‹ L'ApollonideChapitre 22 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

J'entrelaçais en bandelette L'hyacinthe et la violette; Dans l'eau vive qui les reflète Je baignais mes pieds blancs et nus.

Et tu survins alors, 6 Roi des Piérides,

Ceint du fatidique laurier !

Terrible et beau, pareil au chasseur meurtrier

Qui poursuit les biches timides, Apollon ! Apollon ! à ravisseur impur ! Tu m'emportas mourante au fond de l'antre obscur,

Suspendue à tes mains splendides !

LE VIEILLARD

O douleur!

KRÉOUSA.

Et c'est là, dans ce funeste lieu, Que j'enfantai ce fils né de l'amour d'un Dieu, Ce fils qu'on m'a ravi, quand il naissait à peine, Et déjà revêtu de beauté surhumaine !

Hélas! Il souriait, confiant et joyeux; La splendeur paternelle éclatait dans ses yeux, Et j'oubliais ma honte en baisant son visage ! Mais, une sombre nuit, dans la grotte sauvage,

jô l'apollonide

Il me fut enlevé par les bêtes des bois,

Sans doute! Et je l'ai vu pour la dernière fois!

LE VIEILLARD

O malheureuse enfant d'Erékhthée, ô maîtresse, Que ne puis-je apaiser ta profonde détresse ! Mais il te faut subir un mal immérité : Ce que veulent les Dieux ne peut être évité.

KRËOUSA.

Quoi, vieillard ! je verrais, d'une âme lâche et vile, Cet Étranger, siégeant, sceptre en main, dans ma Ville, Insulter à mon fils qui n'a point de tombeau Et mêler à ma race antique un sang nouveau ! Non ! C'est à toi, plutôt, de seconder ma haine. Non! Que l'Étranger meure, ou je ne suis plus reine, Ou, livrant ta vieillesse ingrate aux longs remords, Je rejoins mes aïeux et mon fils chez les morts !

LE VIEILLARD

Par l'Immortel et l'homme à la fois outragée, Reine, rassure-toi, car tu seras vengée. L'âge a courbé ma tête et rompu ma vigueur, Mais la neige des ans n'a point glacé mon cœur. J'irai dans cette tente où le festin s'apprête,

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