‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 18 sur 81 · AFFRANCHISSEMENT DE TROIS ESCLAVES · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DE TROIS ESCLAVES

Jusqu’à présent nous avons pu discerner sans trop de peine les intentions et le point de vue de l’accusation. On voit moins bien, par contre, dans quel dessein, à cette place tout au moins, on lui avait jeté à la face sa pauvreté (c. 17-23). Qu'on lui en fit un grief, comme Apulée voudrait le donner à croire, fidèle à une tactique qui lui permet de se justifier à peu de frais, c’est ce qui, cette fois encore, n’est guère vraisemblable. À supposer même qu’on voulût seulement l'en railler ou lui en faire un opprobre, on ne voit pas ce que la cause y pouvait gagner. Peut-être pensait-on ajouter aux arguments qui précèdent une preuve de plus, en montrant que ce prétendu philosophe n’était pas si insensible à l'attrait des richesses, puisque, arrivé à Oea sans sou ni maille, accompagné d’un seul esclave, et n’ayant pour tout patrimoine que sa besace et son bâton!, il avait pu, au

1 Il est probable qu’il faut prendre ces expressions au figuré. V. toutefois Helm (Lucian u. Menipp, p. 316), qui pense qu'Apulée avait vraiment adopté la tenue du

philosophe cynique.

bout de quelque temps, s’accorder le luxe d’affranchir trois esclaves le même jour 1.

Apulée, il est vrai, raille, avec une ironie pleine d’arrogance, la contradiction et l’incohérence des propos de ses adversaires. « Apulée, dites-vous, est arrivé à Oea avec un seul esclave ; » et, dans le même instant : « Apulée a affranchi à Oea trois esclaves le même jour. ». Comprenne qui pourra! A moins qu'il n’y ait encore de la magie là-dessous (17, 430).

Mais, en vérité, de qui se moque-t-il, et quelle idée se fait-il de la docilité de son public? Comme si ce qu’on lui reprochait n’était pas précisément d’avoir assez d'esclaves pour pouvoir en affranchir trois du coup, lui qui, la veille encore, n’en possédait qu’un seul.

Aussi Apulée évite-t-il de faire allusion à l’époque où laffranchissement avait eu lieu. S'il était postérieur à son mariage, il n’était que trop facile de deviner la source de cette opulence de fraîche date. Apulée consacre toute la dernière partie de son discours à démontrer qu’il n’avait nul intérêt à épouser Pudentilla. Ses adversaires s’efforçaient au contraire de démontrer qu’il faisait une bonne affaire, Il était donc conforme à leur thèse de le représenter comme étant arrivé pauvre à Oea.

Lui, au contraire, veut donner l’impression qu’il était dans laisance. Aussi, après un long éloge de la pauvreté, qui est à lui seul une véritable « déclamation », a-t-il soin d’ajouter que son père lui a laissé un patrimoine fort honnête, qu'ont un peu entamé, il est vrai, ses études, ses voyages et ses libéralités?. Ainsi, tout en évitant de paraître trop pauvre, il s’attribue le généreux désintéressement qui convient à un philosophe à.

1 17, 429-430. Cf. la question d’Apulée (17,430) : « Gur potius tris seruos inopiae signum putares quam tris libertos opulentiae ? » Ce qui indique aussi qu'on entendait bien tirer argument de la richesse d’aujourd’hui opposée à la pauvreté d'hier, c’est qu'Apulée reproche à Emilianus un trop brusque changement de fortune (23,444), et semble vouloir par là lui renvoyer sa propre accusation.

? c. 23. «Modice imminutum » (23, 439: p. 27, 6 H.) est la leçon de mss., à laquelle plusieurs éditeurs ont fort mal à propos substitué haud ou non modice. Cf. d’ailleurs 92, 584: «...neque fortuna paenitendum ». gi

3 On avait encore relevé le fait que, de son propre aveu, Apulée était moitié numide, moitié gétule (c. 24). C'était dire qu'il était une sorte de barbare. La courte ré-

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