DEUXIÈME PARTIE
SCÈ^E II.
KRÈOUSA, seule.
Oui ! Le sang de Gorgô, comme une ardente flamme,
Va dessécher sa veine et lui dévorer l'âme.
Il tombera, tranché dans son fragile orgueil.
Aussi bien sa fortune insultait à mon deuil;
Et de l'antique sol de mes aïeux, leur race,
Moi morte, eût disparu, sans laisser plus de trace
Qu'un peu de cendre au vent qui la disperse aux cieux.
Qu'il meure donc !
Un silence.
Mon fils, qui descendait des Dieux, Est bien mort ! La vengeance est, certes, légitime. O mon enfant, reçois cette jeune victime, Digne de toi sans doute, innocente qu'elle est ; Et qu'un Dieu me foudroie ensuite, s'il lui plaît!
Un silence.
Pourtant, ce meurtre est lâche, et mon cœur en murmure. Il mettra sur mon nom une longue souillure.
Cet Éphèbe, si beau dans sa jeunesse en fleur, A-t-il causé ma honte et voulu ma douleur? Et dès que je l'ai vu, sur les marches sacrées Du Temple, couronné de ses boucles dorées, L'arc en main, souriant dans la lumière, et tel Que m'apparut jadis l'éclatant Immortel, Un invincible attrait ne m'a-t-il pas charmée? Mon fils, j'ai cru revoir ta tête bien aimée ! Oh ! que n'est-il ce fils doux et cher à mes yeux !
Un silence.
Qu'ai-je fait? Est-il vrai? Le sang prodigieux Du Monstre va glacer sa jeune âme trahie ! Ce funeste vieillard m'a trop vite obéie. Puisse un Dieu ralentir les rapides instants Et m'épargner ce noir forfait, s'il en est temps ! Apollon! Apollon! Je ne veux pas qu'il meure !