LA STATUETTE DE MERCURE
Nous en avons presque fini avec les faits étrangers au mariage d’Apulée. Un seul avait encore été relevé, nous ne savons comment, à propos d’une lettre de Pudentilla dont il sera question tout à l'heure. Il s’agissait d’une petite statuette en bois, figurant un squelette, qu'Apulée avait fait fabriquer en secret, qu'il entourait d’un respect religieux, et qu’il appelait du nom grec de Baorlevc (c. 61-65).
Nous avons parlé déjà des rapports de la magie avec le culte des morts. C'était à la puissance occulte des esprits que les magiciens avaient recours ; c’est dans les tombeaux que lon déposait les fabellae defixionum sur lesquelles on gravait les formules qui fixaient irrévocablement la destinée d’une personne ; l’évocation des morts était au nombre des actes qui entraient dans la définition du crime de magie. On comprend donc que l’adoration d’une tête de mort pût faire croire aux pratiques les plus criminelles.
Malheureusement pour eux, les ennemis d’Apulée s’étaient une fois de plus contentés de vagues on-dit et de renseignements incomplets. D'abord, la statuette incriminée avait été fabriquée, non en cachette, mais au grand jour. Pontianus, pour faire plaisir à son ami, l’avait commandée pour lui à un sculpteur sur bois, Cornélius Saturninus, dans l'atelier duquel chacun avait pu la voir : Cornélius lui-même était là pour en témoigner, ainsi que le fils de Capitolina, une dame d’Oea qui avait fait cadeau à Pontianus du bois d’ébène dont était faite la petite idole. Apulée avait en effet l'habitude de faire chaque jour ses dévotions devant l’image de quelque dieu : et la statuette représentait, non un squelette grimaçant, mais un ravissant Mercure, qu’il fait passer sous les yeux émerveillés de l'assistance.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce petit Mercure, et nous verrons qu'Apulée laisse échapper à son sujet des aveux bien plus compromettants qu’il ne pense. Mais si la statuette et les
termes dans lesquels Apulée en parle sont de nature à nous inspirer des soupçons, c’est pour des raisons dont les adversaires ne s'étaient pas avisés : du moment qu'il s'agissait non de magie, mais de religion, l’accusation était ruinée du coup.