‹ L'apostolat de la priereChapitre 36 sur 84 · DI LA NUIRE · texte numérisé non relu

DI LA NUIRE

qu'où prendraun moment pour les signes de la vie; ,111 bout de quelques instants, lecada^ pe reprendra sa rigide immobilité, et le travail de la mort, loin d'être retardé par ces vaines expériences, n'en sera peutêtre que plus prompt. C'est que la vie du corps humain n'est pas une torce mécanique ou chimique, un fluide plus mi moins subtil : sa vie, c'est L'Ame raisonnable. Lorsque cette âme l'a quitté, il n'est pas au pouvoir de la science d'aller la prendre au ciel ou à l'enfer, pour la ramener dans sa prison de l»oue. A [ lus forte raison, no sora-l-il pas au pouvoir de

la science et de l'éloquence humaines, de rendre à

l'Ame elle-même la vie de Dieu, quand elle a eu le malheur de s'en dépouiller. La science pourra démontrer la nécessité de cette vie; L'éloquence pourra, par sos vives peintures et ses mouvements entraînants, produire dans le COSUr du pécheur une émotion passagère, lui faire concevoir peut-être une cerlaine horreur pour son malheureux état ; mais lui faire comprendre la possibilité de revenir à la vie de Dieu, mais lui inspirer la douce espérance de la recouvrer, mais surtout lui donner la force do surmonter les obstacles qui L'en séparent, voilà ce que l'éloquence ne pourra jamais par elle-même, voilà ce qui l'st infiniment au-dessus de la puissance de L'homme ou de l'ange. La vie de L'Ame, c'est Dieu; or il n'y a qu'une puissance capable do rendre Dieu à l'Ame, c'est la puissance de Dieu lui-même Mais y, nous ne pouvons, sans Dieu, travaillerais

•20 l'apostoiat

régénération de nos frères, nous pouvons y travailler très-efficacement avec Dion. Oui, ce Père infiniment miséricordieux , qui aime toutes les œuvres de ses mains, mais qui aime les âmes plus que toutes ses autres œuvres (1), nous a donné un moyen toutpuissant de rendre la vie aux âmes qui l'ont perdue : ce moyen, c'est la prière

La prière remplit parfaitement toutes les conditions du concours que Dieu désire recevoir de nous, dans l'œuvre du salut de nos frères. Car, d'un côté, il veut que ce concours soit actif, constant , dévoué. Il exige que nous nous aidions les uns les autres à atteindre la fin sublime pour laquelle il nous a créés. 11 nous oblige à aimer nos frères comme il nous oblige à l'aimer lui-même : ces deux devoirs n'en font qu'un. Il ne veut pas que nous puissions nous persuader que nous sommes sincèrement dévoués à ses intérêts, si nous ne travaillons de toutes nos forces à le faire régner dans les âmes, qui constituent son vrai royaume. Il ne veut pas non plus que nous nous imaginions nous aimer nous-mêmes véritablement, si nous n'aimons notre proebain comme nousmêmes, c'est- à-dire, si nous ne travaillons à son salut comme nous travaillons au nôtre.

Mais, d'un autre côté, Dieu veut que ce concours

(1) Diligis enim omnia quœ sunt, et nihil odisli eorum qu» fecisti... Parcis autem^omnibus, quoniam tua sunt, Domine, qui amas animas. Sap. xi , 25 et seq.

DI I v PRIER] . SJ

que nous prêterons à ta grâce pour Le s dut de noire prochain suit de telle nature, qu'il lui laisse toute la gloire de cette œuvre , la plus divine de toutes ouvres. Il faut (Inné employer dans ce but imites nos forces; mais il Tant les employer de telle manière, que notre action aille chercher en Dieu toute son efficacité.

La prière remplit admirablement ces conditions ;

I HT, en priant Dieu DOUT le salut de nos livres, nous pouvons déployer tout ce qu'il y a en nous d'énergie, de charité, de zèle; mais en même temps nous proclamons, par la ferveur même de notre prière, que nous sommes pleinement convaincus de notre impuissance, puisque c'est de Dieu seul que nous attendons l'esprit de vie qui doit faire sortir de leur tombeau les âmes pour lesquelles nous prions.

C'est à cet admirable mélange d'énergie et d'humilité, que la prière doit son efficacité sans bornes sur le carnr de Dieu; car ces deux qualités sont précisément celles qui lui permettent de se glorifier dans sa créature. En nous donnant un certain degré de puissance, il a évidemment en pour dessein que cette puissance tût exercée; mais, d'un autre côté, il ne peut permettre que nous agissions jamais comme de nous-mêmes, et il faut que toute la gloire de nos œuvres lui soit rapportée. C'est parce que la prière satisfait parfaitement à ces deux exigences de la divine sagesse, qu'elle obtient tout de la divine bonté; car, ne l'oublions pas, le penchant irrésistible de

-.'•J l'apostolai

cette bonté souveraine est de donner, de se répandre sans mesure. Océan infini de lumière, de vie, de bonheur, elle tend à verser ses Ilots dans tout ce .jni est capable de les recevoir. Notre orgueil et notre infidélité peuvent seuls arrêter ses effusions; mais que la prière vienne renverser celte double barrière, et aussitôt elle accomplira surabondamment tous nos désirs.

Ainsi la prière nous rendra , dans un sens trèsvéritable, les sauveurs de nos frères, et, sans rien enlever à Dieu de sa gloire, elle nous mettra en état de coopérer très-efficacement avec lui à la plus grande de toutes ses œuvres.

Il y a bien sans doute un autre genre de concours, que Dieu pourra demander à quelques âmes choisies. Il pourra appeler certains hommes à être ses ministres, et à dispenser, d'après des rites divinement institués, cette grâce que les prières de leurs frères auront fait descendre du Ciel. A d'autres, il pourra confier le ministère évangélique, et se faire de leurs paroles comme un canal , par où les flots de son amour et de sa lumière se répandent dans lésâmes; à d'autres encore , il pourra départir d'autres dons. Ces différents ministères constituent les hommes , dans un sens plus relevé , si l'on veut , les coopéraleurs de Dieu et ses représentants sur la terre. Mais, s'ils leur confèrent une dignité plus grande , ils ne leur donnent pas par eux-mêmes un mérite comparable à celui de la prière. Il est impossible d'obtenir

DE LA l'Kll.ltl .

l.i grâce pour les autres suis l'obtenir en inêfne temps |n>ur Boi-même, tandis qu'il n'est malheureusi'im ni que trop facile au prêtre de distribuer la grâce aux fidèles sans en conserver pour lui la moindre parcelle. L'apostolat de la prière n'apporte que ilrs grâces; L'apostolaJ de la parole el des sacrements, avec de grandes grâces, apporte une immense responsabilité.

Au point de vue même de l'efficacité, le premier l'emporte à bien des égards sur le second, car l'apostolai de la parole ne peut s'exercer en même temps qu'auprès d'un petil nombre d'âm< . Il est borné pai les limites du temps el de l'espace, et, quoique l'ardeur du zèle ait une grand»1 puissance pour reculer ces limites , quoiqu'un Xavier puisse faire entendre sa parole aux plages les plus éloignées, et régénérer des millions d'âmes, il Faudra pourtant que, comme l'Océan lui-même, dont son eèle égale l'immensité, il vienne expirer sur le rivage où Qieu lui a marqué le terme de sa course. .Mais l'apostolat delà prière franchit toutes les limites , et se soustrait à toutes les restrictions du temps et de l'< space. Son action peut s'exercer à la fois au\ extrémités les plus opposées du inonde; elle peul s'étendre jusqu'à la lin des temps; elle atteint partout où atteint la puissance divine. Car, tandis que l'apostolat de la parole est L'intermédiaire par lequel Dieu distribue sa grâce aux âmes, l'apostolat de la prière , au contraire , se sert de Dieu comme d'un

ï4 L'APOSTO] m

intermédiaire tout-puissant, pour exécuter dans les âmes les saints désirs que Dieu lui a inspirés.

Il est évident que cet apostolat est l'unique moyen qui soit en notre pouvoir pour accomplir l'obligation qui nous est imposée d'aimer tous les hommes comme nous-mêmes, et de travailler efficacement au salut de tous. Il y a entre l'efficacité de ce moyen et l'universalité de ce devoir un lien essentiel. Si Dieu ne nous avait donné le premier, il n'aurait pu nous imposer le second ; si la prière ne nous mettait pas en état d'aider efficacement les hommes même que nous n'avons jamais vus et que nous ne connaîtrons jamais ici-bas, Dieu aurait dû borner le précepte de la charité à ceux d'entre eux que nous rencontrerons sur la route de notre exil.

On le voit, ce dogme de la puissance illimitée de la prière, bien loin d'être un des articles les plus accessoires de la doctrine chrétienne, tient, au contraire , à sa base , puisque c'est de lui que dépend l'étendue illimitée du grand précepte de la charité. Bien plus, c'est sur lui que repose l'unité même de la société des enfants de Dieu , puisqu'il n'y a de société entre les créatures raisonnables, qu'autant qu'elles s'aident efficacement les unes les autres à tendre à leur fin.

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\l;[ ICLE IV

i e de la prière démontrée pai les p

Sauveur.

Jusqu'ici pourtant, nous n'avons démontré l'efficacité de la prière que par des analogies el des raisonnements. Ces analogies sont plausibles sans doute; ces raisonnements sont appuyés sur les dogmes les plus certains de notre symbole, el leur connexion paratl irréprochable; il faut avouer néanmoins que ces preuves ne sauraient nous tenir lieu d'assurances plus positives.

i.Ysi une puissance si merveilleuse que la puissance attribuée à la prière, c'esl un privilège si étonnant pour une créature misérable et souillée , que do pouvoir faire descendre la vie de Dieu dans situ cœur et dans le cœur de ses frères, et attirer à volonté sur la terre non plus seulement, connue Elie, la pluie cl le feu du ciel, mais la rosée de la grâce et la Qamme de la divine charité; cela paraît si incroyable, que nous ne pouvons nous dispenser d'établir, par les preuves les plus authentiques et les paroles les plus précises de Dieu lui-même , la réalité de ce privilège.

Grâces éternelles en soient rendues à la divine bonté ! 11 n'est au monde rien de plus facile que de produire ces preuves. Ou ne trouve guère de dogme,

i6 LAPOSTOl \ I

dans le code de la révélation chrétienne, qui soit plus clairement exprimé, plus fréquemment répété,

et entouré d'une aussi manifeste évidence. Nous ne pouvons éprouver d'autre embarras que celui du choix, au milieu de ce nombre si considérable d'affirmations divines, de prophéties, de promesses, de comparaisons, de paraboles, que le Saint-Esprit accumule dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament , pour nous inculquer cette consolante vérité. 11 prévoyait que la douceur même de ce dogme et le pouvoir tout divin dont il tendait à nous revêtir, soulèveraient contre lui toutes les défiances de notre indignité et toutes les résistances de notre lâcheté et de notre misère. Aussi n'omettra- l-il rien pour détruire cet obstacle, le plus grand, le seul en réalité qui puisse entraver l'exécution des desseins miséricordieux qu'il a conçus par rapport à nous.

Xe nous arrêtons pas en ce moment aux premières manifestations de ce pouvoir de la prière ; n'écoutons aucun des glorieux témoignages que les patriarches et les prophètes rendent à ce dogme ; franchissons les siècles , traversons les ombres de l'ancienne loi , et arrivons au plein jour de l'Evangile.

C'est le Verbe de Dieu lui-même , c'est la Vérité incarnée qui , pour nous faire comprendre ce que peut la prière, va épuiser toutes les ressources de sa divine éloquence, toutes les formules les plus solennelles que lui fournit le langage humain.

Il I \ II: I F H 1 .

Il noua a commandé de noua contenter de dire oui ou non, sana j ajouter d'autres formules, el il m- pourra s'en contenter lui-môme, quand il s'agira <lr nous inculquer cette vérité capitale, El pourtant, si quelqu'un eul jamais le droit d'être ci u sur Bne simple affirmation, c'est bien lui, lui à qui l'erreur el le mensonge répugnent infinimenl plus que les ténèbres ne répugnent à la lumière. Eh bien, iinè simple affirmation ne loi suffil pas. il faut qu'il \ ajoute le serment : « En vérité, en vérité je vous » le dis, tout ce que voua demanderez à mon Père

en mon nom, il vous l'accordera (1). »

Ces paroles sont-elles assez claires pour résoudre tous les doutes, assez énergiques pour vaincre toutes nos défiances? Est-il possible de rien désirer de plus explicite ou de plus fort? Est-il possible, après cela, de révoquer en doute l'efficacité de la prière, sains révoquer en doute la Véracité même de Dieu?

Et, remarquons-le bien : ce n'est pas dans une circonstance ordinaire et comme en passant, que le divin Maître a prononcé ces paroles. C'est la veille de sa passion, au moment qu'il venait d'instituer le sacrement de l'Eucharistie; il les a consignées dans ce discours après la Cène, qu'il nous a laissé comme le testament de son amour; et, dans ce même .liscours, il revienl à plusieurs reprises sur ce pouvoir

.1 \:nen, amen dico voliis. si qnid petieritis Palrem in no mine meo, dabit vobis. — Joax., wi, 23.

illimité des prières que nous ferions en son nom, connnine sur le legs le pins précieux de son héritage.

Non-seulement le Père, pour glorifier son Fils, nous accordera tout ce que nous lui demanderons au nom de ce Fils bien-aimé, mais aussi le Fils luimême, pour glorifier son Père, se plaira à exaucer tons les désirs qui auront sa gloire pour objet. « Tout » ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, » je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le » Fils (1). » C'est nous dire qu'il s'imposera l'obligation d'exaucer nos prières après son ascension, comme durant sa vie mortelle il s'était imposé le devoir de procurer par tous les moyens la gloire de son Père; ce srra son œuvre au ciel, comme son œuvre ici-bas était de travaille]-, de prêcher et de souffrir.

11 y aura donc, entre le Père et le Fils, comme une sorte de divine rivalité, lorsqu'il s'agira d'exaucer nos prières. Le Fils s'empressera de nous aider de tout son pouvoir, pour continuer en nous son œuvre, et glorifier visiblement son Père dans ses membres, comme il le glorifiait dans sa propre personne, durant sa vie mortelle. D'un autre côté, Dieu le Père, qui a contracté envers son divin Fils une immense dette, pour la gloire qu'il a retirée de son incarnation, s'estimera heureux de lui payer cette dette, dans tous ceux qu'il voit disposés à s'unir à

1 Joan. \i\ , 13.

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l'œuvre du Verbe incai né. il le divin Esprit, amour commun du Père el du Fils, se plaira à satisfaire en nous toutes les exigences de cette admirable rivalité; car c'est lui qui csl le principe de nos prières, el c'esl lui aussi qui en esl le fruil ; c'est lui qui nous les inspire, el c'esl lui qui 1rs exécute. C'est lui qui, présent en nous, cl déployant en nous la fécondité, qui ne lui appartient pas, auseindel'augusteTrinité, se plaira à glorifier en nous le Père par le Fils, et le Fils par le Père, et à rendre ainsi à ces divines personnes quelque chose de cette gloire qu'il reçoit d'elles.

Nous avons établi sur sa base inébranlable la tontepuissante efficacité de la prière. « Dieu, dit saint d taul, voulant montrer aux héritiers de la promesse p l'immutabilité de son conseil, a tait intervenir le » serment, afin qu'appuyés sur cette double garan- ■ lie immuable qui nous assure que Dieu ne saurait » nous tromper, nous goûtions la plus solide de » toutes les consolations, chaque fois que nous nous i réfugierons dans L'assurance qui nous a été don- » née 1 ). »

Nous pourrions nous bornera cette assurance; mais, puisque la miséricorde de notre divin Maître

,1 , àbundantius vulens Deus ostendere pollicilationis h;rredibus immobililalem consilii sui, interposait jasjarandam : ut per daasres immobiles quibusimpossibile esl mentiri Deum. forlissimuai Bolaliam babeamus, qui con'fugimus ad tenesdam

propositam spem. — Hebr. , vi, 17,18.

n'a pas voulus') arrêter, ne nous lassons pas de recueillir les gages si doux qu'il nous a donnés de son assistance infaillible.

Sur ses lèvres divines, la promesse va se changer en supplications; ce n'est plus lui qui est le bienfaiteur; il semble que c'est nous qui lui rendrons service en implorant sa bonté. Ecoutez ses sollicitations pressantes : « Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé » en mon nom; demandez et vous recevrez, afin que » rien ne manque à votre joie (1). » Et ailleurs encore : « Demandez, dit-il, et vous recevrez, cherchez » et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. » Ces paroles sont assez claires, et pourtant il va s'efforcer de les rendre encore plus précises : « Car quiconque demande, » ajoute-t-il, «reçoit: quiconque cherche, » trouve, et on ouvre à quiconque sait frapper. »

Est-ce assez positif? Non, il faut encore, par le plus palpable de tous les arguments , par la plus saisissante de toutes les comparaisons, ôter à nos esprilsjusqu'au dernier vestige de doute, etarracher de nos cœurs la dernière racine de défiance: «Est-il * parmi vous un père assez méchant pour présenter » une pierre à son fils qui lui demande du pain?Ou, » si celui-ci demande du poisson, est-ce qu'il lui don- » ncra un serpent? » Qui ne voit où tend cette comparaison? Mais le Sauveur ne veut pas nous donner

(l)Usque modo non petistis quidquam in nominerneo; petite el accipietis, ut gaudium vestrum sit plénum.— Joan., xvi, 2i.

rr. la prière. .31

i.i peine d'en faire L'application. Ecoutons ce qui suit :

donc m ni s, imii mauvais que vous êtes, vous ne

> savez refuser ce que vousavez de meilleur à vos en-

i fants , combien devez-vous être plus assurés que

■■ votre Père céleste doi ra ses biens àceux qui les

>• lui demanderont ! '. N'est-ce pas nous dire que nous in- pouvons douter de L'efficacité de La prière, satisfaire à Nuire Père céleste, au bon D%eut la plus sanglante de toutes les injures, en Le supposant plus mauvais que Le plus mauvais (rentre nous?

Mais ailleurs il va plus Loin dans son ineffable condescendance : il accepte celte supposition outrageante, il veut bien admettre que nous Le croyons plus marnais que nous ; ce qu'il nejlOUS permet | c'est de douter de L'efficacité de la prière, même dans cette hypothèse mille fois absurde. « si quelqu'un i de vous, nous dit- il, avait un ami qu'il allât trouver « à minuit et auquel il dit : Mon ami, prêtez-moi » trois pains, parce qu'un de mes amis, qui passe, » est arrivé chez moi, et je n'ai rien à lui servir; — • et que cel homme lui répondit du dedans de son » logis : Ne m'importunez point ; ma porte est fer-

i Petite, et < I n i » i i nr vobis ; quserite.et invenietis : pulsate.et aperietur vobis. Omnis enim qui petit, accipit -, et qui quserlt,

invenil : et ptilsanli aperietur. Aut quis est ex vobis bomo, iiueni si petieril lilitis suits panent, numquid lapidem porrigel ei ? aut si piscem petierit, oumquid serpentem porriget ei? si ergo vos, ciuii sitis ni.ili, nostis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester, qui in ealis est, dabit bona petentibus se ? — Math., vu, 7 et seq.

i niée, el nous scinmesau lit, mes serviteurs et moi :

i je ne saurais me lever et vous eu donner ; — si i néanmoins l'autre s'opiniàlrait à heurter, quand i celui-ci ne se lèverait point pour lui en donner, » parce qu'il est son ami, je vous dis qu'il ne laisse- » raitpas de se lever à cause de son importunité, et » il lui en donnerait autant qu'il lui en faudrait -le 7> vous dis de môme : Demandez, et vous receviez, » cherchez cl vous trouverez, heurtez, et on vous n ouvrira | lç. »

l'ne autre fois, c'est à un mauvais juge qu'il ne craint pas de comparer Dieu son Père, afin d'aller bien plus loin que ne sauraient aller nos plus déraisonnables défiances. Une pauvre femme vient demander justice : le juge ferme sa port- ; la victime de son injustice frappe : on n'ouvre pas, on feint de ne pas l'entendre; elle frappe ton jouis, et frappe si bien, que, de guerre lasse , le méchant juge se décide à la lui rendre.

Quel est le sens de ces paraboles ., sinon que nos prières trouveraient encore dans leur infatigable persévérance une infaillible efficacité, alors même qu'elles ne s'appuieraient point, comme elles le font, sur l'infinie justice et l'infinie bonté de Dieu ; et que, s'agît-il môme de lui faire modifier l'ordre accoutumé de sa providence, de le contraindre à changer en notre faveur les lois générales, à se lever et à

1 Luc, xi., 5 cl seq.

l»l iv PRIERE. M

étendre son bras, nos prières auraienl encore ce pouvoir, pouvu qu'elles lussent animées par la f<»i ei continuées avec une inébranlable patience ?

ARTICLE V

[.. ig protnessea du sauveur s'ô tendent à la priori'1 faite pour le salut lu prochain.

Mais nous ne pouvons nous dispenser <ie résoudre une difficulté, qui s'est déjà sans doute présentée d'elle-même à l'cspril de plus d'un lecteur. Cette immanquable efficacité, garantie par le Sauveur à une prière confiante et persévérante, appartient-elle à la prière laite pour le prochain, aussi bien qu'à ccllt' que nous taisons pour nous-mêmes?

Si nous nous arrêtions à quelques paroles de saint Augustin et de la sainte Ecriture elle-même, nous pourrions nous persuader le contraire.

En effet, dans la sainte Ecriture, nous entendons Dieu, irrité par les crimes et l'obstination des enfants d'Israël dire à son prophète : « Ne priez pas » pour ce peuple, et ne vous opposez pas à ma b vengeance; car je ne vous écouterai pas... Quand » Moïse et Samuel intercéderaient en sa faveur, je i ne saurais lui pardonner (1). » Saint Jean est

, -i steterinl Moyses el -Samuel corara me, non est anima mea ad pnpulum islam. Jerem., xvi. — Tu ergo noli orare

encore plus explicite, quand il nous dit, dans sa première Epitre, qu'il est des fautes tellement mortelles, que nos prières ne sauraient en obtenir la rémission (1). Aussi saint Augustin établit-il une différence entre les prières que nous offrons à Dieu pour notre salut et celles que nous offrons pour le salut du prochain. Les premières, selon lui, sont infailliblement exaucées ; les autres le sont aussi , mais non pas toujours dans toute leur étendue (2).

Pour résoudre cette difficulté, et nous rendre un compte exact de la doctrine catholique sur ce point important, posons quelques principes :

1. Etablissons d'abord avec saint Thomas (3), que tout ce qui doit être l'objet de nos désirs, dans l'ordre surnaturel , doit être aussi l'objet de nos prières, puisque tous les biens qui appartiennent à cet ordre, étant au-dessus de la portée de nos efforts, et ne pouvant nous venir que de Dieu , ce n'est qu'en les demandant à Dieu par la prière, que nous pouvons rendre efficaces les désirs qu'ils peuvent nous inspirer.

pro populo hoc, et non obsistas milii , quia non exaudiam te.

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