A - 3 HIÉRARCHIE DES ETRES
avec les dieux, il est faux que nos vœux ne parviennent pas Jusqu'à eux. Car il existe entre les uns et les autres des puissances intermédiaires, qui portent jusqu’au ciel les prières et les mérites des hommes, et qui transmettent et dispensent aux hommes les faveurs divines. Ce sont les démons !.
Un édifice à trois étages, dont les dieux, avec le Dieu suprême, leur père, occupent le sommet, les hommes, l'échelon inférieur, les démons, le milieu : telle est la représentation, un peu bien sommaire el simpliste, de l'univers, qu'Apulée emprunte ou croit emprunter à Platon. Pour y arriver, il a fallu parfois rapprocher arbitrairement des traits épars dans des dialogues appartenant à des périodes différentes : mais, de cela, onsongera si peu à s'étonner, qu’à peine est-il besoin de le relever. Quoi qu'il en soit, cette doctrine se donne pour platonicienne, et Apulée a le droit, jusqu'à un certain point, de se couvrir de l’autorité de Platon ?.
Le Dieu du Trmée et des dialogues qui en sont relativement contemporains est bien, comme le veut Apulée, l’auteur de l’univers : Platon l’appelle le démiurge, le créateur ou encore l’ordonnateur du monde 3. Il est difficile de le concevoir, et pour ceux même qui l'ont conçu, il reste ineffable: « Tor uè» ovr TTotjTÿv xai HOTÉQU TOÛ0E TOÙ TAVTOS EUQEU TE ÉQYOV xGÙ EUQOVIQ ets mavras œdüraror Aéyew *. » Déclaration bien connue, qu’Apulée traduit ou paraphrase à deux reprises 5. Est-il bien sûr toutefois qu'il soit tout à fait fidèle, sur ce point, à l'esprit de Platon? Ce que Platon veut dire, selon toute probabilité, c’est tout
1 «Sunt quacdam diuinae mediae potestates inter summum aethera et infimas terras in isto intersitae aeris spalio, per quas et desideria nostra et merita ad deos commeant: hos Graeci nomine daemonas nuncupant, inter terricolas caelicolasque uectores hinc precum, inde donorum, qui ultro cito portant hinc petitiones, inde suppetias, ceu quidam utrisque interpretes et salutigeri. » (de deo $. 6, 132/3). «...quamquam Platoni credam inter deos atque homines natura et loco medias quasdam diuorum potestates intersitas. » (Apol. 43, 498). CF. de Plat. I, 11, 205 ; 12, 206. For. 10, 40/1.
2 Sur ce qui suit, v. la thèse déjà citée de Bovet sur le Dieu de Platon.
3 Soph. 265 BG. 266 B. Polit. 269 C D. 270 A, Tim. 28 BC, 30 A.
# Tim. 28 C.
5 De Plat. I, 5. — De deo S. 3, 124.
simplement que les spéculations sur Dieu sont environnées de difficultés et restent toujours incomplètes, que lPobjet en est lointain et malaisément accessible, que les résultats enfin de ces recherches ne peuvent être communiqués à tous les hommes, tant, sans doute, parce qu’ils sont au-dessus de leur portée, qu’en raison de l'insuffisance du langage humain. Or Apulée, revenant sur cette idée dans le de deo Socratis, y ajoute des développements quelque peu suspects. Du Dieu suprème, dit-il, il renoncera à parler : comment se flatter d’y parvenir, quand Platon, dont léloquence est divine, déclare que le langage humain est trop pauvre pour en donner une notion, même approchée, « hune solum maiestatis incredibili quadam nimietate et ineffabili non posse penuria sermonis humani quauis oratione uel modice comprehendi », et que c’est à peine si les sages, quand leur âme s’arrache aux entraves du corps, arrivent à l’entrevoir, comme à la lueur fugitive d’un éclair, « uix sapientibus uiris, cum se uigore animi, quantum licuit, a corpore remouerunt, intellectum huius dei, id quoque interdum, uelut in artissimis tenebris, rapidissimo coruscamine, Îumen candidum intermicare? » Cette connaissance intermittente, et qui s'obtient au prix d’un effort de l’âme pour s’affranchir des liens de la matière, cette intuition qui ressemble à une subite illumination, voilà des conceptions qui apparüennent moins à Platon qu’à Apulée et à son temps.
Quant aux dieux, Platon se les représente comme immortelsi, heureux ?, impassibles %, sages et toujours d’accord avec eux-mêmes ;. Vers la fin de sa carrière, il établit une hiérarchie plus nette entre le Dieu souverain et les dieux qui lui sont subordonnés, les astres d’abord, qui sont par excellence les « deoù ovowriot » 5, puis les douze dieux prescrits par la loi 6,
1 Phaed, 106 D. Cf. Conu. 202 D E, l'opposition des termes dvnroc et Deoc.
? Conu. 202 C. Phaedr. 247 À.
3 Phileb. 33 B,
4 Crat. 438 C.
5 Legg. VAL, 821 B. VIII, 828 C. XI, 927 A, Cf. Crat. 397 C.
6 Legg. V, 745 D. VII, 828 B.