‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 34 sur 81 · RÉDACTION DE 1/APOLOGIE · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE 1/APOLOGIE

Nous avons jusqu'ici traité lApologie comme un plaidoyer réel, et il n’y a pas lieu de douter qu'elle ait en effet été prononcée comme telle. Elle n’a pas seulement, comme il va de soi, la forme oratoire, elle rend aussi, en quelque sorte, la physionomie extérieure des débats. L’orateur a soin, pendant la lecture des pièces, de faire arrêter l’eau de la clepsydre (37, 479), à moins qu'il n’ait à donner connaissance d’une lettre, flatteuse pour lui, du proconsul Lollianus Avitus : peu lui importe, pour celle-là, d’abréger son discours (94, 588). Et de même, pour narguer son adversaire, en le mettant au défi de produire un témoignage accablant dont celui-ci le menace, Apulée l’autorise avec une condescendance ironique à prendre sur le temps qui lui est accordé pour sa propre défense : « mea aqua licet ad hoc utare. » (46, 503). Il note les gestes, les attitudes des personnes présentes. « Voyez, je vous prie, remarque-t-il, comme mes paroles l’ont frappé de stupeur, comme il a baissé les yeux. » (99; 596). « Pourquoi ce silence? Pourquoi cet embarras, ces hésitations ? » dit-il à Tannonius ; et à Emilianus : « Pourquoi

cette pâleur soudaine? Pourquoi ne dis-tu mot? » (46, 505). Il relève les interruptions : « auditisne reclamationem omnium qui adsunt?t » et s’indigne hypocritement quand on lui souffle les petites perfidies qu’il ne veut pas avoir lair de prendre à son compte : « Ehem, recte uos admonetis.. Nollem hercule hoc a me profectum ; non fuit meae moderationis tacitas omnium suspiciones palam abrumpere: male uos qui suggessistis. » (98, 593.)

Mais si ce ne sont pas là de simples trompe-lœil, ni de vaines figures de rhétorique, si ces détails, et d’autres encore, nous donnent au contraire, je ne dis pas l'illusion, mais Pimpression vraie de la réalité, il ne s’ensuit pas nécessairement que nous ayons sous les yeux le discours d’Apulée tel qu’il a été prononcé. En plaidant sa cause en justice, Apulée avait en vue un intérêt d'ordre pratique; en publiant son plaidoyer, il faisait œuvre littéraire. Or on sait qu'il était assez dans les habitudes des orateurs anciens de récrire à loisir, d’après leurs souvenirs, un brouillon ou des notes tachygraphiques, ceux de leurs discours qu'ils voulaient conserver ?. Il est probable qu’il n’en fut pas autrement pour lPApologie. S'il est exact en effet, comme le prétend Apulée, que le procès ait été engagé l’avant-veille, et si précipitamment que tous les témoins cités n’ont pu être présents au moment voulu, Apulée n’a matériellement pas eu le temps d'écrire son plaidoyer : il a dû Pimproviser et le rédiger après coup, ou tout au moins revoir de près les notes prises à l'audience.

Car Apulée avait certainement l'habitude et la pratique de improvisation ; c’est l’un des tours d’adresse oratoires auxquels il aime à se livrer, à lexemple des sophistes grecs,

163, 534. Cf. 90 sq.

2? Les Verrines, qui ne furent prononcées qu’en partie, et la Milonienne, où l'écrivain montra qu'il avait retrouvé les moyens qu'une émotion un peu forte avait enlevés à l’orateur, sont des exemples connus. V. aussi Boissier, Con. de Catilina, p. 173. — Pline, annonçant à un ami l'envoi de son plaidoyer pour Julius Bassus, prévoit qu'il lui faudra du temps pour en achever la rédaction. « Exspectabis orationem plenam onustamque, exspectabis diu: neque enim leuiter et cursim, ut de re tanta, re-

tractanda est. » (Æ£p. IV, 9, 23).

3 CF. [de deo S. prol.] 1,103 ; 4,108 (p. 1,1; 3, 10 Th.).

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