‹ L'apostolat de la priereChapitre 39 sur 84 · L AF0ST0LA · texte numérisé non relu

L AF0ST0LA

i ègne de Jésus-Christ. L'univers presque entier devint la conquête de ces douze pécheurs ; mais quelle fut l'arme victorieuse qui triompha de l'erreur et de la corruption, liguées contre la sainte doctrine de l'Evangile? La prière cl la parole de Dieu. Xos vcra, orationi et ministerio verbi instantes erimus.

Les apôtres priaient, mais il ne priaient pas seuls : un cœur bien plus apostolique faisait monter au ciel des vœux tout autrement efficaces. Tandis qu'ils combattaient les combats de Jésus-Christ sur tous les points du globe, Marie k-s soutenait tous par la puissance de ses prières, et leur obtenait du ciel la victoire. Elle levait vers le trône de son divin Fils ses mains maternelles, et en faisait descendre ces torrents de grâces qui assurèrent de si prodigieux succès aux travaux des apôti es, dont elle est la Reine. Marie priait, et ses prières, nous osons le dire, concouraient plus puissamment à la conversion du monde, que les travaux des dignes instruments que la grâce divine s'était choisis pour accomplir cette grande œuvre. Exemple très-encourageant pour un grand nombre d'âmes religieuses, qui, dans l'impossibilité d'exercer autrement le zèle qui les dévore, trouveront comme Marie, dans la prière, un moyen infaillible devenir au secours de tant d'infortunées victimes de l'ignorance et de l'impiété.

L'exemple des apôtres, celui de l'auguste Mère de Dieu, sont bien capables de faire impression sur nos cœurs, mais il en est un plus grand encore, plus admi-

Dl i \ PRlfcRE.

rable, plu solennel. Elevons noa pensées plus haut et considérons le divin Sauveur du monde, Jésuschrist le Fils de Dieu.

Que iii-il,a cel âge où L'homme, en dehors de tontes relations sociales, sans force, sans action et presque sans (acuités, ne possède qu'une demi-existence, ensevelie dans les ténèbres d'une enfant e obscure et inaperçue? Librement soumis a la loi humiliante (jne nons impose notre faiblesse physique, aux premiers jours de noire existence, ce divin Sauveur. muet à L'égard des hommes, parlait eu notre laveur à Dieu son l'ère, el >'nrrii|)ai t des lors de notre salut. Déjà, dans le sein de sa Mère, C€ Dieu-lloiniiie QOUS aimait : il priait poumons, et les désirs embrasés de ion cœur sollicitaient notre pardon, [jur faisait-il pendant les Longues années de la vie cachée qu'il mena a Nazareth? Ce qu'il faisait?Tandis que ses faibles bras se livraient à des travaux pénibles, que le monda aurait jugés indignes d'un Dieu, Jésus aimait el priait. 11 {triait: et voilà pourquoi à Nazareth, aussi efficacement qu'au Calvaire, il opérait le salut des hommes.

Nazareth ! ce seul mot en dit plus, pour démontrer I '• xcellence de l'Apostolat de la Prière, que [tous les discours et tous les raisonnements. Ces trente ans de vie cachée sont incompréhensibles, si nous ne les considérons comme la démonstration éclatante du pouvoir que possèdent les œuvres les plus viles, lorsqu'elles sont animées par h1 zèle et parla pi ière.

til' LAlUalOLAI

pour obtenir la grâce du ciel el sauver les âm s. N'est-ce pas en effet, uniquement pour sauver des âmes que le Verbe de Dieu était descendu du ciel? N'est-ce pas là l'œuvre unique qu'il avait sans cesse devantles yeuxi l),à laquelle il travaillait sans cesse, de la manière la plus efficace, et en vue de laquelle a été ordonnée toute son existence? Qui oserait le nier? mais si on l'accorde, il faut accorder aussi que si le Sauveur a voulu consacrer trente ms à l'Apostolat de la Prière, et trois ans seulement à l'apostolat de la parole, c'est que dans le premier, il a vu un moyen aussi efficace, plus efficace même, d'accomplir sa divine mission.

Ce qu'il a vu, il veut que nous le voyions aussi; car sa vie entière est pour nous un enseignement. Si chacune de ses paroles, si ses moindres actions sont des leçons que nous devons recueillir avec l'attention la plus profonde, et prendre pour règle de notre conduite, que dirons-nous de cette longue leçon de trente ans? Yaura-l-elle pas le pouvoir de nous déprendre de cette sotte erreur, malheureusement trop générale, qui fait mesurer l'efficacité et le mérite des œuvres à la splendeur des apparences et à la grandeur des résultats visibles?

Du reste, cet apostolat de la prière, qui fut l'unique occupation du Sauveur, durant les trente années de sa vie cachée, ne fut nullement interrompu

(i) Opus ejus coram itlo. Is. ixn. il.

Dl i.\ MUIR1 'il

lorsqu'il entra dans la carrière de la vie publique. N'est* ce pas, au contraire, par une prière plus spé« ciale, poursuivie pendanl quarante jours et quarante miiis dans le désert, qu'il se prépara immédiatement à entreprendre le ministère de la prédication .' Se le voyons-nous pas. dans le cours de ce saint ministère, Beretirer fréquemment dans lasolitu le, pour j juin- plus librement? N'est-ce pas par la prière qu'il se prépare au choix de ses apôtres! N'est-ce pas à lu prière qu'il donne ses nuits entières, et qu'il demande le repos dont il a besoin après les fatigues du jour? Enfin, <|iie sont ses voyages, ses prédications, ses travaux de tout genre, sinon une prière non interrompue ?

Que faut-il de plus pour nous convaincre? Douterons-nous encore de la prééminence de mérite qui appartient à l'apostolat de la prière, alors que nous voyons noire divin Modèle, après lui avoir consacré exclusivement les trente années de sa vie cachée, lui consacrer encore la meilleure partie des trois ans de sa vie publique, tpii semblaient déjà bien courts pour l'apostolat de la parole. !

ARTICLE IX

Causes de l'inefficacité de nos prières. — Qualités dont elles devraient être douées.

Ainsi, la vie entière du Sauveur nous apparaît comme l'irrécusable confirmation des privilèges qu'il a accordés à la prière, des éloges qu'il lui a donnés, des solennelles promesses qu'il lui a faites.

Après un suffrage aussi éclatant, que pourrait-il lui manquer encore, pour obtenir la pleine adhésion de notre esprit, de notre cœur, de notre volonté ? Hélas ? il faut bien l'avouer, il lui manque peut-être un témoignage qui, pour être d'un ordre bien inférieur à celui du Yerbe de Dieu , n'en serait pas moins décisif pour nous , je veux dire le témoignage de notre expérience.

Malheureusement, ce témoignage semble donner un démenti aux promesses divines. Nous avons prié, et nous n'avons pas été exaucés : nous avons cherché, et nous n'avons pas trouvé; nous avons frappé, et la porte ne s'est point ouverte à nos sollicitations. Voilà ce qui nous décourage, et ce qui nous rend comme impossible cette confiance que les assurances si positives du Sauveur seraient si propresà nous inspirer.

Qu'opposer a ce témoignage? N'est -il pas sans réplique? 11 s'en faut bien. Commentée quiestmani-

Dl ! V l'HIUll .

festement en opposition avec les paroles de la Vérité souveraine, pourrait-il être autre chose qu'une illusion? Nous ne reviendrons | as sur ce qui a été démontré plus liant, à savoir : que 1rs prières faites pour le salut des pécheurs peuvenl êtreexauc ce qui tient à Dieu et en ce qui nous regarde nousmêmes, quoiqu'elles n'obtiennent pas encore leur plein effet, par suite de la libre résistance de ceux pour « 1 1 1 î elles sont faites. Quant à nous, nous avons le mérite de notre prière, aussi grand, plus grand peut-être que si nos désirs eussenl été comblés. Dieu, de Sun côté, a lait tOUl ce qu'il fallait pour in ii In- la lumière m la vie aux âmes que nous avions recommandées à sa miséricorde. .Mais si ers âmes ont librement préféré les ténèbres à la lumière, la niori à la vie, quel droil aurions-nous de nous plaindre au ciel (Ir leur malheureux état !

Je pourrais ajouter que nos prières sont déjà peutêtre entièremeut exaucées dans les décrets divins , quoique leur effet n'ait pas encore paru aux yeux. Citoyens du temps, renfermés dans cet instant rapide qu'on nomme le présent, nous sommes impatients de Loucher ce qui nous est promis; ce qui nous attend

dans l'avenir n'a presque auci valeur pour nous,

et, dans nos rapports avec Dieu même, nous voudrions lui imposer les lois de notre impatience. Rien de plus injuste; si nous voulons que Dieu nous exauce, il faut *lui permettre de nous exaucer en Dieu. C'est bien le moins que le mendiant à qui le

fi4 I. APOSTOLAT

riche veut faire pari de tous ses trésors, attende le moment fixé par la sagesse de ce bienfaiteur généreux. Rien ne plaît à Dieu plus que cette patience; rien n'est plus fortement recommandé dans l'Ecriture.

Ne nous hâtons donc pas de dire que nous n'avons pas été exaucés. Croyons, au contraire, que nous l'avons été, ou que nous le serons infailliblement. Cette confiance toute filiale suffirait à elle seule pour obtenir de Dieu une grâce qu'il nous aurait jusque-là refusée ; tandis que la défiance, qui nous porterait à accuser prématurément sa bonté, pourrait nous priver des dons qu'il serait prêt à accorder à nos instances.

I. C'est là en effet, la cause la plus ordinaire du peu de pouvoir qu'ont nos prières sur le cœur de Dieu; elles manquent des conditions auxquelles est attachée leur efficacité, et en particulier de cette foi vive, de cette confiance ferme qui est la première de ces conditions.

Xotre-Seigneur nous le dit dans les termes les plus exprès : « Vous ne recevrez que ce que vous » aurez demandé avec foi (I ). » Et ailleurs il dit encore : « Tout ce que vous demanderez dans vos priè- » res, croyez que vous le recevrez, et cela vous sera » en effet accordé (2). » C'est bien ainsi que les apô-

(1) Quœcumque pelierilis in oratione credentes, accipietis, Hatth. xx, 22.

(<) Omnia qusecumque orantes petitis. crédite quia accipietis, et pvenient vobis. M\rc. xi, 21.

ni. Li rruÊnE. <J5

iits avaient compris !• s promesses faites a Li prière par leur divin Maître. Ecoutez comment saint Jacques les interprète : « Si quelqu'un de vous, <lit-il .. aux fidèles, Benl le besoin de ta sagesse du ciel, v (ju'ii l,i demande a Dieu, qui donne abondamment » cl >ans regrel à tOUS Ceux qui le plient, etec tréi sor précieux lui sera accordé. Mais qu'il demande i avec l'U et sans hésiter; car celui qui hésite est » Semblable au Ilot de la nier, jonc l de tons les vents; ■ vainement cet bommese dallerait de recevoir quoi r que ce soit de Dieu I . . »

Uni nevoit qu'une prière faite sans confiant est plutôt une injure qu'un hommage rendu à la divine bonté? Quel est le père qui ne se regarderait pas comme outragé par son enfant, s*il le voyait ne lui demander qu'avec défiance le pain née ssaire à soutenir sa vie, nu le remède propre à lui rendre la santé? Demander a\ec défiance les biens de l'ordre surnaturel à Celui qui s'est montré si prodigue de l'air, de la lumière, de toutes les nécessités et même des superlluites de l'ordre naturel, ne serait-ce pas supposer qu'il attache à la vie et à la santé de nos àmes moins de prix qu'à la vie et à la santé de

(1) Si quis vestrum iodigel sapieotia, postulet a Deo, qui dat omnibus affluenler, et non improp^rat ; et dabitur ci. Postulet antein in Iule nitiil bœsiUos : qui enim baesilat, similis est fluctui maris, qui a rento movetur et circumfertor. Non ergo BKtimet liomn il le quod aecipiat altqoid a Domino. Jac. i. 5 et seq.

fifi l'apostolat

nos corps? Ne serait-ce pas nous mettre en opposition avec la création tout entière, et refuser à. Dieu ce qu'il trouve dans les animaux et les plantes, qui attendent sans crainte leur nourriture et leur rafraîchissement? Hésiter encore à tout espérer de Dieu, après qu'il n'a pas liésité de son côté à nous donner son Fils unique et à le livrer pour nous à la mort, n'estce pas révoquer en doute son amour pour cet unique objet de ses complaisances? N'est-ce pas le taxer d'une inconséquence dont le dernier des hommes serait incapable? N'est-ce pas le supposer indifférent au seul intérêt qu'il puisse avoir à cœur dans le gouvernement de ses créatures, à l'intérêt de sa gloire et de la gloire du Verbe incarné, puisque cet intérêt est indissolublement lié à notre salut ?

Mais, comprenons-le bien, cette foi qui est la condition de l'efficacité de nos prières et le grand moyen pour obtenir les biens de l'ordre surnaturel, est ellemême un don surnaturel, et doit être par conséquent le fruit de la prière.

Et gardons-nous de voir dans cette dépendance réciproque de la prière et de la foi, une sorte de cercle vicieux qu'il nous soit impossible de franchir. Voyons-y, au contraire, la plus consolante de toutes les ressources, pour nous qui ne sentons pas encore dans noire cœur celte confiance sans bornes, inébranlable, toute-puissante, qui animait les saints et les mettait en état de transporter les montagnes, de commandera la nature et de tout obtenir de Dieu.

PI I V IM1IKIU

V nous étonnons pas que notre cœur ne produise pas de lui-même ce fruit divin. C'est du Cielqu'ildoit

nous venir; c'est dan- le Bein de Dieu qu'il faut aller le prendre, ou plutôt c'esl de la main <lr Dieu qu'il Tant le recevoir. Car 1 > *mi nousoffre sans cesse celle Lumière de la foi el cel air vivifiant de l'espérance, avec autant de libéralité qu'il nous offre l'air atmosphérique et la lumière du soleil. Recueillons ce qu'il noua en fournit en ce moment, el servonsnous-en pour obtenir davantage. Disons-lui avec l'aveugle : « Je crois, Seigneur, mais aide/, la faiblesse » de ma toi;» ou avec les apôtres : «Seigneur, aug- ■ mentez ma foi ; » et cette prière sera infaillibleu cul exaucée; car c'est bien là la sagesse \critaWe que Dieu donne à tous avec une largesse qui ne calcule pas ses dons.

II. Il nous écoulera d'autant plus volontiers, que notre prière possédera à un plus haut degré une autre qualité non moins agréable au Seign< iw que la confiance elle-même, etqui devrait être plus facile à no- Ire faiblesse, puisqu'elle en est le fruit naturel, je \eu\ parler de V humilité.

Voilà la seconde source de la puissance de nos prières. Nous avons dit plus haut que, si la prière met Dieu dans une sorte de nécessité de manifestera notre égard toute sd libéralité et toute sa magnificence, c'est parce que, en nous permettant de déployer toute l'énergie de notre volonté, elle nous tient pourtant vis-à-vis de lui dans cette dépendance

absolue qui est le vrai rapport de la créature avec son Créateur. La magnificence est la nature de Dieu, et la libéralité est son penchant essentiel; il lui en coûte donc bien moins de donner que de refuser; mais il nepeut se mettreen opposition aveclui-méme, et consentir à ce que ses dons deviennent les auxiliaires du mensonge. Dieu est la vérité; et il ne peut écouter favorablementsescréaturësqu'autanlqu'elles restent dans la vérité ; or, la vérité, c'est que la créature n'est rien et que Lui spulest tout. Tenons-nous donc dans notre néant, et aussitôt la Bonté divine jettera sur nous un regard de complaisance (1 ). « La » prière de celui qui s'humilie, nous dit leSage,pé- » nétrera les nuées (2). » Autant, en effet, le Très-Haut montre d'éloignement poulies superbes, autantil est disposé à accorder sa grâce aux humbles (3). Leurs prières ne manquent jamais d'attirer ses regards, et leurs supplications ne sont jamais repoussées (4). Voyez ces deux hommes qui prient ensemble dans le temple. L'un est illustre par sa science et l'éclat de sesœuvres; il défend avec un zèle incorruptible la doctrine de la loi et les moindres traditions qu'il tient de ses pères; il s'impose de nombreux sacri-

(1) Veritas de terra orta est, et justifia de cœlo prospexit.

Page 1