LES FAITS
doute. Mais il est des mots qui perdent un homme plus sûrement que les faits les mieux établis. Les mots sont des magiciens puissants, contre lesquels leurs propres armes sont souvent les plus efficaces. De plus, un procès de magie ressemble beaucoup à un procès de tendances. Apulée se rend bien compte que les actes qui lui sont imputés seront innocents ou criminels suivant les intentions qu’on lui prêtera et l'interprétation qu'on en donnera. Or on interprète la conduite d’un homme d’après l’idée qu'on se fait de lui, et l’idée qu’on se fait de lui dépend en grande partie de l'étiquette qu’on lui impose. Il importait donc à Apulée, non pas seulement d'établir ses droits au titre de philosophe, mais encore de détruire la présomption défavorable que l'emploi du terme de magicien risquait de créer dans lesprit du juge, antérieurement à tout examen des faits.