‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 71 sur 81 · RECHERCHE D'UNE DÉFINITION · texte numérisé non relu

RECHERCHE D'UNE DÉFINITION

Pour nous en tirer, il faudrait trouver une définition de la magie et du magicien qui ne laissât place à aucune équivoque, et qui fermât à Apulée lui-même toute issue par où s'échapper. Mais ici l'embarras redouble. De nos jours même, la science n’a pas encore réussi à tirer, de l’étude objective des faits, une définition de la magie dont tout le monde puisse tomber d’accord. C’est qu’en effet, la magie se définit surtout par rapport à la religion. Et sur l’essence de la religion, comme sur ses limites, on n’est pas près de s'entendre. À plus forte raison est-il malaisé de démèêler chez Apulée, dans l’inextricable chaos de croyances et de traditions qui constituent le fond de ses idées, où finit la religion et où commence la magie; ou, si l’on préfère, à quel moment la spéculation philosophique dégénère en curiosité magique. Essayons, toutefois, de dégager, s’il se peut, quelques caractères applicables à ce qui fait Pobjet de notre étude.

On définit parfois la magie, par opposition avec la religion, en disant que les rites magiques agissent de façon à produire l'effet visé mécaniquement et nécessairement. La magie serait alors la connaissance et l’application de moyens secrets, ayant une vertu propre, et exerçant, d'eux-mêmes et infailliblement, une action déterminante sur le cours des phénomènes, à condition,

bien entendu, qu'aucune erreur n’ait été commise par l'opérateur, et qu'aucune influence contraire plus puissante n’ait été mise en œuvre. C’est à peu près l’idée à laquelle s’est arrêté Alfred CG. Lyall : « Le sorcier, dit-il, peut se définir ainsi : c’est un individu qui prétend accomplir des merveilles, non avec laide ou d’après le conseil des êtres surnaturels auxquels il croit tout autant que le reste du peuple, mais grâce à certaines facultés, certains secrets occultes qu’il s’imagine posséder 1. » Il y a certainement dans cette définition une part de vérité; mais à moins d'établir encore entre la magie et la sorcellerie une distinction qui ne paraît pas essentielle ni fondée sur la nature des faits, elle est à la fois trop étroite et trop large. Trop étroite en ce qu’elle semble exclure de la magie toute intervention d’êtres supérieurs : appelons-les des esprits. Car ce n’est pas seulement la doctrine soi-disant platonicienne des démons qui a recours à des puissances de cette sorte pour rendre compte de la magie. On voit souvent, au contraire, la magie liée à la croyance aux esprits, et la puissance du magicien vient alors ou de ce que les esprits l’assistent ou de ce qu’ils lui obéissent.

Ce qui est vrai, c’est que l’effet d’une pratique magique n’est pas précaire, au sens étymologique du mot; il ne dépend pas, comme l’exaucement de la prière, de la bonne volonté de celui qu’on implore ; il force ou les esprits ou les choses (pratiquement, c’est tout un). Ce caractère de nécessité des rites magiques peut servir à distinguer la magie de la religion à certains stades du développement de l'humanité. La prière et le rite tendent alors à devenir des moyens de se concilier les bonnes grâces de la divinité, qui n’en garde pas moins sa liberté d’action. Qu’au contraire la prière soit conçue comme une sommation ayant par elle-même un pouvoir souverain et infaillible : on peut dire qu’on a franchi la limite qui sépare la religion de la magie.

Mais 1l n’en est pas toujours ainsi. Notre définition de tout à heure — et c’est en cela qu’elle est trop large — peut s’appliquer aussi à des rites religieux. On s’accorde assez généralement

! Etudes sur les mœurs religieuses et sociales de l’'Extrème-Orient, trad. franc. (Paris 1885) p. 157.

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