MAXIME DE TYR, DION DE PRUSE, FAVORINUS
quée d’instruire, et surtout un goût pour la philosophie qui manquait aux sophistes proprement dits. Bien plus, le vieil antagonisme entre la rhétorique et la philosophie était peut-être plus aigu que jadis, et la chose s'explique. L'opinion publique ne s'égarait pas en voyant d’instinct dans les sophistes les représentants du génie grec à cette époque. Leur éloquence était artificielle et vide, c'est vrai, et l’enthousiasme qu’elle provoquait semble dénoter, chez ceux qui parlaient et chez ceux qui écoutaient, une égale médiocrité et une égale frivolité d'esprit. Mais il ne faut pas l'oublier, la communauté des traditions et des souvenirs, héritage du passé, était la base de ce qui subsistait encore de vie nationale; et en particulier la langue, la langue grecque, jalousement conservée et dévotement entretenue, était encore le symbole le plus vivant de l’unité hellénique. Les Grecs avaient toujours aimé les beaux discours: graoloyor xai quhxoou. Maintenant ce goût se confond avec le culte pieux du passé, qui. au-dessus du particularisme local et municipal, unit tout ce qui parle grec dans un commun patriotisme. Et quand des philosophes, sous prétexte de vertu, de bonheur ou de salut, rabaissaient l’art de bien dire pour exalter l’art de bien vivre, c'était comme si des barbares portaient la main sur ce qu’il y avait dans le patrimoine national de plus cher et de plus sacré.
Il se trouvait pourtant des orateurs d’un genre intermédiaire à qui ce divorce ne paraissait pas inévitable, ou qui, n’arrivant pas à rompre avec les habitudes d’esprit contractées au cours de leurs études littéraires et oratoires, cherchaient cependant à donner à leur éloquence, teintée d’érudition, un intérêt pratique, et le caractère d’un enseignement philosophique et moral.