‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 32 sur 81 · ISSUE DU PROCÈS III · texte numérisé non relu

ISSUE DU PROCÈS III

sacerdos prouinciae, dignité qui lui conférait la présidence de l'assemblée provinciale. Si son procès eut quelque influence sur sa carrière, ce ne put être qu’en le faisant plus complètement sortir de l’ombre.

Car son plaidoyer, soyons-en sûrs, eut un vif succès, et le talent qu’il y déploya contribua certainement à l’heureuse issue de l'affaire.

Sans doute, nous l’avons vu, il n’avait pas grand chose à craindre ; quelques doutes que puisse laisser sa défense, entre ses accusateurs et lui, le juge devait d'avance avoir fait son choix. Mais Apulée tire parti de ses avantages avec une habileté qui en double la valeur. Dès le début, il prend position : philosophe victime de lignorance et de la superstition, c’est la philosophie qui est persécutée en sa personne ; sa cause, c’est celle de la philosophie. Par bonheur, le juge devant lequel il est appelé à la plaider est, lui aussi, un lettré et un saget, tout nourri de la lecture des philosophes anciens; ce n’est pas lui qui ira condamner un homme pour s’être inspiré de l’exemple et des préceptes de Platon, ou pour avoir repris les recherches scientifiques d’Aristote. À ce juge éclairé, Apulée, comme on peut s’y attendre, ne marchande pas les compliments, attentif à éviter tout. ce qui pourrait blesser son amour-propre. S'il déclare, par exemple, que Claudius Maximus est trop philosophe pour en vouloir à un philosophe de sa pauvreté, il a soin de rappeler en même temps, soucieux de ménager, dans son orgueil de caste, le magistrat romain, que Claudius Maximus est fort riche (19, 435). Il ne se lasse pas d'admirer la sagacité, la patience avec laquelle il dirige les débats; et l’on ne peut s'empêcher de sourire quand, à propos d’un interrogatoire bien conduit qui a tourné à la confusion de l’accusateur, Apulée s’écrie qu'il s’interdit tout éloge à l'adresse du Juge, afin d’éviter jusqu’à l’apparence de la flatterie, mais que cette fois, décidément, il ne saurait taire son émerveillement. (48, 506.) Il lui arrive en effet de dépasser le but,

! Il se peut que le proconsul auquel s'adresse le discours d’Apulée soit le même que le stoïcien Claudius Maximus, maître de Marc-Aurèle (Capitol. M. Arton. 3, 2. — M. Aur. I, 15). Mais les preuves font défaut.

de louer sans grâce parce qu’il loue sans mesure, et de montrer, dans ses efforts pour mettre le juge de son côté, une insistance dont l’indiscrète ardeur devait être gênante pour un magistrat soucieux de garder au moins les apparences de l’impartialité.

Car Apulée tient à le bien faire entendre : entre le philosophe et le magistrat, l’un et l’autre initiés aux choses de l'esprit, il y a communauté d'intérêts, de goûts et d’études ; en butte à la sottise et au préjugé, environné d'êtres épais et grossiers, il est sûr que de Claudius Maximus au moins il sera Compris.

A force de le voir s'adresser au proconsul comme à un confrère en philosophie, à force de l’entendre dire: « Claudius Maximus et moi», on finit par avoir l'impression qu'il agit de connivence avec un Juge auprès duquel sa cause est gagnée d'avance, et qui doit être aussi écœuré que l’accusé lui-même de l'ignorance et de la stupidité des accusateurs.

Pour ces adversaires, Apulée a autant de sarcasmes que de flatteries à l’adresse du juge, et il ne perd aucune occasion de l’indisposer contre eux. Quelle longanimité il a fallu à Claudius Maximus pour écouter leurs sornettes! C’est trop de bonté, en vérité! N’ont-ils pas honte de faire perdre son temps à un homme sur lequel pèse le souci de administration d’une grande province ? Et puis, chose bien plus grave aux yeux d’un magistrat romain, ces gens-là n’ont aucun respect de la justice et de : l'autorité. Il n’y a qu’à voir comment le procès a été engagé. Des calomnies d’abord, semées à la légère : « Get Apulée, c’est un magicien, et pire encore : la mort de son beau-fils Pontianus, on sait qui en est responsable. » Sommé de faire la preuve de ce qu’il avance, en déposant une plainte en bonne et due forme, Sicinius Emilianus commence par battre en retraite : il abandonne l’accusation d’homicide, et ne retient que le crime de magié. Mais c’est trop encore : Emilianus est si peu sûr du bien fondé de sa cause, qu’il soutient l’accusation non pour son compte, mais au nom de son neveu. Le juge a beau lui interdire cette manœuvre, Emilianus persiste à se dérober et à se retrancher derrière un accusateur irresponsable, méconnaissant

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