‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 39 sur 81 · LA CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE

Ces observations ne doivent pas faire oublier les très réelles qualités d’Apulée, la vie et le relief de celles de ses descriptions que ne déparent pas des fautes de goût, la clarté, parfois la simplicité de la narration. Mais il ne s’agit pas pour linstant de porter un jugement d'ensemble sur l’orateur et lPécrivain, ni d'analyser sa langue et son style. Nous nous sommes bornés à considérer PApologie au point de vue de la structure et de Pordonnance ; nous avons constaté que les procédés de composition étaient directement inspirés de la routine scolaire, que nombre de lieux communs de morale, d'exemples, d'images se retrouvaient soit chez les déclamateurs eux-mêmes, soit chez des écrivains sur lesquels Pinfluence de la déclamation est incontestable; c’est donc bien à l’enseignement des rhéteurs, des maîtres d’Apulée à Carthage, qu’il faut rapporter la formation de son éloquence; et telle est la force de l’habitude et de la tradition, que même un discours réel, dicté par des nécessités pratiques, comme l’Apologte, reste encore à bien des égards un exercice d’école. En somme, ce qu'Apulée doit à la déclamation peut se résumer d’un mot: c’est l’art du développement. Et ce n’est pas peu de chose.

Il eût suffi d'indiquer brièvement, et sans entrer dans tant de détails, ce dont on ne peut manquer d’être frappé presque à première lecture, s’il n’avait pas paru nécessaire, pour prévenir toute confusion, de préciser autant que possible la part des diverses influences. Si profonde en effet que se manifeste chez

Apulée l'empreinte des méthodes traditionnelles d'éducation oratoire, ce n’est pas aux déclamations, telles que nous les connaissons par Sénèque le Père et le recueil mis sous le nom de Quintilien, que l’Apologie fait songer. Si l’on veut se faire une idée juste de léloquence d’Apulée, c’est à un genre un peu différent qu'il faut la rattacher, c’est dans une autre catégorie d’orateurs qu'il faut le ranger. On s’en rendra peut-être mieux compte en comparant Apulée à lui-même.

On sait qu'il nous est parvenu, outre l'Apologie, quelques échantillons de l’éloquence d’Apulée : ce sont les Florida. Plusieurs de ces fragments sont trop courts pour présenter grand intérêt. D’autres sont assez étendus pour permettre de se faire une idée du discours d’où ils sont tirés, et les originaux perdus confirmeraient sans doute ce qui, dans l’état actuel des Florides, est déjà fort vraisemblable, à savoir qu’il n’entre ni dans les goûts ni dans les habitudes d’Apulée de s’astreindre à traiter une question avec suite. Un sujet ne sert pour lui que de prétexte à une causerie vive et capricieusement nuancée, faite d’une succession de morceaux brillants, assez variés pour tenir en éveil, sans la fatiguer, attention de l'auditeur, assez ingénieusement rattachés entre eux pour lui donner lillusion d’un développement naturel et logique. 1

Veut-il par exemple exprimer cette pensée que, pour connaître un homme, il ne suffit pas de le voir, il faut l’entendre parler ? (Flor. 2). À un mot de Socrate, sur lautorité duquel il se fonde, il oppose un vers de Plaute?, qu'il entend à contresens pour convaincre le poète d'erreur. Et la preuve, ajoute-t-il, c’est que, si le témoignage des yeux avait plus de valeur que : celui de l'esprit, c’est à l’aigle et non à l’homme que reviendrait le prix de la sagesse. Car l’œil de l’homme est faible : c’est Homère qui l’a dit; tandis que laigle.. Et là-dessus, lorateur s’élance d’une envolée lyrique à la suite de l'oiseau qui, des hautes régions de l’éther où se balance son vol, aperçoit à terre

1 Monceaux a consacré à Apulée conférencier (A pulée p. 10 ss.) quelques pages qui se lisent avec autant d'agrément que de profit. Cette étude n’est donc pas à refaire.

Notre sujet nous imposait d’ailleurs un point de vue beaucoup plus formel,

2? Trucul. 489 Goetz-Schoell.

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