‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 55 sur 81 · HIÉRARCHIE DES ÊTRES · texte numérisé non relu

HIÉRARCHIE DES ÊTRES

Il y a d’après Platon, dit Apulée, trois classes d'êtres animés. À chacune d’elles, selon sa nature, une région de l'univers est assignée comme séjour !.

Dans le ciel habitent les dieux immortels. Les uns sont visibles, comme le soleil, la lune, les planètes et les astres en général, que tous les hommes, tant Grecs que Barbares, s’accordent à considérer comme des dieux; les autres ne peuvent être conçus que par la pensée, et ne sont pas perçus par les sens : tels les douze grands dieux énumérés dans ces deux vers d’En-

nius :

Juno, Vesta, Minerua, Ceres, Diana, Venus, Mars,

Mercurius, louis, Neptunus, Vulcanus, Apollo, et les autres dieux dont les noms nous sont familiers, et dont nous mesurons la puissance ‘au ‘rôle qu'ils jouent dans le monde ?. Ces dieux sont incorporels, éternels, sans aucun contact avec ce qui est corporel ; ils sont par eux-mêmes, sans aucun bien extérieur, en possession de la béatitude parfaite ; ils

se suffisent à eux-mêmes, et échappent à toutes les émotions humaines ; ils sont impassibles et ils sont immuables, car qui

1 de deo S.1. La doctrine des démons est renfermée presque tout entière dans le de deo Socratis. C'est à ce traité, ou plutôt à ce discours, que se rapportent, dans les pages qui suivent, les citations et les références qui ne sont accompagnées d’aucune indication de titre. — S. Augustin a longuement critiqué la doctrine des démons, telle qu’elle est exposée chez Apulée. V. surtout G. D. VIII, 14-22. IX, 3. X, 9-11. Cette discussion, d’ailleurs, n'offre guère d’intérêt qu’en ce qui concerne Augustin lui-même.

Sur Apulée, il n’y a pas grand éclaircissement à en tirer.

2? de deo S: 2; 4, 128. Cf. Flor. 10, 4o. de Plat. I, 10, 207 ; 11, 204.

dit changement, dit imperfection, et les dieux sont parfaits. (3, 1992012: 1407)

Au-dessus des dieux se trouve leur père, maître souverain de l'univers, qui non seulement est impassible et bienheureux, mais qui reste en dehors de toute activité, bien que d’autre part Apulée l'appelle le maître et l’auteur de tout ce qui est. Celui-là est incommensurable, le plus souvent inconcevable pour l'esprit, toujours ineffable ; les sages seuls ont le privilège de l’entrevoir par intervalles t.

Au bas de l’échelle des êtres, dont les dieux occupent le sommet, se trouve l’homme, Il à pour séjour la terre, dont il est l'habitant le plus élevé en dignité, bien que trop souvent, par sa conduite, il semble vouloir se ravaler au-dessous des bêtes. Les hommes sont doués de raison et de langage ; leur âme est immortelle, leur corps est mortel; ou plutôt, mortels en tant qu’individus, ils sont permanents en tant qu’espèce ; ils sont sujets à toutes les faiblesses, en particulier aux troubles de la passion. (4, 126-7).

Donc, voilà deux catégories d’êtres animés, « bina animalia »: d’une part les dieux, d’autre part les hommes. Mais entre les uns et les autres, il y a un abiîme ‘infranchissable. (4, 127-8). Les dieux sont séparés des hommes par leur éloignement, « loci sublimitate », par leur immortalité, par leur perfection. Entre les dieux et les hommes, 1l n’y a pas de communication possible, « Nullus deus miscetur hominibus ?. »

Mais alors, dira-t-on, si la nature se compose de deux mondes éternellement distincts, 'et condamnés à ne jamais se rejoindre, si l’homme est relégué comme en un Tartare, et si les dieux n'interviennent pas dans les affaires humaines, à qui adresser ses prières, à qui présenter ses offrandes, qui invoquer en garantie des serments? (5). Eh bien! non, répond Platon, il est faux qu'il n’y ait pour les hommes aucun moyen de communiquer

1 De Plat. I, 5, 190 ss. ; 10, 201. — de deo S!. 3, 124.

2 Cette idée, l’un des principes fondamentaux de toute la théorie des démons, inspire à saint Augustin, qui la juge absurde et immorale, un mouvement oratoire qui

n’est pas sans grandeur (Q. D. VIII, 20).

Page 1