‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 35 sur 81 · RÉDACTION DE L'APOLOGIE · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE L'APOLOGIE

plus rompus à cet exercice que les déclamateurs romains, si l’on en juge par l’admiration et la stupéfaction naïves qu’inspira au bon Pline la merveilleuse facilité de lorateur Isée (Æp. I, 3). Ces improvisations, il est vrai, ressemblaient souvent à l’impromptu de Mascarille : elles étaient composées tout à loisir. Non que ces hommes, dont l’éloquence absorbait la vie, n’arrivassent en effet, par un travail assidu, à une étonnante virtuosité; mais leur adresse consistait en grande partie à savoir retrouver à propos, dans leur mémoire, et à juxtaposer dans le cadre d’un même discours, des développements préparés d’avance et soigneusement appris par cœur. Aussi un discours improvisé pouvait-il donner d’emblée l’impression de lachevé et du définitif ; il était prêt à être publié tel qu'il avait été prononcé. Il est vraisemblable qu'il en a été ainsi de plusieurs des improvisations d’Apulée. L’Apologie en particulier, comme nous allons le voir, renferme un assez grand nombre de morceaux que l’orateur, sans doute, avait déjà dans la mémoire, et qui pouvaient avoir servi ou être destinés à servir dans d’autres occasions.

Aussi n'est-il pas inadmissible en soi que l’Apologie, comme le pensent certains critiques, ait été conservée telle quelle, et provienne, sous sa forme actuelle, d’une rédaction tachygraphique. Est-il bien croyable cependant qu’Apulée, qui, une fois le procès passé, avait encore, pour tenir à son discours, des raisons d’amour-propre littéraire, en ait abandonné la publication aux hasards d’une transcription peut-être fautive? qu’il n'ait pas désiré tout au moins la revoir, s’il n’en procurait pas lui-même lédition? Les notes rédigées par des tiers contenaient parfois assez d’inexactitudes pour défigurer jusqu’à la pensée de lauteur. C’est parce qu'il courait de ses leçons une rédaction peu fidèle que Quintilien prit le parti de publier luimême l’/nstitution oratotre', et c’est une raison analogue qui détermina Arrien à donner une édition authentique des Æntretiens d’Epictète?. Soucieux jusqu’à la coquetterie de ses moin-

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2 Cf. la dédicace à L. Gellius, $ 4.

dres effets, Apulée n’était pas homme à laisser ses œuvres errer à l'aventure sans les repolir une dernière fois.

Je serais même porté à croire qu’il ne s’est pas borné, pour l'Apologie, à ce travail de style, mais qu'il a donné de son discours une édition revue, corrigée et augmentée !

Il est en effet fort long, ce discours. Pour le débiter sous sa forme actuelle, il aurait bien fallu quatre ou cinq heures. Pour beaucoup d'avocats, ce serait peu de chose, et l’on en vit, sous l'empire, demeurer sur la brèche autant et plus longtemps. On a même dit que c'était la règle, et qu'on se consolait de la mort de Péloquence politique en se livrant, dans les plaidoyers judiciaires, à de véritables débauches oratoires?. Mais est-ce bien sûr? Aper, dans le Dialoque sur les orateurs, oppose, sous ce rapport, les anciens aux modernes. « Le public d'autrefois, dit-il, encore neuf et grossier, supportait facilement de lourdes et interminables harangues ; c’était même un mérite de traîner un plaidoyer jusqu’à la fin du jour, si dicendo quis diem eximeret.%» De son temps, les juges sont moins patients : «Non exspectandum habent oratorem, dum illi libeat de ipso negotio dicere, sed saepe ultro admonent atque alio transgredientem reuocant et festinare se testantur. »

Dans le célèbre procès de Pison, trois jours furent attribués à la défense#; mais cela ne veut pas dire qu’on discourût du matin jusqu’au soir, et d’ailleurs la besogne était répartie entre plusieurs avocats. Pline plaida cinq heures pour Julius Bassus5, et la défense en avait encore quatre à sa disposition. Mais Pline semble dire que c’est beaucoup. Il avait parlé trois heures et demie quand la nuit Pinterrompit : « actionem meam, ut proelia solet, nox diremit », et il fallut le presser pour le décider à reprendre le lendemain et à remplir

1 Cf. Hildebrand p. XL. D’après Hesky (Wiener Stud. XXVI, 1904, p. 74), Apulte, après son mariage et son procès, aurait exécuté son projet de voyage à Alexandrie, et c’est là qu'il aurait écrit l’Apologie. C’est une hypothèse qui ne repose sur rien.

2 Cf. Mommsen, Strafr. p. 429.

3 Dial. 19 (trad. Burnouf.)

Tac. Arr IT, 13:

5 Ep. IV, 9, 9° ss:

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