XV. Les Chrétiens descendent (3) duSeigneur Jésus
('l)Ëp. adDiogD., 111, %
(3) Ep. ad Diogn., H.
(3) On ne savait pas, à cette époque, ce que c'était qu'une reli-
Christ. On le reconnaît comme Fils du Dieu Très-Haut descendu du ciel avec le Saint-Esprit, pour le salut des . honomes. Né d'une vierge sainte, il s'est incarné sans sperme et sans souillure et est apparu aux hommes afin de les faire sortir de Terreur du polythéisme. Et ayant achevé son admirable mission, il mourut volontairement sur la croix, suivant un plan supérieur. Trois jours après, il ressuscita et monta aux cieux. Tu peux, ô Roi, si tu le désires, apprendre à connaître la renommée de sa vie dans ce qu'ils appellent le saint Évangile. Il eut douze disciples qui, après son ascension, se répandirent dans toutes les parties de la terre, pour y annoncer sa gloire. C'est ainsi que Tun d'entre eux vint dans nos contrées, prêchant le dogme de la vérité. Ceux qui se soumettent à leur prédication prennent le nom de Chrétiens.
Ils ont trouvé la vérité et dépassé tous les peuples de la terre. Car ils connaissent le Dieu créateur de toutes choses en son Fils unique et le Saint-Esprit, et ils n'adorent pas d'autre Dieu que celui-là. Ils ont les commandements du Seigneui' Jésus-Christ lui-même gravés dans
gion qui n'était pas nationale. Les chrétiens se recrutaient partout, ctiez les païens, chez les juifs. On les considérait comme un a (ertium genvs j> et on ne savait d*oii sortait cette race. Aristide les fait descendre de Jésus-Christ. Il s'agit d'une descendance spirituelle; il dira plus loin que les chrétiens sont frères spirituels (G, XV). Le fragment A exprime la même idée, tandis que la version S présente simplement Jésus comme fondateur de la religion chrétienne. Le traducteur syriaque a fait des confusions, comme le montre celte phrase bizarre du ch. It au sujet des Barbares : Nowthe Barbarians reckon tke head of t/ie race of their religion. Le texte G donne ici la vraie leçon.
leurs cœurs el. ils les observent {{) dans l'attente de la résurrection des morts ut de la vie du siècle à venir, llfî ne commettent pas d'adultèi-es ^'2) ni de fornications (3); ils ne portent |)as de faux témoignage {4). Ils ne convoitent pas ce qui est à autrui (îj); ils honorent père et mère; ils aiment leur prochain (6) et jugent avec équité. Ils ne font pas à aulrui ce qu'ils ne veulent pas qu'on leur fasse (7). Ils e.xhorlent ceux qui les traitent injustement et s'en font des amis. Ils s'eflorcent de faire du bien à leurs ennemis (8). Ils sont doux (9), modestes, s'abstiennent de toute union illégitime et de toute impureté. Ils ne méprisent pas les veuves et ne font pas de tort à l'orphelin. Celui qui est riche donne de bon cœur au pauvre (10). Quand ils voient un étranger, ils le conduisent dans leur demeure et se réjouissent de lui comme d'un véritable frère. Car ce n'est pas selon la chair qu'ils s'appellent frères, mais selon l'esprit. Ils sont prêts à donner leur vie pour Christ. Ils observent strictement ses commandements, vivant saintement et justement, comme le Seigneur Dieu le leur a ordonné, lui rendant grâce à toute heure pour la nourriture, la boisson ou les autres biens.
(l)Gf4.i>". IW, 9 ; Bam. Epist., XIX. %; XIX, il. (2) Cf ic*. U. 1; Bam. Epist..X\X, 4.
(3)Cf4<j. n, 1.
(4)Cf4<J. 11,2.
(5) Cf W. II, ï; Barn. Epitt., XIX, 6.
(6)Cfi<J. I, 2;Il, 7; Barn. Epùt., XIX, 5.
(7) Cf a.J. I, 2.
(8)Cr4i'f. I, 3. 5.
(9) Cf a.J. 111, 6, 7 ; Barn. Epist., XIX, 4.
(iO)CfiiJ. IV, 4.
XVL C'est, en effet, le chemin de la vérité (1) qui conduit ceux qui le suivent au royaume éternel promis par Christ dans la vie à venir. Et afin que tu saches, ô Roi, que je ne dis pas ces choses par moi-même, cherche dans les écrits des Chrétiens, et tu verras que je ne dis rien en dehors de la vérité.
{i)C( Bam. Epist., XIX.
CONTRIBUTION DF. l'aPOLOGIE A L HISTOIRE DU CANON
Aristide a bien soin de dire que tout ce qu'il avance sur les Chrétiens ne vient pas de lui. Et il renvoie l'empereur à leurs écrits, mais sans jamais faire de citations de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Le texte grec parle de l'Évangile en ces termes : « o5 ib%Uoç
T^î itapouaîaç î* tijç icap 'aùtoîç KaXc-^Uvr,; EÙ«qYeX»iîSq iY'*î TP*î^î
I5e5t{ 501 Yvûvai, pajiXsii, èiv ^vrij^i]; » (XV). Le texte 3 (II) contient un passage parallèle, mais le fragment A ne fait aucune allusion aux Ecritures. Le passage cité implique un Évangile écrit, dans lequel l'auteur a puisé les faits évangéliques qu'il mentionne, et où l'empereur peut se reporter. On ne peut rien en tirer de plus.
Une autre allusion aux écrits chrétiens, mais beaucoup plus vague, est dans le chapitre XVI : «Kaiîva
fvj^ç, Pajtï,EO, ÔTi oùx otTC ijiouTOii laûta ï^"f**i '^"■'^ Yff'tïç if».(i^q TÛv xpisTiavôiv eûp'^asiç oùSèv l^tu t^î àX»)Oaia; jiE Xé^eiv » . La version syriaque n'est pas plus explicite; elle engage encore une fois l'empereur à lire les écrits des chrétiens.
M. Robinson cherche à montrer que, le texte G est légèrement teinté du langage des écrits apostoliques. Pour cela, il rapproche plusieurs passages de G, de passages pauliniens, ou de Tépître aux Hébreux. Ces rapprochements ne nous ont pas toujours convaincu. On peut fort bien trouver dans des écrits, d'ailleurs indépendants, une môme idée générale, exprimée d'une manière assez analogue. Pour M. Robinson, le commen-
cernent de l'Apologie : Kat OEWpTljda; xbv oôpavbv -mi -rtiv -fy^ xal Tïjv ôdXûKjaav fjXiév ts xal ceXf^vr^v xal -wà Xcizà, èôaufjuxca t})V 8tax6c[jLT)«v
TouTwv rappellerait le passage de II Macc. , VII, 28 : àÇiw ae,
téxvov, dvaPXé^Jwtvra èi; tov oupavbv xal Tf|V -piv, xal Ta èv oôtoTç xdvca tô^vra, yvûvat 5ti èç oix ovrwv èicotViaev aura 6 066c. C'est bien, en
quelque sorte, la même idée, mais nous n'y voyons aucune dépendance nécessaire. La même idée se trouve d'ailleurs exprimée à un autre endroit, dans la légende de Barlaam et de Joasaph (Boissonade, p. 49, 50), et presque dans les mêmes termes : KaTavoficaç vàp oipavbv
xal Y^iv xal OdXoaaav ^Xi6v xe xal ffeXTl)VT;v xal ta Xoticà, èSaujxaae tîjv
âvapjjiivtov xaiirJjv aiax6qjiYî<jiv. Cela contribue à infirmer Topinion d'après laquelle l'auteur de l'ouvrage complet aurait abrégé l'Apologie pour ne pas répéter ce qu'il avait dit plus haut. L'expression : Oavdxou iYeuaaxo rappelle le verset 9 du deuxième chapitre de l'épître aux Hébreux. Mentionnons encore deux passages qui, pour la forme, présentent une certaine analogie avec des textes pauliniens : ît' aùtou lï xàicavra ouvécTTîxsv (1) rappelle Colossiens,
I, 17, et xal ^pÇavxo aé^eadat Tt)v xttatv wapà xbv xxfaavxa aôxoôç (2j
fait penser à Romains, J, 25. Il ne faut pas attacher trop d'importance à ces rapprochements. Les expressions dont se sert M. Robinson à ce sujet sont caractéristiques : « Thèse words are a kindof écho... We seem to feel the influence... This sentence has affinities [Texts and StudieSy p. 83). Il est très remarquable que le chapitre XV du texte grec, qui énumère une quantité de faits évangéliques, ne présente aucune analogie avec
(l)Ch. I, ligne H.
(2) Ch. m. ligne 4.
les termes mômes do nos ÉvaDgîles. N'y a-t-il pas là une indication très importante en faveur de l'intégrité du passage, puisque l'auteur de la légende accumule les textes bibliques et les transcrit littéralement dans l'autre partie de son ouvrage ?
Aristide ne nous apprend donc rien sur l'histoire du canon ', ce qu'il dit des écrits chrétiens est très général et peut embrasser toute la littérature chrétienne du temps.
CONTRIBUTION UE l'aPOLOGIE A l/llISTOÎRE DU DOGME
Aristide n'est nullement préoccupé de théologie. Il ne songe pas à prouver la A'érité du Christianisme par les prophéties de l'Ancien Testament. L'eschatologie occupe dans son Apologie un rôle très peu important. On n'y rencontre aucune spéculation métaphysique. Le texte grec, parallèlement avec les versions arménienne et syriaque, donne une énumération des principaux faits relatifs à la vie et à la mort de Jésus. M. Rendel Harris a étudié, avec soin, les textes relatifs à ce qu'il appelle : The symbol ofthe Faith in the time of AristideSy et a reconstitué le Credo suivant (p. 2b) :
We believe in one God^ Almighty Maker of Heaven and Earth^ And in Jésus Christ y Bis son.
Born of the Virgin Mary.
He was pierced by the Jews :
He died and was buried :
The third day He rose again :
He ascended into Heaven :
He is about to cotne tojudge.
M. Rendel Harris a réuni en un tout une série de passages épars dans TApologie. Il a fait précisément ce qu'ont fait les auteurs des regidae fidei^ qui ont réuni des faits principaux de l'Évangile, qui devaient en représenter la moelle. Cela ne prouve pas que le credo
existait, tel quel, du temps d'Aristide. Voici ce qu'on lit dans la version syriaque dont M. H. s'est servi. Ils connaissent et croient en Dieu, créateur du ciel et de la terre (XV) ; puis il faut passer au chap. II pour le second article de foi. Le texte grec est ici meilleur et donne, à notre sens, beaucoup mieux le résumé de la croyance des chrétiens. On y lit : Y'.va)^.oua'. vàp tov ôebv xtCottjv xat
ÎYjpttoupY^v TÛv aicdvTWV èv ulw pLOVOY^vet xat ^Vcuixari aYiti), xat àXXov
ôeèv rXrjv toutou ou cégo^/Tat (Ch. XV). Tandis que le texte S présente cette phrase incompréhensible en parlant de Dieu : He who has no other God as His fellow (XV), et ailleurs (II) présente Jésus comme Dieu, le texte grec affirme clairement qu'il n'y a qu'un Dieu, créateur de toutes choses, et que les chrétiens, connaissant le Fils et le Saint-Esprit, n en adorent pas d'autre. Il ne s'agit pas de la foi, de la confiance en Dieu. Pour Aristide, ce qui importe, c'est la connaissance : Yivwîxouct. C'est parce que les chrétiens, avides de la vérité, se sont approchés le plus de la vraie doctrine, que le philosophe s'est converti. Il a été séduit par leur monothéisme, plutôt que par ce qu'il y avait de spécifiquement chrétien dans leur doctrine. Quel est donc le rôle attribué à Jésus par Aristide? Jésus est descendu du ciel, pour le salut des hommes (G. XV) ; il s'est incarné : Sicw; èx tyjç woXuôéou icXavTjç aùTob; àvaxaXéjYjTai. Le salut a douc Consisté, pour Aristide, à tirer les hommes de leur erreur. Le salut, en dernière analyse, est pour lui Taffranchissement du mal qui résulte des erreurs religieuses (G. VIII à la fin). Aristide met en rapport la saine doctrine sur Dieu, avec les bonnes mœurs des chrétiens, qu'il expose au chap. XV. Mais le salut n'est pas mis en rapport avec
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la mort ou la résurrection du Christ. On chercherait en vain la moindre aUusion à la révélation. Les chrétiens ont cherché, et ils ont mieux trouvé que les autres. Aristide part d'une théorie de Dieu qu'il considère comme la vraie, et il défend les Chrétiens, parce qu'ils s'en rapprochent plus que les autres peuples. Le texte G, dans ces questions si tentantes pour les interpolateurs, est beaucoup mieux conservé que les versions syriaque et arménienne (A présente Marie comme mère de Dieu). Cependant, il s'y est glissé trois quaUficatifs qui n'ont ,^ pas dû figurer dans l'original : l'épithète à-(ia attribuée ^^ à la vierge, et les adverbes dc(Txop(i>ç vm içOopo)? désignant Grincarnalion. Est-il nécessaire de penser que c'est l'auteur de la légende de Barlaam et Joasaph qui a fait ces additions? Elles pouvaient fort bien exister dans l'original, copié par lui au septième siècle, et d'ailleurs elles sont infiniment moins importantes que les interpolations des deux versions A et S.