DEUXIEME PARTIE
Et là, d'une main sûre, et dévouant ma tête, Parmi les coupes d'or, les danses et les chants, J'abattrai sur son front la hache aux deux tranchants.
KREOUSA.
Ta main pourrait trembler. Non, point de violence, Vieillard. Usons plutôt de ruse et de silence.
LE VIEILLARD
Femme, ton cœur faiblit !
KRÉOUSA.
J'ai de plus sûrs moyens.
Écoute donc. Tu sais, par les récits anciens, Que la grande Pallas, dans le temps de mes pères, Tua Gorgô, le Monstre aux cheveux de vipères?
LE VIEILLARD
Certes.
KRÉOUSA.
Vois cet anneau que Pallas a donné A mon illustre aïeul. Le sang empoisonné Du Monstre est contenu dans cet or. Qu'il s'en mêle Une goutte au vin pur dont la coupe étincelle,
j8 l'apollonide
Qu'elle effleure sa lèvre, et l'éclair, dans les cieux, Est moins prompt que la mort qui fermera ses yeux !
LE VIEILLARD
Voici l'heure fatale où commence la fête ; Donne ! Ta volonté, ma fille, sera faite.
KREOUSA.
Je remets ma vengeance entre tes mains, vieillard. N'hésite pas, agis sans peur et sans retard. Une goutte de sang dans une coupe pleine ! Souviens-toi. Mais que nul ne te soupçonne !
LE VIEILLARD
Reine, A moins qu'il en appelle au Dieu qui l'éleva, Ou tu seras vengée, ou j'aurai vécu.
KREOUSA.
Va!
Le vieillard sort.