BEAUTÉ ; ÉLOQUENCE ; VERS A CALPURNIANUS
Ne lui a-t-on pas reproché, pour commencer, d’être éloquent et d’être beau ? (4, 386) Singulière accusation, contre laquelle peu de gens songeraient à protester, et dont on voit bien qu’Apulée est ravi, trop heureux qu’on lui fasse de sa jolie tête un crime capital : «crinium crimen, quod illi quasi capitale intenderunt. » (4, 389) Etre beau? il ne demanderait pas mieux! ne méprisons pas les présents des dieux : tel voudrait bien les obtenir qui se trouve réduit à les désirer toujours. Plût donc au ciel que le reproche fût fondé! : il ne serait pas embarrassé de répondre! Pythagore était beau, Zénon d’Elée le fut aussi : on ne saurait l'être en meilleure compagnie. Mais hélas! il suffit de le regarder : ce visage émacié, ce dos voüté par le travail, est-ce là cette beauté dont on parle? Ces cheveux qu’on l’accuse de laisser croître pour mieux faire valoir les agréments de sa figure, ils poussent en mèches inégales et broussailleuses : ce sont des paquets d’étoupe, des fourrés impénétrables ; il a si peu le temps de les entretenir qu’il se refuse jusqu’à celui de les peigner. Il va de soi d’ailleurs qu’une négligence qui s’ignore aussi peu a de grandes chances d’être calculée, et qu’une laïideur qui se détaille avec tant de complaisance n’est pas très inquiète de son effet ?.
1 Bétolaud a bien vu que « l'orateur se justifie à dessein d’un grief qui ne figure pas d’une manière positive dans l'accusation ». (T. II p. 535). Mais ce n'était pas une raison pour remplacer dans la traduction de « uere opprobrasset » (4, 386) «à bon droit » par « véritablement ». Apulée sait bien que ce n’est pas un véritable grief, mais il se garde de le dire; car alors, à quoi bon se justifier ? Le contexte montre avec évidence que « utinam... uere opprobrasset » signifie : « plût au ciel que le reproche fût mérité ».
? Ge passage est d’ailleurs en contradiction avec 92, 584 : « iuuenem neque corpore neque animo ...paenitendum ». Cf. Met II, 2, où il n’est pas impossible que, comme le suppose Boissier (Afrique rom. p. 238), Apulée ait voulu faire son propre portrait.