‹ L'apostolat de la priereChapitre 40 sur 84 · PS. LXXXIV · texte numérisé non relu

PS. LXXXIV

(2) Oratio humiliantis se nuhes penetrabit. Eccl. xxxv, 21.

(3) Deus superbis resistit, bumilibus autem dat gratiam. Paov. iii,:m, Jac. iv, 6; 1. Pet. v, 5.

(1) Respexit in orationem hurnilium, et non sprevit precem eorum. Pg. ci. 18.

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lices; il l'ail de longues prièn s. soit dans le temple, toit dans les carrefours, et il donne aux pauvres nue pai lie considérable de sum bien. L'autre, au contraire, appartient à une classe mal ramée, et ilaparticipéà toutes les coupables pratiques, qui ont attiré sur les finis (li sa profession un juste el universel mépris; au lieu de bonnes œuvres, il ne peut guère offrira Dieu que des concussions; au lieu de sacrifices, il n'a que des foutes; mais» et homme, si méprisé et si méprisable, est humble et reconnaît devant Dieu son indignité, tandis que le premier, si éclairé et si estimé, est orgueilleux et s'attribue à lui-même ses vertus. Qu'arrivera-t-il et quel sera !<• fruit de la prière de l'un et de l'autre? C'est le Sauveur qui va nous le dire. Le second sortira du temple purifié, et le premier en surlira condamné : parce que, ajoute le divin Maître, tous ceux qui s'hu%nil\ent seront élevés, et ccu.r qui s'élèvent seront abaissés (\).

Le divin Maître ne pouvait guère nous faire mieux comprendre combien l'humilité de nos prières est capable de suppléer au défaut de tous les autres titres, qui pourraient les fendre dignes d'être exaucées. Mais il nous avait enseigné d'une manière bien autrement touchante cette même vérité par son incarnation elle-même.

,1) Descendit hic jusiificatus in domum sua m ah illo: quia omnis qui se axaltat, humiliahitur. et qui se humiliât, exalta liilur. Li i . wiii. ] i.

Gomment douter de l'attraction irrésistible que L'humilité de la prière exerce sur le Cœur de Dieu, quand nous le voyons lui-même, entraîné parce charme, descendre du ciel sur la terre? C'est l'humilité de Marie qui a prêté à la bonté divine la coopération la plus efficace pour accomplir cette œuvre incomparable.

Déjà l'Ange de l'incarnation, saint Gabriel, avait été envoyé au prophète Daniel, au moment où ce saint homme s'humiliait dans la cendre, et faisait une pénitence pleine de larmes pour les péchés de son peuple, qu'il s'attribuait comme s'illeseùt commis il). Une semblable prière avait vaincu le mur de Dieu, et l'Archange était venu annoncer au prophète que, en considération des désirs si ardents et si humbles qu'il avait fait monter vers le Ciel, le temps marqué dans les divins décrets serait raccourci, et que la venue du Rédempteur serait hâtée.

Après soixante dix semaines d'années, Gabriel est de nouveau envoyé par la divine miséricorde; mais cette fois ce n'est plus devant un prophète qu'il se présente, c'est devant la créature prédestinée à être la .Mère de son Créateur. 11 vient la mettre en possession d'une dignité quil'élèvera infiniment au-dessus d: toute grandeur créée; il vient annoncer l'accom-

(1) Posui Jaciem meam ad Dominum n eum rogare t't depreoari in jejnniis, sacco et cinere... Clinique orarern et confilerer peccata mea, et peccata populi mei Israël, et prosternTein preces meas in conspeclu Dei mei. Dan ix, 3 et 20.

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plissemenl du grand mystère préparédepuis l'origine ili > iciu|is, mais i e mystère d'amour ne saurail B*aceomplir s ins que Marie y coopère, el l 'esl son humilité <|ui devra prononcer la parole décisive. Ces! quand la reine du ciel et de la terre se sera proclamée la servante du Seigneur, el que, dans an senti' menl d'incomparable humilité, elle aura prononcé le fiai que Dieu attendait, c'esl alors que sera créé le monde nouveau. Le fiât de la divine Toute-Puissance avait produit la lumière visible, el fait sortir l'univers du chaos ; le fiât de l'humilité de Marie l'ait luire sur la terre la lumière incréée du Verbe,et l'ait sortir les merveilles de la grâce du chaos du péché. Uissi estce a son humilité seule que Marie elle-même attri bue, après Dieu, ce grand ouvrage : « II a regardé, » dit-elle, * l'humilité de sa servante. »

Toutes les prérogatives de Marie ont contribué sans doute ii en l'aire la digne épouse du Père céleste el le sanctuaire du Saint-Esprit ; toutes ses vertus sont entrées pour quelque chose dans la suavité du parfum de ses prières, et dans la Force qu'elles ont eu d'attirer le Verbe de Dieu ; nuis c'est son humilité qui a eu la principale part à cette grande œuvre, et il n'en pouvait être autrement. N'était-il pas juste, en effet, que l'humilité delà nouvelle Eve réparât les ruines qu'avait laites l'orgueil de la première vierge et delà première mère ?

Tel est le modèle parlait de l'apostolat de la prière, qui nous est en ce moment proposé II s'agil

7S l'apostolat

pour nous de consommer l'œuvre que l'humilité des prières de Daniel avait préparée, et que l'humilité des prières de Marie a accomplie, il s'agit d'obtenir l'effusion complète de ces grâces qui ont été déposées dans toute leur plénitude dans le sein de Marie , et qui ne demandent qu'à se répandre. C'est L'humilité de nos prières qui leur servira de canal. Pleurons, nous aussi, sur nos péchés et siliceux de notre peuple. Reconnaissons-nous indignes des divines miséricordes, tout en les sollicitant avec la plus vive ardeur. Ne doutons pas que nous ne puissions par là abréger le temps, et bâter le salut du inonde.

III. Une troisième qualité qui assurera le succès de nos prières, et dont l'absence n'expliquerait que trop facilementleur inefficacité, c'est la persévérance.

La persévérance dans la prière est nécessaire pour l'exercice de la foi ; car quel mérite aurait notre foi, si la grâce était accordée aux premiers désirs de l'âme '/Elle est souvent nécessaire pour amener la disposition de celui qui prie au degré de maturité et de perfection qui caractérise la bonne volonté. « Dieu, dit saint Augustin, en différant d'ac- » corder ce que l'on demande , augmente le désir, » et l'âme ainsi dilatée devient capable de recevoir » plus de grâces (1).

(1) Deus differendo exlendit desiderium, desiderio extendit aniroam,extendendo facitmagis capacem. Tract. IVinPsalm.

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. Demandez, insistez, cherchez, dit encore le saint

Docteur; eu demandant, eu cherchant, voua vous

» disposez à recevoir davantage. Dieu vous garde ce

• qu'il n'a pas voulu vous donner de suite, afin qui

• vous appreniez à élever vos désirs à la hauteur i des dons qu'il vous prépare (I). »

Ce que la faim et la suit son! au corps, le désir t'est à L'âme. La mesure <iu rassasiement esl celle de la fuiin,el voilà pourquoi Notre-Seigneuradil : Bienr heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'Us seront rassasit s. i.Vst donc souvent par bonté pour nous qu'il diffère d'exaucer nos prières ; car i ■'< >i un moyen de nous taire estimer davantage la grâce, de nous la faire désirer plus sincèrement, el mériter de la recevoir plus abondante. Ajoutons encore, toujours d'après saint Augustin, que Dieu diffère quelquefois d'accorder la faveur qu'on lui demande, pour la donner au moment convenable et quand elle sera avantageuse à l'âme (2).

Persévérez donc dans la prière, car le divin Maître nous recommande de prier toujours et de ne jamais nous lasser (3).

Persévérez dans la prière, car il est impossible

(1) Pete, qusre, insla ; petenilo et quœren lo crescis ut capias, serval lilti Deus quod non vulteito dare,ut et discas magna magne destderare. Serm. v de Fer*. Dom.

(2) Qua'Jam non negantur, sed Ut congruo dentur tempore difTeruntur. Tract. Cil in Joan.

3 Oportet semper orare et non deûcere. Lie xvin, 1 .

qu'on demande constamment à Dieu son secours et qu'on ne l'obtienne {ras, que l'on tende à lui et qu'on n'y arrive pas. La persévérance dans la prière assure donc, en quelque sorte, la persévérance dans la grâce et la bonne mort.

Du reste, il n'est pas aussi difficile qu'on pourrait le croire de pratiquer la recommandation qui nous est faite de prier toujours : Oportet souper orctre, a En effet, dit saint Thomas, le principe de la prière » n'est autre que le désir de la charité, d'où procède » la prière ; or, ce principe doit être en nous conti- » nuellement vivant, ou dans l'acte, ou dans la dispo- » sition du cœur; et cette disposition se rencontre » dans toutes les actions faites par le principe de la » charité (1). »

Saint Augustin nous enseigne également que par la foi, l'espérance et la charité, comme par un désir continuel, nous ne cessons de prier (2).

Le saint Docteur, expliquant ensuite la recommandation qu'a faite Notre-Seigneur dans l'Evangile, de ne pas multiplier les paroles dans la prière : « Ce » n'est pas, dit-il, prier avec beaucoup de paroles que > de prier longtemps ; autre chose est une abondance

(1) Causa orationisestdesiderium charitatisex quo procedere débet oratio ; quod quidem débet esse in nobis continuum vel actu vel virtule : manetenim virtusbujusdesiderii in omnibus quae ex charitate facimus. S. Th., 2.2. q. 3j, aU.

(2) In ipsa fide, spe et charitate, continuato desiderio sem per oramus. S. Arc, Ep. 1-21/c. 1.

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■ de paroles qui ne tarit pas ; autre rlm-r nu senti-

• ment qui demeureel persévère dans le cœur. Il esl

■ écrit «lu divin Sauveur lui-même qu'il passai) les » nuits dans la prière, el qu'il ta prolongeait durant i son agonie, afin de nous donner l'exemple. lîan

» nissons de notre oraison un grand flux de paroles, » mais qu'il s ail toujours un désir aident el persévé- » ranl, et ce sera une bonne prière. Parler beaucoup i dans la prière, e"est employer îles discours inutiles i pour demander une chose nécessaire : générale- » ment, c'est par les gémissements du cœur plutôt i que par les paroles sorties de la bouche, que l'on

* avance L'affaire de son salut (1). »

Nous venons d'expliquer les conditions requises pour que l'on puisse compter sur l'ett'et de la prière. N'oublions pas que, ces conditions posées, il est impossible (c'est l'expression de saint Thomas) que l'on n'obtienne pas ee que l'on demande. Doue, si nous ne voulons pas donner à la parole de la Vérité éternelle un démenti, qui ne peut même entrer dans notre pensée . tenons pour certain que toutes les fois que nous avons prié avec ees

(1) Non est hoc orare in mulliloquio, si diutias « retur : aliui est se rmo inultus. aliml diuturitusatfeclus. Nain et de ipso Domino scriptum est, quod perses era\ eritin oraiione ei quod prolixius oraverit, ut nobis prœberet exemplum. Absit in oraiione multa locutio, sed non desit milita precalio, si fervens persévérât intentio. Nam multuin loqui est in orando rem necessariani supertluis agere verbis, Plerumque auteni hoc uegotiuin plus getnitibus quani s^rmonibus agitur. Lp. 121, ce. 10, 10, 26.

LAPOSTULAI

conditions, nos prières oui été exaucées, quoique peut-être elles aient paru n'avoir aucun résultat. Croyons cela comme nous croyons tous les mystères de notre sainte Religion ; plus ce mystère est inaccessible à nos sens, plus il est consolant pour notre foi.

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