‹ L'apostolat de la priereChapitre 50 sur 84 · PE LA PRIERE · texte numérisé non relu

PE LA PRIERE

prendrons que chacun de ces instants, que nous laissons s'écouler dans une lamentable inertie, peut être employé à sauver une âme, à obtenir pour un mourant la grâce finale de la contrition, à procurer a Dieu un degré de gloire de plus.

Ainsi nos actes surnaturels pins multipliés, seront laits avec une intention plus pure et une ferveur plus grande, et l'Apostolat du la Prière nous aura ouvert trois sources fécondi s de mérites. Qui calculera la proportion dans laquelle ces trois causes réunies pourront augmenter nos richesses ! Ce n'est ni l'esprit de l'homme, ni l'esprit de l'ange, mais l'intelligence de Dieu seule; car cette augmentation n'a pas de bornes, et cette proportion est inappréciable.

ARTICLE 11

L'Apostolat de la Prière, source abondante de satisfactions pour nos fautes.

Los œuvres surnaturelles n'ont passeulement la

vertu de méiiter les biens à venir; elles ont encore la vertu de satisfaire pour les fautes passées.

Nous savons, en effet, que la pénitence, en remettant au pécheur la peine éternelle due à ses fautes mortelles, le laisse souvent passible d'une peine temporelle, qu'il devra acquitter, soit dans cette vie par des satisfactions volontaires, soit clans le purgatoire par des expiations incomparablement

plus rigoureuses. A celle dette, qui résulte des fautes mortelles effacées quant à la couine, vient se joindre celle que nous font contracter les fautes vénielles, dont, hélas ! malgré nos meilleurs propos, nous nous rendons coupables chaque jour ; et qui dirait jusqu'à quel degré cette dette pourrait s'accroître, si la bonté divine ne nous fournissait quelque moyen de l'éteindre ?

Heureusement ce moyen ne nous est pas refusé : toute œuvre pénible volontairement embrassée , toute souffrance involontaire librement offerte à Dieu, et même généralement toute action surnaturelle, unie aux satisfactions de Jésus-Christ par une âme en état de grâce, afin d'obtenir la rémission de ses fautes, produit infailliblement cet effet à un certain degré.

Mais cette rémission ne sera pas toujours également complète. Trois causes principales peuvent augmenter la vertu satisfactoire de nos œuvres: c'est la douleur qui les accompagne, la charilé qui les anime, et le soulagement qui en résulte pour le prochain. Dans la douleur que nous nous imposons ou que nous acceptons librement, la justice divine trouve une compensation pour le tort que nous lui avons fait ; dans l'amour dont nos satisfactions sont animées, la divine miséricorde trouve un motif de se désister de ses droits; enfin, dans le bien que nous faisons à nos frères, Dieu, notre commun père, voit connue une dette qu'il contracte envers

D] l.v PRIER] . 161

noua, cl qui l'oblige à nous remettre m 6 propres ili Mrs. Voilà pourquoi, dans L'Ecriture, cette rémission complète de m s fautes est attribuée tantôt à la pénitence, tantôt a la charité, tantôt a L'aumône et à la miséricorde exercée envers Le prochain. It'mi côté, Le Saint-Esprit noua «lit que pour fléchir la Justin- divine, nous devons faire pénitence

dans le ciliée el la cendre, dans le jet! les pleurs

et les gémissements I ; de L'autre, il nous assure que la charité couvre la multitude «les péchi et ailleurs, il nous enseigne que par les aumônes on rachète ses fautes 3), el qu'en pardonnant ,i ses débiteurs, on obtient le pardon de ses propres offenses | S).

Or, il nous sera facile de comprendre que dans L'Apostolal île la Prière, ers trois causes qui augmentent la vertu satisfactoire île nos œuvres, se trouvent réunies et élevées à leur plus haut degré de puissance.

L'exercice île et Aposlolal est d'abord un acte de pénitence. En effet, qu'est- ce qui, d'après les

1 Converlimini ad me in loto corde vestro, in jpjunto, el in 11. 'lu, oi in plan tn. Jdkl, m, 12.

tarifas operitmnltitudinem peccatorum. i Pet. rv, 8.

S Eleemosyna a morte libérât, et \\<<.i i -t qnas purgai peccata. Ton ni, o — Peccata tua eleemosynis redime, etiniquilatea lua-s misericorJiis pauperum. i;.w. iv. >i.

i Dimittite Bi i|ni.i babetia ad versas aliqnpm, m el Pater rester aimiitatvohis. M\r< ,xi,35. - DimiUite.etdioitttemini Lu< ., m, •""

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théologiens, constitue l'essence intime et tout le mérite de la vertu de pénitence ? C'est Ja douleur

que l'âme éprouve eu voyant les droits de Dieu indignement violés, et le mouvement par lequel elle se porte à les venger. C'est en ce sens que Jésus- Christ, qui ne trouvait en lui aucune ombre de péché, a pu cependant faire des actes de pénitence, et se montrer le modèle parfait de cette vertu comme de toutes les autres. Les pénitences extérieures tirent leur valeur de cette haine intime du péché, à laquelle appartient au plus haut degré la vertu de satisfaire à Dieu. Or, l'Apostolat de la Prière bien pratiqué est un effort continuel pour la destruction du péché ; nous en avons déjà vu un illustre exemple dans le prophète Daniel, se consumant de douleur à la vue des péchés de son peuple et des iniquités qui inondaient la terre. Il n'est pas possible de s'unir étroitement au Coeur de Jésus, sans s'offrir avec lui en sacrifice continuel pour les crimes des hommes, et il est manifeste qu'entrer dans cet esprit, est expier très-efficacement ses propres fautes.

Le second titre à cette force expiatrice, la charile, ne peut manquer à notre Apostolat, puisqu'il n'est que la charité sous la forme la plus divine cl dans son exercice le plus pur, le plus énergique, le plus complet. Et si la charité, suiva t la comparaison de saint Jean Chrysoslome, a le pouvoir de consumer les péchésaussi parf itement qu'un dévorant incendie

de U rniF.nF.

consume les arbres d'une forêl , que d re «lu sèle, qui est la Qamme de ce feu divin, et de l'Apostolat ilo l,i Prière, qui est Le zèle régularisé el rendu plus. puissant par l'association '.

Enfin , il est l'aumône la plus utile que l'on puisse faire au prochain. Le divin Maître a ditque L'homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole qui Boii de la bouche de Dieu (1); <•! il nous a t'ait entendre encore que le bon esprit, c'est-àdire la grâce divine, est le véritable pain que le l'ère céleste tient à donnei a nosâincs,el qu'il ne reiuse jamais à nos prières (2 . Quand donc nos pieuses instances procurent à nos frères celte nourriture de Leur Ame, nous axons plus fait pour la rémission de nos péchés, que si nous avions nourri leur corps.

Remarquons aussi que la prière faite en faveur de L'âme du prochain est encore le meilleur moyen de lui pardonner les offenses dont il a pu se rendre coupable envers nous, et, par conséquent, d'imposer à Dieu, en vertu de L'engagement solennel qu'il a pris. L'obligation de nous pardonner nos propres offenses. Souvent le cœur est tellement ulcéré qu'on a bien de la peine à lui arracher le

1 Non in solo pane vivit lionio, sed in omni verboquod procedit de ore Dei. Mattii.. iv. 4.

lis auie i ex votiis i airem petit panem, Domquid lapidera di bit ei ?... Quanlomagis Pater Tester de cœto dabitspiri- .uni bonum petentibus se? Lie. xi, il. 13

pardon smis sa forme propre el dans son expression absolue. Que l'on prie alors pour ceux de qui l'on croit avoir reçu quelque injure; que l'on demande pour eux à Dieu, malgré les répugnances de la sensibilité, le bonheur du ciel et toutes sortes de grâces: et bientôt, sous la douce influence de la prière, l'ardeur de la colère se calmera, et on se sentira tout disposé, non-seulement à pardonner, mais à aimer pour Dieu ceux que naguère on ne pouvait s'enipêcher de haïr.

Nous avons donc raison d'affirmer que l'Apostolat de la Prière n'est pas seulement une source abondante de mérites, mais encore une source également abondante de satisfactions pour nos fautes. Passons à d'autres avantages.

ARTICLE III

L'Apostolat de la Prière source de crédit auprès de Dieu, et moyen souverain pour obtenir de Dieu tout ce que l'on demande.

La richesse du chrétien ne consiste pas seulement dans les mérites qu'il acquiert, et dans l'exemption des dettes que ses fautes lui avaient fait contracter envers la justice divine; elle consiste aussi dans la faculté qui lui est donnée de puiser dans le trésor de Dieu, pour en tirer par la prière tout ce que Dieu lui-même peut en tirer par sa puissance.

t'F i.\ riui-nr K'1

Sous avons d il combien L'efficacité de la Prière esl infaillible, lorsqu'il faut obtenu en faveur denos frères des grâces spirituelles. Mais sa puissance ne

se borne |(,is ,i ce seul genre d'objets, elle s'étend à tout : entre les mains des amis de Dieu, la p ière esl un instrumcnl universel qui leur sert à tous les us *u. •- au soulagement de leurs besoins temporels, comme à celui de I» m s nécessités spirituelles ; elle mel la nature entière à leurs ordres. C'esl unesorte de cbarnr.c céleste, auquel rien ne résiste. On a vu unis l'aire des miracles comme <'ii se jouant . on eùl dii que le Tout-Puissanl s'était fait leur serviteur, et qu'il n'attendait pour agir que 1rs ordres de leur prière l .

Pour nous en convaincre, el pour comprendre combien l'Apostolat de la Prière est propre à nous donner auprèsde Dieu un crédit illimité, il suffit de nous rappeler que, suivant la* doctrine catholique, la charité, qui unit Dieu à l'homme, esl une véritable amitié (2). Elle a toujours eu ce caractère, puisque, de tout temps, même sous l'ancienne loi, l'homme a été destiné à jouir du bonheur de Dieu, et à partager tous ses biens. Mais, sous la nouvelle loi, depuis que Dieu est devenu en quelque sorte notre é^ul, et que, en prenant notre nature, il nous a comrauiqué la sienne, les conditions de noire commère»' avec lui

! Obediente Domino vocl bominis. h>- .. \. 11. Voye; s. Ttiomas ?, ;. qi est, w i. art. 1

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sont devenues infiniment plus conformes à celles d'une véritable amitié. Aussi nous a-l-il déclaré, la veille du jour où il allait consommer par sa mort la communication qu'il nous avait déjàfaite de tousses bions, que désormais il ne voulait plus voir en nous que des amis il).

Or, quelle est la nature del'amilié? Est-ce un amour de pure bienveillance? Oui, sans doute, car son nom même repousse tout calcul intéressé, toute idée d'exploiter un ami comme on exploiterait un animal ou un champ. Et pourtant, qui osera dire que l'amitié repousse, qu'elle ne recherche pas les satisfactions qui naissent du commerce intime et des chastes effusions donlelleest le principe? La vérité est, que l'amitié bien comprise exclut la possibilité même d'un pareil doute ; car elle est, suivant saint Denis l'Aréopagite, un lien vivant qui de deux cœurs ne fait [tins qu'un cœur. Elle établit donc entre eux une telle fusion, une telle identité, que chacun des deux s'aime en l'autre, et aiine l'autre enlui-même. Il n'y adonc pas plus d'opposition, dans une véritable amitié , entre l'amour de bienveillance et l'amour de concupiscence, il n'y a pas plus de préférence d'un intérêt à l'autre , qu'il n'y en a dans l'amour que nous nous portons a nous-mêmes. Quand une mère sacrifie ses satisfactions personnelles dans l'intérêt de

1 Jam non dicara vos servos... vos autem dixi amicos.

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