‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 12 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour pouvoir porter un jugement équitable sur un plaidoyer et sur un système de défense, il faudrait connaître la thèse de la partie adverse. Grâce à Apulée lui-même, qui nous a déjà appris tout ce que nous savons des circonstances qui précédèrent ou accompagnèrent le procès, nous pouvons nous faire une idée de l'acte d'accusation, dont il lui arrive de citer les termes mêmes (102/3, 602), et reconstituer dans une certaine mesure le réquisitoire, qu’il reprend point par point, et parfois textuellement, pour le réfutert.

Il n’en reste pas moins que nous avons affaire à un avocat, un avocat qui présente sa propre défense, et qui met au service de sa propre sécurité sa science de la dialectique, son talent oratoire et sa verve caustique. Bon ou mauvais — mauvais plutôt que bon, probablement — il y a des chances pour que, du discours de Tannonius Pudens, il ne nous parvienne, à travers celui d’Apulée, qu’une image déformée. S'il est tel argument sur lequel Apulée avait intérêt à glisser sans bruit, ailleurs, au contraire, il insiste, de façon à en grossir l’importance, sur un mot dit en passant, et qui servira de prétexte à un développement ; souvent aussi, comme nous le verrons, il s’ingénie à créer des équivoques en déplaçant la question, et en donnant le change sur la nature des griefs allégués et sur les intentions de ses adversaires, qu'il s'efforce de rendre ridicules en réduisant leurs arguments à l’absurde.

L'avantage que lui donnent en pareil cas son habileté et son esprit sont une raison de plus pour nous de nous tenir en garde, et de ne pas trop nous hâter de le croire sur parole : tout, dans

14, 386. — 61, 531 : € Nisi fallor, ordine corum uestigia persequor et singillatim

apprehendens omnem calumniae textum retexo. »

L'ACCUSATION. — LA DÉFENSE hr

l'accusation, n’est peut-être pas aussi complètement dénué de sens et de vraisemblance qu’il voudrait nous le persuader. Il prend un ton dégagé et d'avance il triomphe : ne nous laissons pas faire illusion : il a beau railler, il discute pied à pied, et à examiner de près sa défense, on y découvre parfois plus d’embarras qu'il ne paraît au premier abord.

Essayons donc, non point d'analyser un discours qu'il est à la portée de chacun de lire, mais de nous rendre compte et de ce qu'il pouvait y avoir de fondé dans Paccusation, et de ce que valent les réponses d’Apulée.

L'origine de toute laffaire, nous la connaissons. Apulée, prétendait-on, avait eu recours à des sortilèges pour épouser Pudentilla, et triompher de la résistance qu’elle avait opposée jusque-là à tous ses prétendants. C’était là le point capital : sans ce malencontreux mariage, qui venait à la traverse d’âpres et jalouses convoitises, personne apparemment n'aurait songé à linquiéter. Mais les preuves directes étaient pauvres et fragiles : pour obtenir une condamnation, il fallait d’autres charges ; pour donner quelque fondement à l’accusation et quelque vraisemblance à l’ensorcellement de Pudentilla, il fallait montrer qu’Apulée se livrait habituellement à des pratiques magiques. De là un ensemble de faits relevés par la partie adverse, et dont les uns tombaient directement sous l’inculpation de magie, tandis que les autres, sans être étrangers à la cause, s’y rattachaient moins étroitement, ct étaient surtout destinés à déconsidérer l’accusé, en jetant le discrédit sur sa personne et sur sa vie. Apulée déclare d’ailleurs qu’il est décidé à répondre à tout : le silence pourrait passer pour un aveu, et un homme qui se respecte s’effarouche d’une accusation même fausse, même absurde".

1 «Necessarium arbitror pro integritate pudoris mei, priusquam ad rem aggrediar, maledicta omnia refutare. » (3, 383) «... ne uidear cuipiam, si quid ex friuolis practeriero, id agnouisse potius quam contempsisse. Est enim pudentis animi et uerecundi

uel falsas uituperationes grauari, » (3, 385).

l2 CHAPITRE IT — L'ACCUSATION. LA DÉFENSE

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