JEREM., XV. I
(1) Qui scit fratrem suum peccarepeccalum non ad mortem, petat, etdabitur ei vita peccanti non ad mortem. Est peccatuai ad mortem, non pro illo dico ut roget quis. — I Joan., iv, 16.
(2) Orantes non pro omnibus peccatoribus exaudiuntur, sed pro quibusdam... Exaudiuntur omnes pro seipsis, sed non pro omnibus. — Tract. 102 in Joan.
(3) 2. 2, q. 83, art. 7.
i.i i \ pâli m .
Il esl donc indubitable que si c'est pour nous un devoir rigoureux de désirer le salut de tous les hommes, c'est un devoir également rigoureux de pi îer pour L'obtenir. < >i\ que nousdevions désirer le salut du prochain, c'esl ce dont il est impossible de douter, si l'on songe que ce désir se confond avec l'amour du prochain, qui esi le second précepte et le complément de la loi. D'où nous devons conclure, ayee saint Thomas et saint Jean Chrysostome, que si la nécessité nous contraint à prier pour nous, la charité nous oblige à prier pour le prochain. Et comme la charité est noire premier devoir et notre premier titre de recommandation auprès de Dieu, nous ne saurions douter que Dieu n'attache encore plus de prix aux prières que nous lui offrons poulie salut de nos frères, qu'à celles que nous faisons pour notre propre salut (1).
II. Mais si ces prières offertes à Dieu pour le salut du prochain entrent ainsi dans les vues de XotrejSeigneur, si elles ne sont autre chose que l'exécution de l'un de ses plus rigoureux préceptes, comment douter qu'elles soient renfermées dans la promesse solennelle qu'il nous a faite de nous exaucer, toutes les foisque nous demanderions quelque chose à son l'ère en son nom ! Car remarquons-le
;'l) Prose orare nécessitas cogit ; pro altère- autem chantas frat. rnilatis horlalur. Du'cior autem anteDeum esl oratio non quam nécessitas transmittit. sed quam cliaritas fratrrnilaiis commenJat. — J.Chrysost. Hom. i. op. imperf. in Matlk.
M L'àPOSTOL VI
bien, cette promesse est illimitée. Le divin Maître,
dans les diverses circonstances où il l'a répétée, a bien mis à son infaillibilité certaines conditions: il exige que nos prières soient faites en son nom, c'està-dire, qu'elles s'appuient sur ses mérites et se rapportent au salut de nos âmes, qui est la fin unique de sa venue; il veut qu'elles soient faites avec une foi absolue et une infatigable persévérance; m;iis, ces conditions posées, nulle part je ne vois que leur efficacité soit restreinte par aucune limite. Au contraire, le divin Maître se sert toujours des formules les plus universelles : « Tout ce que, vous » demanderez avec foi, vous sera accordé. Tout ce » que vous demanderez à mon Père en mon nom, » je l'accomplirai (I). » Ne serait-ce pas donner un démenti au Sauveur, que d'excepter de ces promesses faites à toutes nos prières, toutes celles que nous devons offrir pour nos frères ! Si celles-ci étaient de simples œuvres de subrogation : si nous les faisions pour satisfaire un pieux caprice de notre charité, on comprend que nous n'eussions pas la même assurance, et que nous ne puissions réclamer le bénéfice de ces consolantes promesses. Mais nous avons vu que ces prières, autant et plus que les autres, nous sont imposées et inspirées par lui; elles ont donc aussi leur infaillibilité.
il) Omnia quœeumque orantes petilis, crédite quia accipietis etevenient vobis. Marc, xi, 24. — Quodcumque petieritis Patrem in nomine meo, hoc faciam. Joax., xiv, 13.
i^ i v ruikio
Du reste, quelque simple el quelque évidente que aoit cette déduction, nous avons une preuve plut péremptoire de l'intention qu'a eue le Sauveur de renfermer, dans ses promesses, les prières faites en faveur du prochain, aussi bien que celles que nous pourrions faire pum- nous-mêmes. Car, d'après saint Luc il attache spécialement cette promesse à la prière qu'il nous a lui-même enseignée, c'est-à-dire, a l'oraison dominicale (I . <»r n'est-ce pas pour tous nos frères, aussi bien que pour nous-mêmes, que nous demandons à Dieu, dans cette prH re, les grâces de l'âme el du corps, du temps el de l'éternité ! Voilà la prière par excellence ; voilà la prière que Dieu le Père écoute le plus volontiers, parce qu'il y reconnaît l'accent de Bon Fils; voilà la cédule signée île la main du Sauveur, à laquelle Dieu ne peut manquer de faire honneur. Et celle prière renferme avec nous tons nos frères ; c'est pour tous les enfants do Dieu, présents e1 à venir, qu'elle demande l'avènement du règne de leur Père, le pain de chaque jour, la délivrance du péché et de tous les maux ; c'est sur la terre entière, dans tous les lieux el daus tous les temps, qu'elle souhaite voir s'aceomplii- la volonté de Dieu, qui est la sanctification des hommes. Nous n'en saurions douter plus longtemps, la prière offerte pour le salut du prochain n'a pas une efficacité moindre que celles que nous offrons pour notre propre salut.
(1) Lcc. xi, J et seq.
3K l'apostolai
111. Comment donc expliquer les textes de l'Ecrilure sainte et des saints Pères, qui semblent refuser à la première celle infaillible efdcaeité qu'ils accordent à la seconde '{
L'explication est facile.
Dans le saint des hommes, qui est le but de ces prières, il y a deux choses qu'il faut bien distinguer: l'œuvre de Dieu, et l'œuvre de l'homme. L'œuvre de Dieu consiste à prévenir l'âme pécheresse d'une lumière surnaturelle, qui l'éclairé sur son malheureux élat,etd'iinmouYcment indélibéré de la volonté qui la porte à en sortir. Mais, quand la grâce a accompli cette première partie de sa tâche, elle attend 7 pour l'achever , que l'âme consente librement à l'offre miséricordieuse qui lui est faite. Par cela même que ce consentement est libre, il estau pouvoir de l'âme de le donner ou de le refuser, et quoiqu'il fût sans doute au pouvoir de Dieu de l'obtenir irrésistiblement, s'il le voulait, les lois de sa providence exigent qu'il n'use que très-rarement de ce pouvoir miraculeux.
Voilà le côté par où les prières que nous faisons pour le salut du prochain peuvent être privées de leur efficacité. Du côte de Dieu, nous pouvons être certainsqu'il ne manquera rien pour que les pauvres âmes auxquelles nous nous intéressons, puissent arriver au salut. Chacune des prières que nous ferons pour elles leur obtiendra une grâce, proportionnée à la ferveur, à la confiance, à la persévérance avec les-
I t I \ l'IUKKi NI
quelles nous aurons prié. Sous ce rapport, l'efficacité de nos prières est aussi infaillible que lorsque nous demanderonsà Dieu les grâces dont nous avons nousmêmes besoin ; mais comme m mis n'axons pas, sur la libre volonté de ces Ames, le même pouvoir que sur la nôtre, nous ne pouvons jamais être assurés qu'elles n'opposeront pas à l'action de la grâce un obstacle insurmontable. On conçoit même que la malice et l'obstination de certains pécheurs puissent être si grandes, que leur conversion suit moralement impossible; et c'est de ceux-là sans doute que parle saint Jean, quand il mais dit qu'il est des péchés
tellement mortels qu'aucune prière n'en saurait obtenir la rémission.
En deux mots, nous disons, avec saint Thomas. que si quelquefois les prières que nous faisons pour le saint du prochain manquent d'efficacité, ce n'est pas qu'elles n'obtiennent infailliblement de Dieu les grâces que nous lui demandons, mais c'est uniquement parce que le pécheur s'obstine à repousser ces grâces (1).
.Mais nous ajouterons, avec le même saint docteur, que, comme nous neconnaissons pasles dispositions intérieures dis âmes, il n'est pas sur la terre un seul pécheur obstiné, pour qui nous ne puissions et nous ne devions prier (2 .
(1) Contingit quandoque quod oritio pro alio facta non iiupotrat... propter impednnentum quoi est ex parte ejus pro quo oralur. -'. -2, q. 83. a. 7 ad. 2.
i Sed sicul n ilii. qaandiavivit tiioufotrahendumest cor-
Sans doute l'endurcissement de la volonté peut dépasser toutes les limites ; mais il n'est pas de limite que ne puisse dépasser la puissance de la grâce. Or, cette puissance s'accroît à mesure que nous prions; donc, à mesure que nous prions, il devient de plus en plus probable quela volonté rebelle finira par donner un consentement, refusé jusque-là à une impulsion moins forte. Et cette probabilité pourra s'accroître tellement qu'elle équivaudra à une espèce de certitude morale. En effet, comme les grâces obtenues au pécheur augmentent en raison du nombre des prières faites pour lui, et en raison aussi de leur ardeur, de leur persévérance, et du degré de sainteté des personnes qui les font, on conçoit qu'il puisse arriver un moment où les lumières qui éclairent son intelligence deviennent si vives, et les mouvements qui poussent son cœur au bien si véhéments, que le consentement de la volonté lui soit comme irrésistiblement arraché. Dans ce sens, un saint évoque put dire à la mère d'Augustin, priant et pleurant pour ce fils égaré, que l'enfant de tant delarmes ne pouvait périr. Cette assurance ne s'appuie pas, il est vrai sur les règles d'une rigoureuse justice; mais elle s'appuie sur les ressources d'une miséricorde aussi industrieuse dans ses inventions que libérale
rectionis beneficium, quia non possumus prœdestinatos discernere a reprobatis, ut Augustinus dicit, in libro de Correptione et Gratia, etiam nulli est denegandum orationis suffragiura. Ibid. ad. 3.
M i k niiKm . Il
dans ses secours. N'est-ce pas tout ce qu'il faut, pour remplir de courage et de confiance bien d'inconsolables Moniques ?
Mais, en Huns remplissant (!<• confiance pour l'avenir, cette pensée ne doit-elle pas nous couvrir de confusion par rapport au passé? Gomment ne pas regretter d'avoir fait si peu usage du pouvoir immense que nous avons ou entre les mains, depuis que nous avons atteint Page de raison? Gomment envisager sans douleur ces années trop nombreuses, où nous avons si peu prié pour les pécheurs! Comment ne pas sentir notre taie déchirée par la poignante conviction, dont il nous est impossible de nous défendre , qu'il y a maintenant dans l'enfer, des âmes, peut-être en bien grand nombre, qui seraient sauvées, qui nous devraient leur éternel bonheur, qui prieraient maintenant au ciel pour nous, si nous avions prié, travaillé , souffert pour elles? Cette réflexion ne devrait-elle pas nous embraser de zèle, et nous déterminer à utiliser enfin l'arme si puissante qui nous est mise entre les mains, pour réparer par notre ferveur les immenses pertes qu'a entraînées notre malheureuse néediffence ?
L'APOSTO: AT
ARTICLE VI
Les promesses de Jésus-Christ s'étendent aux prières olîerks par les pécheurs.
Ici se présente une nouvelle difficulté. Les prières qu'on l'ait pour soi-même ou pour les autres, peuvent-elles avoir quelque efficacité , si on n'a pas le bonheur d'être en état de grâce? En d'autres termes, est-ce seulement la prière du juste qui obtient infailliblement ce qu'elle demande, ou cette efficacité est-elle également attachée à la prière du pécheur, lorsque du reste elle possède les autres conditions requises?
Il est certain d'abord que le mérite proprement dit, celui qui donne un droit rigoureux aux éternelles récompenses, et que la théologie nomme mérite de condîgnité ('de cundigno), n'appartient qu'à la prière du juste, quoique celle du pécheur puisse avoir un certain mérite de convenance [de congruo).
Il est encore certain que, toutes choses égales d'ailleurs, la prière du juste doit jouir d'une efficacité plus grande. Le juste est Yami de Dieu ; sa prière, sortant d'une àme pure, est plus agréable à la divine Majesté , plus forte par les mérites de Jésus-Christ; et comme il fait habituellement la volonté de Dieu . il est convenable que Dieu fasse aussi la sienne , selon cette parole du prophète : Le Sei-
de là nui m I)
tur fera la volonté de ceux qw le craignent (1).
M ds nous ne considérons ici la prière que sous le poinl de vue de son efficacité, relativemeni à la grâce que l'on sollicite.
Il imus sera facile de répondre, si nous nous rappelons ce qu'enseigne saint Thomas : que la prièn tire sa vertu impélratoire de la foi et de la confiance. Son mérite lui vient de la charité, dit-il, son efficacité, de la confiance (2).
D'où vient cette différence? Dé ce que le mérite , Hiiirsi le droite l'héritage céleste, est l'effet propre de la grâce sanctifiante : «^t. par conséquent, de la charité, qui nous constitue les fils adoptifs de Dieu. L'efficacité de la prière est au contraire l'effet de la grâce actuelle: cette grâce, Dieu la donne à ceux même qui ont perdu son amitié . et c'est, nous l'avons vu , le seul moyen par lequel ils puissent la recouvrer. Gomme le prophète, qui, pour ressusciter le Gis df la veuve, se pencha sur lui à plusieurs reprises, et appliqua sa bouche sur la bouche du cadavre, jusqu'à ce qu'enfin il l'eût f;iit respirer avec lui loi, ainsi Dieu se penche sur l'âme pécheresse et luspire en elle sa grâce. Hue l'âme s'abandonne à ce souffle vivifiant avec une foi entière; qu'elle respire avec Mien, par une prière pleine de confiance, et le souffle divin, qu'aucune hésitation n'aura privé de
(1) Ps. i xi. iv, 19.
? î. », q. 88, a. la.
8 IV. Rpg. iv, 31.
sa vertu, ne pourra manquer de lui rendre la \ie.
Donc le pécheur, comme le juste, peut se promettre d'obtenir ce qu'il demande, pourvu que sa prière ait les autres conditions convenables. Doctrine infiniment consolante, et que l'on ne saurait trop inculquer; car bien des personnes s'imaginent que le mérite proprement dit, ne pouvant être attribué aux actions faites en état de péché mortel, il est inutile de prier, aussi longtemps qu'on demeure dans ce malheureux état; ce qui est entièrerement faux, comme nous venons de l'observer d'après saint Thomas.
« Quiconque demande, reçoit, dit Jésus-Christ, ! qu'il soit juste ou non , ajoute saint Chrysos- » tome (1). »
« Si Dieu n'écoutait pas les pécheurs, dit saint » Augustin, c'est en vain que le publicain aurait dit : » Seigneur, soyez-moi propice, parce que je suis un » pécheur (2). »
Mais enfin, dira-t-on, comment se peut-il faire que des âmes qui sont en cet état de péché, et qui par conséquent sont abominablesaux yeux de Dieu, puissent avoir sur son cœur cette puissance , et qu'il soit hors d'état de refuser à leurs prières ses biens les plus précieux?
(1) Omnis qui petit accipit-, id est, sive justus sive peccator. Op. imper f. in Matth., hom. 18.
(2j Si peccatores non e.taudiretDeus, frustra publicanusdixisset: Domine. propitiusesto mini poccatori.Aro. Tr. 44in Jnan-
r>F. r. \ mitll 4 s
Noua le comprendrons sans peine, si, dans ces pauvres âmes, nous distinguons, avec saint Thomas, deux choses que dicerne parfaitement l'œil paternel de Dieu : d'un côté, leur péché qu'il déteste ; de l'autre, leur nature qu'il a faite à son image, el dans laquelle il reste encore beaucoup de bonnes qualités naturelles, et même beaucoup de grâces, que le péché n'a pu en bannir. Or, cette nature, Dieu l'aime d'un aiuoii r infini, de ce même amour qui l'a portée donner son Fils unique pour la sauver. De là vient qu'autant il repousse, à cause de sa sainteté infinie, tous les mouvements que le péché produit, autant il est disposé, par son infini» miséricorde,! accueillir el favoriser 1rs mouvements contraires qui naissent des habitudes surnaturelles de foi el d'espérance, et qui tendent à ramener ces âmes sous l'empire de la charité. El la prière n'est-elle pas un de ces mouvements, el le plus efficace de tous? Gomment donc ne Serait-elle pas agréable à Dieu? Sans doute il ne reconnaît pasen elle les accents de son Fils bien-aimé, lui criant par un de ses membres vivants, avec la confiance sans bornes qui lui convient : Père . Père (1); mais il \ reconnaît le gémissement du prodigue, implorant sa pitié, avec cet accent déchirant auquel un père ne résista jamais. Ce n'est pas encore comme maître de ces cœurs que l'Esprit-
1 Misit Dons Spirituiu Fitii gui in corda vostra clamantem MA i Pater ' Salât, iv, 8.
46 LATOSTOLAT
Siim leur inspire la prière; il faut attendre qu'ils soient devenus ses dociles instruments; mais c'est toujours par lui qu'ils prient ; car, s'il n'habite pas encore au dedans de ces cœurs, déjà il les assiège, il Trappe à la porte, il les sollicite (I). Leur prière n'est que l'écho de ces divines sollicitations. Comment s'étonner que Dieu exauce infailliblement des soupirs que lui même a inspires, qu'il accomplisse des désirs dont il est le principe, et qui, en traversant l'àmedu pécheur, lui ont communiqué quelque pureté et quelque force? Le pécheur qui sait prier a déjà eu lui un germe de vie ; car la prière, fruit de la foi et de l'espérance, est la semence de la charité.
ARTICLE VII
La !» :i*sance de la prière, prouvée par les enseignements des Saints.
Nous savons maintenant jusqu'où s'étend la puissance de la prière : éclairés par le flambeau de la divine parole, nous avons pénétré jusque dans les profondeurs du consolant mystère de la grâce ; nous
1 Spiiïtns Sancti, nondum quidem inhabitantis, sed jnm pulsanlis. Cône. Trid. sess . VI.
il I \ PRIÈRE. 17
avons vu comment les âmes naissent à la vie de Dieu et comment, après avoir perdu cette viesum aturelle, elles peuvent la recouvrer. La prière s'est montrée comme l'irrésistible attraction qui l'ait descendre du ciel la lumière et la chaleur. Nous avons entendu le Verbe divin, en nous fournissant un moyeu de tout obtenir de Dien son Père, entourer son efficacité sans bornes des plus i >r tes garanties, et lui assurer, non-seulemenl le pouvoir de nous donner la vie à nous-mêmes, mais encore le pouvoir de la rendre à tous ceux de nus frères qui en s mt privés.
Nous pourrions nous arrêter là. Il ne sera pourtant pas inutile d'interroger les Saints, pour savoir comment ils ont compris ces divines promesses. après avoir considéré la prière danssa source divine, suivons-la dans son cours fécond, et voyons-la produire toutes sortes de fruits célestes.
Les Apôtres, gardiens fidèles et interprètes infaillibles îles enseigements du Sauveur, furent les premiers à proclamer cette toute-puissante i fficacité de la prière. Non-seulement, ilsen taisaient leur premier devoir , comme nous le dirons bientôt, mais encore ils se recommandaient instamment aux prières de leurs disciples, à peine nés à la vie de la foi.
Ecoutez saint Paul, pressant les Ephésiens de ne pas cesser d'offrir à Dieu toutes sortes de prières et de supplications, de tenir toujours en éveil la ferveur de leur esprit, pour obtenir de Dieu, parles solliei-
talions les plus vives, non-seulement les grâces nécessaires à tons les Saints, mais pour lui en particulier, la grâce d'annoncer avec fruit la parole du saint (1). « C'est par le mérite de vos prières, écrit-il » à Philémon, que Dieu me donnera à vous (2). » — « Priez pour nous, écrit-ilencoreaux Cotassions, afin » que Dieu nous ouvre une entrée pour annoncer » sa parole et les mystères de Jésus-Christ (3). »
Formés à l'école des apôtres, les premiers chrétiens avaient ia même confiance dans l'efficacité de la prière. Un seul fait nous le prouvera surabondamment.
L'Eglise naissante était assaillie par une tempête qui menaçait de l'engloutir. Celui à qui Jésus-Christ en avait confié le gouvernail lui avait été ravi et était chargé de chaînes. A quelle arme les fidèles désolés auront-ils recours pour les délivrer? L'Eglise entière se met à prier, et elle prie sans relâche (4); faible ressource, en apparence, contre les portes de fer qui ferment la prison et contre les soldats qui la gardent. Mais les fidèles savaient qucla.prière a pour elle la parole de Dieu, plus pénétrante qu'un glaive
(1) P.'romnem orationem et obsecrationern orantos omni tempore in spiritu, et in ipso vigilantes in omni instantia et obs^ratione pro omnibus sanctis et pro me, ut delur mihi sermo in aperlione oris moi. Ephes. vi, 18.
(2) Philem. 22.
(3 coloss. iv, 3.
'4) Oralio autem fiebat sine intermissione ab Ecclesia ad Deum pro eo. Act. xii. 5.
pe la rnifenK.
à deux tranchants l . Leur confiance n'est pas trompée : leur prière a bientôt ouvert les portes de fer, luise les liens de l'Apôtre, et rendu à leur amour celui qu'ils pleuraient.
Yuis pourrions réunir bien d'autres témoign en faveur de la même vérité, s'il en était besoin. Ecoutons seulement l'apôtre des Indes, saint François Xavier; et, omettant une foule de lettres dans lesquelles il réclame le secours (1rs prières de ses frères, bornons-nous au passage suivant. Voici ce qu'il écrivait du Japon à ceux d'entre eux qui habitaient Rome : « Il faut que je vous dise qu< Dieu m'a fait > plus d'une fois connaître, par >\<-> sentiments in- » teneurs, que c'a été aux prières et aux saint- sa-
■ criûces de nus pèn s et de nos frères, combattant i encore sur cette terre ou triomphant déjà dans le
■ ciel, que j'ai dû ma délivrance de maints périls d dont j'ai été assiégé, soit d.ms mon âme, soit k dans mon corps. Ce que je VOUS dis ici, c'est pour s payera Dieuel à vous, mes très-chers frères, mon i tribut d'action de grâces, et c'est en même temps » pour \uus supplier d'unir les Nôtres aux miennes ; i car je ne me dissimule pas mon insolvabilité. »
(1) Vivus est seimo Dei, et effleax, el peneirabilior orrmi philio ancipili. ni nu. i\ . 12.
r>0 L APOSTOLAT
ARTICLE VIU Pratique des Saints. — Exemple de Notre-Seigneur.
A l'autorité des paroles, joignons maintenant celle des exemples.
Les faits qui prouvent l'efficacité de la prière sont innombrables ; entreprendre de les raconter tous, ci' serait vouloir raconter l'histoire entière de l'Eglise. La prière est le fondement de cet édifice sacré ; elle en est le rempart et la défense ; elle en fait la force et la solidité. L'histoire du peuple juif et celle du •peuple chrétien confirment cette importante Vérité, de la manière la plus éclatante.
Voyez, au sommet du Sinaï, Moïse luttant, par la force de la prière, contre la colère du Tout-Puissant, résolu d'exterminer son peuple. Voyez le Créateur descendant, vis-à-vis de sa créature, au rôle de suppliant : « Permettez-moi de frapper (1), » lui dit-il. Et .Moïse refuse de lui accorder celte permission , et Dieu est contraint de céder. Quel est donc ce pouvoir supérieur à la justice divine ? quel est-il, sinon le pouvoir irrésistible dont la divine miséricorde a investi la prière?
Déjà Abraham s'était prévalu du même pouvoir, et Dieu s'était également laissé vaincre ; il avait
(1) Dimitte me, ut irascatur furor mous contra eos. Exor>. xxii, 10.
M i \ nu I
accepté toutes les conditions que lui avail imposées son serviteur 1 1 . Sodome elle-même, l'abominable
Sodome, aurait dû son salut à la prière il un seul juste, s'il cllt' eût pu accomplir la condition Facile qu'il avait stipulée en son nom Tous les crimes qu'elle accumulait depuis plusieurs générations, ne pesaient pas tant sur 1»- cœur de Dion qu'une demande humble et confiante.
Voyez encore Moïse, debout sur la montagne, levant au ciel ses mains défaillantes, que soutiennent Aaron et Mur, el assurant par la prière le triomphe de son peuple sur Amalec 2).
In feu vengeur menace-t-il de dévorer la multitude rebelle, qui s'élève insolemment contre les serviteurs de Dieu, je vois Aaron s'élancer, l'encensoir à la main, et, debout entre les vivants el les morts, opposer au Seigneur les aunes de son ministère, et arrêter le cruel fléau par l'ardeur de la prière qu'il faisait monter au ciel avec l'encens (3 .
Josué veut rendre plus complète la victoire qu'il a remportée sur les ennemis de son peuple : il a recours à Dieu, et Dieu, nous dit l'Ecriture, obéit à ta voix de Vhomme qui le prie. Le soleil demeure immobile aussi longtemps que la prière relient sa course (4).
{)) Gkn. \\ III.
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Mm. XVI, 16, Bl SAP 1TIII,
Par la prière, Elie fait descendre le feu du cieï
sur ceux qui venaient l'arrêter au nom d'un prince impie (1). C'est encore par la prière que son disciple Elisée rend à la veuve de Sarepta le fils unique que la mort avait ravi à sa tendresse (2).
Les prodiges opérés dans l'Eglise sont-ils moins nombreux et moins admirables? Gardons-nous de le croire. Ses annales nous rappellent à ebaque page le triomphe de la prière, appelée si justement la toute-puissance suppliante, omnipolentia supplex, et de nombreux documents en sont les irrécusables témoins.
C'est ainsi que la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, celle de la Transfiguration de Notre-Seigneur, la fête du Saint-Rosaire, la confrérie de Xotrc-Damc- Auxiliatrice, etc. , doivent leur origine aux miracles obtenus du Très-Haut par l'invocation de son nom.
Sans parler des autres villes où souvent se renouvelle le même prodige , Rome, sous le saint pon!ife Grégoire-le-Grand; Milan, sous le saint archevêque Charles Rorroméc; Marseille , sous le courageux Belzunec, ont vu la peste disparaître devant la prière. A Rome, L'institution des Grandes -Litanies dites de Saint-Marc, et à Marseille, la consécration de la ville au Sacré-Cœur de Jésus, ont perpétué le souvenir de ces grâces signalées. Les prières dites des Rogations, qui, établies d'abord à A'icnne par
J) IV. Rec. i.
2 IV. Rkg. iv.
Dl iv Ptl 1 M
Bai ni Mamert, furent ensuite adoptées dam toutes les autres églises, ont une origine presque n mblable.
Si Béthulie dut autrefois sa conservation à la piété d'une femme courageuse, Pai is ;i eu sa Judith, et . défendue par les prières de Geneviève . comme par une forteresse inexpugnable, cette ville échappa a la fureur d'Attila.
Mais c'est surtout dans les nécessités spirituelles, que Dieu aime à faire éclater la puissance de la prière.
Quel esl ce fier mortel , qui marche entouré d'un nombreux cortège, el savourant les douceurs du triomphe? C'est Arius, qui promène audacieusement sini orgueil dans la ville de Constantinople. L'hérésie haï des mains ci croil sa victoire assurée Mais le saini évêque Alexandre a répandu devant Dieu sis larmes et ses gémissements* ci saisi par un mal soudain , L'hérésiarque expire dans d'effroyables tourments, ne laissant pour héritage à son parti que la flétrissure d'une mort honteuse, digne châtiment tic son impiété. La prière du juste est si puissante auprès de Dieu!
Voyez-vous celle nation qui embrasse en corps la sainte religion du Dieu crucifié? Quel est l'apôtre qui a converti à la foi ce peuple infidèle! Une jeune esclave a opéré ce prodige : les prières de sainte Chrétienne ont obtenu aux Ibériens le don précieux de la grâce ci de la régénération.