CHAPITRE PREMIER
Première source «le l'efficacité de l'apostolat s la prière.
Nous voici, dès l'abord, au cœur même de notre sujet. Il ne s'agit de rien moins que de prouver aux chrétiens qu'ils sont revêtus d'un pouvoir miraculeux et illimité, que la plupart d'entre eux ne paraissent même pas soupçonner. Il s'agit de leur prouver qu'ils peuvent tous participer au privilège le plus divin du Tout-Puissant, au pouvoir de donner la vie aux âmes, et de la leur rendre quand elles l'ont perdue. Il s'agit de leur montrer que l'exercice de ce pouvoir est à la portée du plus faible et du plus misérable d'entre eux.
S'il y avait quelque part un moyen facile et à la portée de tous de ressusciter les morts, et si le plus grand nombre des hommes ne se doutaient môme pas de son existence, celui-là ne ferait-il pas une œuvre utile qui en populariserait la connaissance et en démontrerait l'efficacité ? Ce moyen de résurrection, que la providence de Dieu nous a refusé par rapport à la mort passagère du corps, elle l'a mis entre nos mains pour délivrer nos frères de la seconde mort, de celte mort de l'âme qui de sa nature
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est éternelle. La plupaii des chrétiens, quelle <i'"' soit leur croyance spéculative, agissent comme s'ils étaient convaincus que ce grand pouvoir de faire sortir les .'unes de leurs tombeaux es! le privil< de la race choisie îles élus du Sanctuaire. C'est montrer qu'ils ne comprennent ni en quoi consiste la vie de L'âme, ni par quels moyens elle se propage et se rétablit. Comment s'étonner qu'il y ait au monde tant de morts, et que la terre entière ne soit qu'un cimetière immense, où des cadavres d'âmes gisent abandonnés, alors que le plus grand nombre de ceux ([lie Dieu a investis du pouvoir de rendre la vie à tous ces morts, ne se doutent même pas de la mission auguste qu'ils ont reçue? Kfforeons-nousde les tirer de leur funeste ignorance, ou de leur oubli non moins funeste. Rappelons brièvement les grands enseignements de la foi. Montrons que la vie de l'âme, c'est la grâce, et que le moyen tout-puissant de faire descendre la grâce dans lésâmes, c'est la prière.
ARTICLE PREMIER
La vie de l'âme, c'est la grt
La grâce! quel est le chrétien qui n'ait pas entendu des milliers de fois ce nom retentir à son oreille, et qui ne l'ait pas lui-même mille fois répété ?
Mais, hélas! dans combien de cœurs, dont celte divine grâce est la richesse, la force et l'espérance, son nom ne réveille qu'une idée vague et mal définie ! Et pourtant, après Dieu, il n'est rien qu'il nous importe plus de connaître que la grâce, qui nous unit à Dieu et nous fait semblables à lui.
Qu'est-ce donc que la grâce? C'est un don gratuit et supérieur à tous les dons de la nature, à toutes les illuminations du génie, à tous les enivrements du plaisir, de la gloire ou de la puissance, à la possession de tous les mondes, à la jouissance du honheur le plus parfait et le plus durable, dans l'ordre purement naturel. C'est une participation à la lumière et à l'amour, à la nature môme de Dieu (1). C'est le moyen qui nous est donné ici-bas pour mériter de jouir au ciel de la félicité de Dieu. C'est la vie de Dieu commencée dans le temps, pour se consommer dans l'éternité.
Dieu, en effet, qui pouvait, s'il l'eut voulu, nous destiner à jouir pendant l'éternité d'un bonheur proportionné à notre nature, a trouvé bon, par un choix parfaitement libre, et par l'excès d'un amour que nous n'avions aucunement mérité, de nous appeler à jouir de son propre bonheur, à le voir comme il se voit, à l'aimer comme il s'aime, à nous enivrer de la plénitude de ses divines voluptés, et à former avec
(1) Ut per hœc eïïiciamini divine consortes naturse. II. Petr. i. 4.
i ' i \ iitii in ;
lui pendant les siècles éternels, nnc Bociété parfaite de vie, de joie el de gloire.
Mais celte divine félicité, toute gratuite qu'elle était dans l'intention de Celui qui nous y prédestinait, ne devait pas nous être donnée gratuitement. Elle devait être une récompense, non une aumône. Notre propre dignité, aussi bien que la gloire de notre Créateur, exigeai! que nous fussions avec lui les auteurs de notre destinée. Il fallait donc que, pendant le temps de notre épreuve, nous pussions mériter ectie félicité divine ; que sur la terre chacune de oqs œuvres pût nous valoir lesmérites infinis du ciel, qu'elles eussent par conséquent une valeur infinie; et connue, par elles-mêmes, elles ne sauraient avoir cette valeur, la grâce nous a clé donnée pour suppléer à l'insuffisance de noire nature.
La grâce est donc, dans l'âme du chrétien, le commencement de la gloire du ciel. C'est la vie de Dieu qui lui est communiquée dans sa force, avant de lui être communiquée dans ses ineffables douceurs. C'est comme un esprit nouveau qui est créé en lui, et en vertu duquel il commence déjà à connaître Dieu connue Dieu se connaît ; non pas encore, sans doute, parla claire vue de sa lumière, mais par l'audition intérieure de sa parole. Déjà aussi il aime Dieu du même amour dont il l'aimera au ciel, c'est à dire d'un amour qui est la participation de l'amour même de Dieu. La grâce est donc, comme re, une éteoite société qui unit l'âme du chré-
s l'apostolat
tien avec la divine Trinité. Par die, notre intelligence est unie an Verbe divin, et notre volonté au Saint-Esprit, d'une union si intime, qu'après l'union ineffable qui du Fils de Dieu et de Jésus-Christ ne fait qu'une seule personne, il est impossible d'en concevoir aucune plus réelle et plus étroite. Elle crée en nous un sens nouveau, le sens de Dieu, par lequel nous connaissons les choses divines, aussi inintelligibles pour l'homme animal que la lumière et les couleurs sont inintelligibles pour l'infortuné privé du sens de la vue (1). Par elle, nous devenons vraiment les enfants de Dieu, et nous acquérons le droit de l'appeler notre Père, dans un sens infiniment plus réel que celui qui résulte de la création. La création nous fait plutôt ses serviteurs que ses enfants ; ce n'est que parla grâce que nous sommes introduits dans sa famille, et que nous devenons ses légitimes héritiers (2).
Voilà ce qu'esL la grâce, envisagée en elle-même et dans son principe. Elle est pour notre âme ce que notre âme est pour notre corps. De même que notre corps reçoit de son union avec l'âme une vie qu'il ne saurait jamais avoir par lui-même, et qui l'élève au-dessus de la nature purement matérielle, pour en faire un corps animé, un corps raisonnable en quelque manière, un corps humain; de même,
(1) I. Cor. ii, 14.
(•2) Haeredes quidem Dei. Rom. vin, 17.
r>p. la rniFfiF.
nnti'c âme reçoil de son union avec Dieu une vie qu'elle ne saurait acquérir par ses propres forces, qui l'élève au-dessus d'elle-même, la rail participer à la nature divine, el lui donne la force de produire des actes vraiment divins.
Mais, remarquons-le bien, depuis que Dieu nous a appelés à devenir ses enfants, depuis qu'il a voulu que son propre Filsdevînt notrefrère premier-né 1 1 1, cette vie divine de la grâce, qui nous élève si fort au-dessus de notre nature, esl devenue notre condition nécessaire. Comme il n'y a plus pour nous, après cette vie, d'autre bonheur à attendre que la gloire surnaturelle du ciel, nous ne saurions non plus prétendre sur la terre à aucune autre vertu et à aucune autre vie spirituelle, qu'à celle qui résulte de notre union avec Dieu par la grâce. Les divers éléments qui composent notre corps auraient pu, si Dieu l'avait voulu, faire partie du corps d'un animal, ou môme d'un arbre ou d'une pierre. Alors ils eussent été soumis à d'autres lois, et eussent pu accomplir de plus humbles destinées; mais depuis que notre àmc s'en est emparée pour leur communiquer sa vie, il n'y a plus pour eux d'autre alternative que de vivre de cette vie supérieure à leur nature, ou de périr; de participer à la dignité et au bonheur d'une âme raisonnable, ou de tomber an-dessous de l'animal, au-dessous de la pierre et de l'arbre mort, et
1 Ut sit ipseprimogenitus in multis fratribus. Rom.viii,29.
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d'être livrés en proie à la plus hideuse et à la plus fétide de toutes les dissolutions. Ainsi en est-il de notre âme par rapport à Dieu. Si elle n'avait pas été élevée à une dignité si hante, si son Créateur ne l'avait pas destinée à partager son bonheur et sa vie, elle aurait pu aspirer à une félicité plus proportionnée à sa nature, et, portée moins haut, elle aurait échappé au danger de tomber aussi bas. Mais aujourd'hui tel est le sort de l'homme : pour l'éternité, le ciel ou l'enfer, c'est à-dire, le bonheur éternel de Dieu ou les tortures éternelles des démons ; et pour le temps de notre séjour sur la terre, ou la grâce ou le péché, c'est-à-dire, la vie de Dieu, ou la mort de l'âme ; mort affreuse, qui ne laisse plus dans cette pauvre âme aucune force naturelle suffisante pour résister longtemps à l'entraînement du mal, qui en fait le jouet de l'esprit mauvais, un objet de haine pour Dieu, et un objet de dégoût pour elle-même.
Voilà ce que nous dit la foi, et voilà ce que nous démontrent, avec une évidence malheureusement trop éclatante, l'histoire du passé et l'expérience du présent.
C'est en vain, en effet, que nous chercherions, en dehors de la grâce de Jésus-Christ, une source de vie assez puissante pour préserver les âmes des entraînements du mal et de la contagion du vice. Qu'a été l'humanité à toutes les époques de son existence , et qu'est-elle malheureusement encore aujourd'hui,
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sinon un vaste désert où l'Eglise nousapparatl comme une fontaine d'eaux vives, qui répandent, partout où elles passent, la foi, L'amour» l'abnégation, le dévouement mutuel, toutes les vertus véritables et toutes les grandes œuvres l Mais à mesure que vous vous 6Joign< z de ce courant de la grâce et de cette influence de Jésus-Christ, vous voyez Les intelligi nces s'obscurcir, les peuples se matérialiser; en uo mol, Les .'unes i't les sociétés devenir la proie d'une iimii d'autant plus hideuse, que les puissances de ces âmes étaient plus nobles, et la civilisation de ces sociétés plus avancée.
Nous savons maintenant ce qu'est la vie des âmes; nous savons en quoi consiste leur mort. La vie îles âmes, c'est l'union à Dieu par sa grâce, union ineffable qui les lait participer à sa lumière, à son amour, à sa vie, et les prépare ainsi à participer un jour à son bonheur et à sa gloire. La mort des âmes est la privation de cette vie, privation funeste qui entraîne le dépouillement de toute vertu utile au salut, et de tout droit au bonheur de L'éternité, l'asservissement au joug des esprits mauvais et des passions honteuses.
.Mais si nous comprenons la nature et les lois de la vie des âmes, nous comprenons aussi son origine, et nous savons par quelle voie elle peut rentrer dans les âmes qui l'ont perdue.
I.a \ie de Dieu ne saurait venir que de Dieu. '.'est en vain que celui à qui la divine miséricorde ne l'au-
ratt pas destinée, élèverait nue nouvelle tour de Babel, ou, comme les Titans de la Fable, entasserait montagne sur montagne, pour aller la ravir au ciel , c'est en vain que, pour la mériter, il mettrait à contribution toutes les ressources du plus vaste génie, ferait les plus héroïques efforts, accomplirait les plus grandes œuvres et les plus douloureux sacrifices. Inventions du génie, efforts, œuvres, sacrifices de l'homme, tout cela est humain, tout cela, par conséquent, n'a aucune proportion avec la grâce, qui est un don vraiment divin.
Si donc il arrive qu'une âme, à qui Dieu avait donné sa grâce, s'en dépouille par un abus de sa liberté, elle ne saurait la recouvrer qu'autant que la miséricorde divine s'approchera d'elle, comme Jésus- Christ s'approcha du sépulcre de Lazare, qu'elle l'appellera, et lui ordonnera de sortir de son lombeau. Sans cet appel gratuit de la divine miséricorde, il serait infiniment plus impossible aux âmes mortes à la grâce de la recouvrer, qu'il n'est' impossible à un cadavre en dissolution de revenir à la vie. Cet appel de la bonté de Dieu à l'âme enfermée dans le tombeau du péché, cette sollicitation par laquelle il la presse de secouer sa corruption et de revenir à la vie, ce souffle par lequel il s'efforce c'e rendre à l'homme l'esprit de vie qu'il lui avait inspiré à l'origine, mais que le péché avait éteint, appartient à cet ordre de secours que l'on nomme les grâces actuelles.
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On le «oit, celte grâce actuelle est indispensable pourrecouvrer la râ i«ane4i/frmt6,qui fait la?ie.dc notre ftme. Puisque, Bans i lie, le juste esl incapable de toute œuvre utile au salut, comment, sans elle, le pécheur ne demeurerait-il pas dans la mort? Voulonsnous donc savoir jusqu'à quel point il pont nous Être donné de rendit' à nos Bemblables la rie de rame, la \ir de la grâce, la rie de Dieu! Demandons quel pouvoir nous avonsde leur obtenir la grâce actuelle. Or, à cette question, la sainte Ecriture et la tradition catholique tout entière répondenl par un dogme aussi C -rla in i[ifil est consolant. Oui. il est <'ii notre pouvoir d'obtenir pour nos frères, aussi bien que pour nous, les grâces actuelles les plus puissantes ; nous avons tous pour cela un moyen facile, efficace, infaillible, et ce moyen c'est la prière.
ARTICLE II
Puissante de la prière pour obtenir la grlce, déduite de la nature même de la gr!\ce.
Que la prière soit un moyen facile pour obtenir la ^iàce, c'est ce qu'il est à peine nécessaire de démontrer.
Qu'est-ce, en effet, que la prière? Ge n'est autre, chose que l'expression d'un désir , le sentiment
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d'un besoin humblement manifesté à Dieu. Quoi de plus facile que de désirer? Quoi de moins pénible pour l'indigent que de sentir son indigence, et de la manifester à celui qu'il voit disposé à y subvenir? Si les biens de ce monde s'achetaient par un simple désir, il y a Longtemps que la pauvreté se serait enfuie de la terre. On n'entendrait plus de glas funèbre , si, pour éviter la mort et chasser la maladie, il suffisait de désirer la santé. Comment concevoir que Dieu ait mis à un si bas prix le don incomparable de sa grâce, la participation à sa vie et à son bonheur? Nous pouvons nous en étonner, mais nous ne pouvons en disconvenir. Que dis-je? Une considération plus attentive de notre position vis-à-vis de Dieu nous montrera qu'il n'en pouvait être autrement.
Qu'est-ce que Dieu, sinon la puissance et la bonté infinie ? Et qu'est-ce que l'homme, sinon l'infinie pauvreté et l'infinie impuissance? Or, si la bonté veut se communiquer à la misère, si la puissance veut élever la faiblesse jusqu'à sa hauteur, quelles conditions pourra-t-elle lui imposer? Lui demandera-t-elle de faire une partie du chemin, alors qu'elle est incapable de faire un seul pas? Non! elle ne lui demandera qu'une seule chose, d'avouer qu'elle n'est que faiblesse, afin qu'elle ne puisse ensuite s'attribuer la gloire des merveilles que la toute-puissance lui fera opérer. La richesse demandera à la pauvreté de faire le vide en elle-même, par le sentiment et
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l'expression de ses besoins, afin il.' pouvoir la remplir de sei dons.
La prière, voilà donc la seule condition qu'il convint ii la libéralité de Dieu d'exiger de ses créatures, pour recevoir ses dons célestes. Dès qu'il leur faisait une obligation de vivre d'une vie également supé« rieure aux forces de leur volonté el aux conceptions de leur intelligence, il ne pouvait leur imposer, comme condition préalable, pour recevoir cette vie, • pie l'expression d'un désir, et encore devait-il aider, pour la formation de ce désir, ^absolue impuissance de sa créature
L'air du ciel est l'aliment le plus essentiel de notre vie physique; si à chaque instant il ne vient rafraîchir nos poumons et raviver notre sang, le mécanisme de noire organisation s'arrête, notre cœur cesse de battre, et nous tombons dans les convulsions de la mort. Mais cet air, qui nous est si nécessaire, est le pins insaisissable de tous les éléments. La Providence ne s'est-elle pas manqué a elle-même, en nous privant de tout moyen naturel pour nous emparer de cette nourriture, dont nous ne pouvons nous passer un seul instant'!' Voyez ce qu'a fait cette Providence toute paternelle : précisément parce que l'air est de toutes les nourritures la plus nécessaire et la plus insaisissable, elle sera aussi la plus commune el la plus facile à acquérir. Pour avoir du blé, il faut cultiver; pour avoir de l'eau, il faut au moins tendre la main pour la prendre ; mais pour
avoir de l'air, il suffit d'ouvrir la bouche, de faire le vide dans sa poitrine, et aussitôt l'air, poussé par l'amour de Dieu, qui conserve et meut touteschoses, se précipite dans nos poumons, réchauffe notre sang et renouvelle notre vie. fit comme, à l'origine de notre existence, nous serions incapables de deviner la nécessité de l'air et la nature du mouvement que nous devons faire pour nous en nourrir, Dieu nous fera exécuter ce mouvement par un instinct aveugle, dont l'intervention de sa paternelle providence peut seule rendre raison; c'est lui qui se chargera de mouvoir nos organes, aussi longtemps que, par un acte de folie, nous ne nous opposerons pas à cette action bienfaisante et conservatrice.
Nous trouvons là une image frappante de ce qui se passe dans l'ordre moral. Pour la vie de notre àme aussi, l'air du ciel est nécessaire; mais ce n'est plus l'air de ce ciel inférieur et matériel, qui sert de demeure aux oiseaux ; c'est l'air du ciel supérieur, du véritable ciel, du ciel des esprits ; c'est l'air qui fait vivre les bienheureux, les anges, Dieu lui-même. Bien plus que l'air de notre atmosphère, cet air divin est inaccessible à nos poursuites et insaisissable à nos efforts ; et pourtant, sans lui, nous ne pouvons que nous débattre ici-bas dans les convulsions d'une affreuse agonie et succomber bientôt à l'éternelle mort. Quel moyen d'échapper à ce danger? Ah! le moyen, il est digne en tout de la bonté de notre Père; cet air divin de la grâce n'attendra pas que nous le
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poursuivions, el que noua fassions, pour le saisir, d'inutiles efforts; il nous entourera comme un i dans lequel nous sommes sans cesse plongés; il nous soiiicit<M;i de nous nourrir de lui , el dès que nous ouvrirons la bouche 1 1 I, dès que nous ferons par la prière le vide dans noire cœur, il y pénétrera avec abondance, sous la pression infinie delà miséricorde de notre Dieu, et il nous conservera la vie aussi longtemps que nous n'aurons pas la folie de nous la ravir à nous-mêmes, en nous condamnant, parle refUs de priera une véritable asphyxie morale.
Voilà encore une fois ce que Dieu demande pour nous donner la vie de sa grâce. A. vouons-le, s'il ne pouvait guère demander davantage, il ne pouvait non plus demander moins. Car sa sagesse, son amour, l'estime, le respect qu'il a pour notre dignité(:?/,ne lui permettaient pas de nous traitercomme ces créatures déraisonnables à qui il fournit, sans aucun concours de leur part, tout ce qui est nécessaire à leur conservation. C'est la gloire de l'homme, nous l'avons dit, d'être avec Dieu l'artisan de ses destinées. S'il ne peut rien faire sans que l>icu le prévienne de sa grâce, la grâce divine ne peut non plus faire en lui aucun acte méritoire, s'il ne lui prête son concours. Le mérite ne serait plus mérite, s'il était acquis par un acte involontaire; il perdrait par
1 Os nieum aperui et altraxi spiritum. Ps. CXVIII, 131.
2 Cum magm revcrent'ia disponis nos. Sap. xii, 18.
conséquent ce qui Je rend tout à la fois glorieux à Dieu et glorieux à l'iiomme. Or, qui.ne voit que, de tous les genres tic concours que nous pouvons donner à la grâce divine, le plus facile, le moins coûteux, le plus à la portée de toutes les intelligences et de toutes les infirmités, c'est le désir librement exprimé de celte grâce, la reconnaissance humblement constatée de notre impuissance, la prière?
ARTICLE III
Puissance de la prière pour obtenir les grAces nécessaires au prochain.
La prière est aussi le genre de concours le plus propre à aider le travail de la grâce dans le âmes de nos frères, et à faire de nous les auxiliaires de Dieu dans leur régénération.
Il est manifeste, en effet, que nos forces naturelles ne peuvent contribuer, en aucune manière, au succès de celle œuvre toute surnaturelle.
Que la science s'approche d'un tombeau, forte de ses plus merveilleuses inventions, et armée de ses appareils les plus perfectionnés; qu'elle applique à ce cadavre froid cl inanimé les fluides les plus subtils et les plus puissants réactifs : elle pourra peutêtre lui imprimer quelques mouvements convulsifs.