiseau dans les mousses Avec mes rires ingénus;

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