‹ L'apostolat de la priereChapitre 51 sur 84 · JOAN. , W · texte numérisé non relu

JOAN. , W

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son enfant, elle ne eroil pas faire un sacrifice; le vrai sacrifice | elle consisterai! à agir autrement. Ainsi en est-il »!«• t< m i<- amitié véritable: l'ami n'hésite pas à se sacrifier pour Bon ami, parce que, les I liens ci les maux leur étant communs, aucun des demi ne regarde comme une perle pour lui ce <ini est un gain pour l'autre.

Telles s.tnt les lois de l'amitié ; '-lies se réduisent à deux, d'après saint Thomas: amour mutuel, qui de deux cœurs ne (ait qu'un cœur, el communication de biens, qui met en la possession de chacun r>^ que tons les deux possèdent.

Ces lois, Dieu les connaissait, quand il lui a plu de Choisir pour ses amis les hommes misérables et pécheurs. Gomment ne les aurait-il pas connues? Elles n'ont d'autre principe que lui-même et elles ne sont que l"expression des relations ineffables qui unissent les trois personnes divines. Il 1rs connaissait, et il s'\ est soumis tout le premier. Il nous a aimés, il nous a communiqué ses biens, et il est disposé à rendre cette communication de plus en plus complète, à mesure que, de notre côté, nous observerons mieux les conditions du pacte. Les Saints 1rs ont observées

avec toute la fidélité dont la faiblesse humaii st

capable ; ils se sont oubliés eux-mêmes, pour ne plus vivre qu'en Dieu et pour Dieu. Que devait-il arriver, et qu'est-il arrivé? Leur divin ami n'a pas voulu se laisser vaincre en générosité; el pour reconnaître leurs sacrifices, il n'a pas craintde multiplie! les miracles.

Ces miracles, dus aux prières des Siiinis, sonl le résultat nécessaire et naturel de la première et de la plus haute de toutes les lois qui régissent le monde moral ; et en nous plaçant à ce point de vue nous serons autorisés à leur refuser le nom de miracles. Le vrai miracle serait qu'il en fût autrement, et qu'une âme complètement dévouée à Dieu n'obtint pas de lui tout ce qu'elle lui demande. Qu'une pierre soit lancée en haut par la main de l'homme, ce n'est pas un miracle, bien que ce mouvement soit contraire à la nature de la pierre laissée à elle-même ; car ici, les lois de celte nature se trouvant dominées parles lois d'une nature supérieure, il ne pourrait y avoirde miracle qu'autant que celles-cinesoriiraient point leur effet. Appliquons cette notion à la loi de l'amitié, qui a fait prendre à Dieu l'engagement de ne rien refuser à l'homme qui ne lui refuserait rien, et nous comprendrons sur quelle ferme base est appuyée la toute- puissance de l'ami de Dieu.

Il importe donc souverainement de nous demander par quels moyens nous pourrons sortir de nousmêmes, et bien accomplir pour notre part la grande condition de la divine amitié.

Ce moyen est tout trouvé : le plus facile et le plus sûr de tous est la pratique sérieuse et constante de l'Apostolat de la Prière. Par cette pratique, nous oublions en quelque sorte nos propres intérêts, soit temporels, soit même spirituels; et, dans nos préoccupations, la première place est assurée;! la gloire de

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Dieu. Sous prions, nous travaillons, nous souffrons pour des âmes qui nous sont étrangères el même inconnues, uniquement parce que Notre-Seigneur les aime, ri qu'elles doivenl le glorifier pendant l'éternité. C'esl bi< n confondre nos intérêts avec ceux de son Cœur, c'esl bien agir envers lui comme une fidèle épouse envers son époux, comme un ami sincère à l'égard de son ami ; c'esl accomplir le devoir qu'il intima lui-même à Sainte Thérèse, après l'avoir comblée de faveurs ineffables : Désormais '"mute mo véritable épouse, i ousfen : de m<>n honneur voire unique souci. Nous n'en saui ions douter, celle pratique non interrompue esl avec lerenoncement, et plus que le renoncemenl qui la prépare, le grand canaldeslibéralités célestes, le secret pour s'emparer du Tout-l'uissant, l'arl de faire des miracles.

AHTICLE IV.

L'Apostolat de la Prière, source abondante 'le n-iix et de consolation intérieure.

La Toute-puissance est un grand bien pour l'homme, si faible par nature, el l'art de faire des miracles

est un art précieux; niais il est une chose encore plus précieuse et plus désirable : la paix intérieure. La paix est le souverain bien de la vie présente ; c'est ce que tous les hommes cherchent, qu'ils le sachent ou qu'ils ne le sachent pas. La paix est aux

It'.ti l'apostolat

tendances de nuire cœur cl ;ui\ Facultés de notre arae, ce qu'esta une lyre l'harmonie de sescordes, à un vaste édifice, l'équilibre de toutes ses parties, à un mécanisme puissant et compliqué, l'accord de tous ses rouages ; ce qu'est aux globes célestes la correspondance de leurs mouvements. Mais, liélas ! tandis que, hors de nous, l'ordre et la paix régnent partout, combien cet accord de nos tendances est rare, et combien cette harmonie de nos facultés est difficile à obtenir ! Quel désordre règne le plus souvent dans ce mécanisme intérieur ? Comme les rouages se contrarient les uns les autres ! Pourquoi ces ressorts sont-ils tantôt comprimés jusqu'à perdre tout leur jeu, tantôt fatigués et tendus jusqu'à se rompre? Pourquoi ces directions en sens opposés? Pourquoi ces luttes, ces déchirements, cette division en lambeaux d'une substance spirituelle et simple comme Dieu ?

Dirons-nous que l'âme est ainsi punie de l'infidélité dont elle s'est rendue coupable envers son auteur, et du refus d'obéir à la loi glorieuse qu'il lui avait donnée de s'unira lui et de lui devenir semhable en toutes choses ? Mais alors les âmes qui observent fidèlement la loi de Dieu, devront goûter les douceurs de la paix. Et cependant que d'agitations et d'inquiétudes, même dans ces âmes sincèrement chrétiennes ! Combien peu portent au dehors les vraies marques de la paix intérieure? Un grand nombre, au contraire, sont pour elles-mêmes et

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pour les autres * 1 « s c uises de trouble cl de malaise. Où sont-ils, ces pacifiques, ces vrais enfants de Dieu i . donl la paix se répand, comme un fleuve bienfaisant [2 . sur ceux qui les entourent?

S'ils sm.t rares, ne nous en étonnons pas, puisque parmi tant de prétendants à ri h m unir de L'amitié divine, il en est si peu qui en acceptent pratiquement et généreusement les conditions, et qui veuillent s'oublier eux-mêmes pour ae songer plus qu'aux intérêts de leur céleste ami. C'est beaucoup, croit-on, de renoncer aux satisfactions coupables, de l'aire divorce avec la chair et le sang, de se consacrer tout entier à la piété et aux bonnes œuvres. Mais on se relire du tumulte du mondeavec son amour-propre et les recherches de soi-même, qu'on s'imaginait peut-rire \ avoir laissées. L'égoïsme n'est point mort, il n'a l'ait que changer d'état ; au lieu de perdre, il a gagné. On ne lui donnera plus pour aliment ces grossières pâtures qui l'humiliaient sans assouvir sa faim ; il se nourrira des satisfactions les plus délicates, du parfum des plus pures louanges, de l'estime et de l'amitié des plus nobles âmes, du sentiment le plus subtil de sa propre excellence, et îles consolations spirituelles. Qui ne voit que, si celle recherche de soi-même dans la piété n'est pas nue faute grave, elle est néanmoins contraire à celte complète fusion de nos intérêts avec les intérêts

(1) Beali paeilici.quoniam fllii Dei vocabunlur. Mattii., v. 9. v-2 Declinabo super eam quasi fluvium |u is. I s v i . . lxvi, Li.

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de Dieu, qui est la garantie des largesses de ce fidèle ami ?

Ne nous y trompons pas : lanl que nous agirons

de la sorte, il n'y a pas de paix à espérer pour nous. Nous serons en proie à l'inquiétude et au trouble, en proportion de l'empire que nous donnerons dans notre cuHir à l'amour-propre.

Alors, en effet, rien ne peut être pleinement salisfait en nous, ni la nature, ni la grâce.

La nature ne peut pas l'être, parce qu'elle a soif de certitude, de durée, d'infini; or, ces douceurs dont se nourrit notre amour-propre, toutes spirituelles qu'elles sont, ne sauraient jamais être ni infinies, ni certaines, ni durables. Ce n'est plus la boue des plaisirs sensuels, ce n'est plus le luineux éclat des honneurs et des richesses terrestres ; mais c'est encore la créature, et, par conséquent, l'incertitude, l'agitation, le néant, attributs essentiels de toute créature et de tout mouvement qui poursuit la créature. C'est donc en vain qu'on chercherait dans ces jouissances de la piété, la pleine satisfaction des désirs naturels du cœur.

bien moins encore aurait-on le droit d'en attendre la satisfaction des besoins surnaturels que produit en nous la grâce divine. Car si le cœur humain, môme livré à lui-même, ne peut trouver son plein contentement que dans la possession de Dieu, que sera-ce du cœur chrétien, c'est-à-dire, du cœur de l'homme uni au cœur de Dieu, et devenu l'habitation

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de ce divin Esprit qui est l'amour substantiel de Dieu? Gomment un cœur ainsi divinisé pourrait-il être rassasié par un aliment créé, si céleste qu on le suppose? Quel autre bien que 1 >i < *i i lui-même peut apaiser ces Inénarrables gémissements que lr Saint- Espi it fait pousser aux âmes dont il s'empan ? Comment ce divin Esprit, qui ne» nous a été donné que pour nous conduire à L'union parfaite avec

Dieu, c'est-à-dire, pour noua faire sortir de i s-

mèmes, d nous revêtir de la vie de Dieu, pourrait-ilsouffrir que nous nous reposions en ikhis-hiO>inrs, el que nous essayions dégoûter ici-bas les joies et la gloire que nous ne devons goûter qu'au ciel? Gomment pourrait-il nous laisser abuser en égoïstes des (Virils de la mort de notre Sauveur, dépenser et consumer comme des enfants les biens qui uc nous sont donnés que pour acheter Dieu el nous enrichir de sa propre félicité ! Non, non, tant que nous nous méprendrons ainsi sur les vues de Dieu et sur nos vrais intérêts, tant que nous n'envisagerons pas la piété comme un continuel et parfait sacrifice, la grâce ne nous donnera aucun repos. Elle a créé en nous des facultés divines, qui réclament un aliment divin . tant que nous essaierons de les contenter autrement que par Dieu, elles nous feront subir toutes I s tortures de la faim.

Et, pluslesàmes pieuses, qui cherchent autre chose que Dieu, seront du reslc.ornées de vertus éminentes etde dons célestes, plusieurs torturesseronl cruelles.

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Car la jalousie du divin amanl croîl avec son amour, et LesexigencesduSaint-Esprit sont d'autant plus rigoureuses, que ses largesses sonlplus magnifiques. Chaque nouveau degré de grâce esl une im-

pulsion nouvelle qui pousse l'ànic vers Dieu ; c'est un ressort ajouté à un mécanisme déjà très-puissant ; et l'âme ne saurait être infidèle, sans que ses résistances lui causent un désordre semblable à celui que produirait dans le corps humain un membre sorti de sa place, ou, dans les corps célestes, une planète qui dévierait de son orbite.

De toutes ces considérations, il résulte que pour nous la voie de la paix sera celle qui nous conduira vraiment hors de nous-mêmes, et qui nous élèvera, non-seulement au-dessus de la chair et du sang, mais au-dessus de toute recherche personnelle, de toute salisfaction égoïste, de tout amour-propre, môme le plus subtil, de toute cupidité, même la pins spirituelle.

Est-ce là ce que nous offre l'Apostolat de la Prière? Oui : car, ouvrant à nos regards l'immense horizon qui embrasse tous les intérêts de Dieu et des âmes, il nous dit: Tout cela est à vous, parce que tout cela est l'héritage de Jésus-Christ votre frère aîné (1) ; la grande cause qui s'agile sur ce champ de bataille est votre cause, parce que c'est la cause de Dieu votre

(1) Omnia veslra sunt. .. vos autem Cluisti. I. Con., ni, 2-2. 23.

PR la mitai 171

Père el de l'Eglise voire mère. Celle Bphèrc tans

bornes est la Bphère de votre puissance ; il n'< si pas un .-cul poinl dans celle immensité <»n vous ne puissiez atteindre par la prière. C'esl là que vous pourrez déployer à l'aise ce qu'il j a de vaste dans vos désirs, H d'illimilé dans vos aspirations; c'est là que toutes vos facultés trouveronl leur libre exercice; voilà le seul air qui convienne à votre poitrine «lr chrrtien ; partout ailleurs vous étoufferiez. Pour des âmes à qui la grâce a donné des ailes divines, tout horizon horné nepenl être qu'une prison. Poussées qu'elles sonl par le souffle de Dieu, le repos leur est une mort, el toule action restreinte, une agonie.

Ainsi l'Apostolat de la Prière nous tait-il envisager notre position vis-à-vis de Dieu el delà création entière, el nous monlrc-t-il, dans le rétrécissement de notre cœur el rabaissement de nos vues, la vraie cause de Ions nos troubles intérieurs.

Mon âme, comprenez- vous maintenant pourquoi si souvent vous êtes triste, et pourquoi à de courts instants de douces consolations succèdent bientôt l'agitation et le malaise i ? \h ! puisque vousavez enfin compris où sont la sagesse, la vertu el l'intelligence, où sont l'étendue de la viecl l'abondance de la nourriture, où sont la lumière des yeux et la pais

i Quarc Irisîis ps anima mca, cl q tiare conlurbas m i Ps

Hv? L'APOSTOIAI DE LA riUF.UF.

du cœur (I), n'hésitez pas à entrer dans cette voie,

à sortir de vous-même, et à vous remplir de toute la plénitude de Dieu (2).

1 Disce ubi s i t prudentia, ubi sil virtus, ubi si i intelleclus : utsciassimul ubisitlongiturnitasvitaeei victus, ubi sit lumen ocutorum et pax. Bar. m, 14.

.' l'i iinpleaniini inomnem plenituJineni Dei. Km m VQ,

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