PREMIERE PARTIE
ION
O Ville illustre ! Enfant d'un noble père !
KRÊOUSA.
Hélas ! Que me sert, Etranger, le sang dont je suis née? En ai-je moins subi la sombre destinée? Ni la pourpre, ni l'or, ainsi que tu le crois, Des maux communs à tous ne préservent les Rois, Et de plus rudes mers battent les hauts rivages.
Je le sais, non par moi, mais par la voix des sages. Est-il donc vrai qu'un Dieu, maître des flots sans frein, Dans Makra, d'un seul coup de son trident d'airain, Sous la terre béante ait englouti ton père ?
KREOUSA.
Makra ! Ne parle pas de cet impur repaire !
C'est un lieu vénérable et d'Apollon aimé.
KRËOUSA.
Dans cet antre fatal que ta bouche a nommé, Un crime, une action lâche, odieuse, impie, De celles que jamais le coupable n'expie, Je l'atteste, Étranger, par ce jour qui nous luit, Fut commise autrefois durant la noire nuit.
ION
Et ce forfait ancien n'a point laissé de trace?
Non!
ION, après un silence.
Dis-moi ton époux? Est-il de bonne race?
KREOUSA.
Il se nomme Xouthos, il sort de Zeus tonnant, Et sur la sainte Attique il règne maintenant, Ayant conquis pour nous l'Ile aux vertes olives Qu'un orageux détroit sépare de nos rives. Il gravit la montagne, et nous venons tous deux Consulter de Pythô l'oracle hasardeux.