‹ L'apostolat de la priereChapitre 52 sur 84 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

A\ mil njjON SOClailS «'•■ I" \ |n»»l olnl «loin l'i'U-i .-.

Il esl impossible que l'Apostolat de la Prière rende aux âmes leur équilibre, et apaise toutes leurs agitalions intérieures, sans apporter , par là même, le plus efficace de tous les remèdes aux agitations et aux désordres <!<• la société.

Ces avantages sociaux, que nous avons annoncés, peuvent naître de deux BOUrceS : de l'esprit de zèle qui est le mobile de L'Apostolat, et de l'< spril de prière qui esl l'instrument de son influence. Une considération un peu attentive va nous en taire comprendre l'importance, tant pour la société humaine en général, que pour les différentes sociétés particulières.

ARTICLE PRF.MIEK

avantagea qui résultent pour la société de la diffusion de l'esprit de zèle.

Jamais on ne s'occupa plus de théories sociales que de nos jours, et pourtant jamais la société ne

fut aussi malade, jamais son org inisation ne fut plus graveinenl altérée, jamais ses bases les plus essentielles ne furent plus sérieusement ébranlées.

Toute société repose sur trois fondements, également nécessaires à sa stabilité et à son bien-être: c'est le dévouement paternel des supérieurs envers les inférieurs, la subordination cordiale des inférieurs à 1'éyard des supérieurs, et l'amour mutuel des divers membres les uns pour les autres.

Ces trois conditions se résument dans la grande loi delà ebarité. Cette divine loi, en s'appliquant aux trois genres de relations qui constituent toutes les sociétés, fait que les supérieurs agissent envers leurs inférieurs comme de vrais pères, et voient dans leur autorité une obligation à un plus grand dévouement ; que les inférieurs, au lieu de maudire leur subordination, accueillent avec amour et reconnaissance la direction qui leur est donnée par leurs supérieurs ; que tous les membres enfin font avec bonheur les sacrifices qui assurent à la société le bien inestimable de la concorde et de l'union. Kst-il nécessaire de prouver que, dans tous les ordres de sociétés, cette harmonie si désirable a été profondément troublée, et que l'égoïsme tend de plus en plus à se substituera la ebarité, dans les relations des membres entre eux, aussi bien que dans les relations mutuelles des supérieurs et des inférieurs?

Sans parler de la société civile dont les bouleversements font encore trembler le sol sous nos pieds.

Dl i a riiiKnE. 1T.S

dans la famille l'autorilé du |»èrc s'abdique elleini me ri B'eflace de plu- eu plus devanl l'insubordination des enfants, cl la voix du sang et de la nature n'.i plus assez de force pour arrêter au cœur des

livres l'li< stililé des intérêts.

s'il < ii es! ainsi de la première «les sociétés, de celle qui sei I il'' base à toutes les autres, ci qui a pour principe l'instinct même de la nature, que sera-ce des sociétés dont les membres sont déjà trop nalureUemenl portés a se regarder comme étrangers, lorsqu'ils ne se regardent pas comme ennemis !

Le mal est donc réel, il est aussi manifeste qu'il est sérieux . Ce qui est loin d'être aussi évident pour nous, c'est le remède qui doit le guérir, et rendre la suite au corps social, quelque mortelles que paraissent ses blessures.

Les chrétiens cependant ne sauraient chercher longtemps ce remède: ils le trouveront dans ce nom divin qui porte en lui le salut des peuples aussi bien que celui des individus, dans le nom de Jésus (1); ils le trouveront dans le sang qui a coulé sur la croix des veines du Sauveur, et qui est resté entre les mains de l'Eglise pour être appliqué, comme un antidote divin, à tous les maux des hommes; ils le trouveront enfin dans son Cœur demeuré présent au milieu de

i Non est in alto aliquo 8 ilu> Nrr eniin aliud noinoii est sut rœlo datum bomtnibus, in quo oporleai nos >iivos Berl. act. . iv, 13.

HR l'apostolat

nous, comme une source toujours ouverte d'amour et de vie.

Tel est, sans aucun doute, le remède souverain préparé et offert par la main de Dieu à la société en péril. Et nous affirmons qu'une des plus heureuses applications qu'on puisse en faire, est celle qui résulte de l'Apostolat de la Prière.

Que faut-il, en effet? Ouvrir les voies à la divine charité, pour qu'elle pénètre les cœurs de son influence, et les pousse vers le but si grand et si élevé que Dieu leur a proposé. Mais les hommes ne se laisseront pas emporter vers ce but magnifique, s'ils ne commencent par y fixer leurs regards; ils ne seront point touchés des grands sentiments de la charité, si leurs pensées demeurent emprisonnées dans l'étroit horizon de leurs intérêts personnels ; et l'égoisme ne périra point, tant que, dans la piété ellemême, le chrétien rapportera tout à lui. Voulez-vous ôter à cet égoïsme toute sa puissance, et briser le charme dont il fascine les pauvres cœurs humains '! Voulez-vous que les sociélés retrouvent leur équilibre, que les supérieurs mettent toute leur gloire à se faire les serviteurs de leurs subordonnés, que ceuxci s'estiment heureux d'obéir, et que tous recherchent, comme un gain, l'occasion défaire des sacrifices pour le bonheur d'autrui ? Remettez à leur place tous ces rouages du mécanisme social ; chose facile, lorsque l'intérieur des âmes aura retrouvé son ordre et son harmonie. Montrezaux divers membres

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des sociétés temporelles, leurs vrais rapports avec la grande société, avec la Camille céleste donl Dieu luimême esl le Père. Faites-leur comprendre qu'à chacun d'eux esl confiée une part des intérêts éternels de cette grande famille, etquc sa récompense, dans une vie meilleure , sera proportionnée, non bu rang qu'il aura occupé ici-bas, mais à sa fidélité et à son dévouement. Faites- leur voir cette terre comme nn point dans l'immense maison de Dieu 1 1 1, el le temps qu'ils] doivent passer, dépositaires ou sujets de l'autorité, riches mi pauvres, Comme un instant perdu dans l'infinie succession des siècles. Forcez-les à ne plus se considérer en eux-mêmes, niais en I)ieu,<jui les appelle à échanger leur néant contre sa perfection souveraine. El dès lors ils ne seront plus tentés de se renfermer dans ce néant; ils cesseront d'être éblouis par l'éclat de leurs richesses onde leur pouvoir, et d'être ahattus par leur état de dépendance ou de dénûmenl ; les supérieurs exerceront humblement l'autorité, et les inférieurs pratiqueront noblement l'obéissance; tous comprendront le prix du sacrilice, et celui-là s'estimera le plus heureux qui aura trouvé l'occasion la plus méritoire de servir Dieu dans ses frères.

■C'est ce que fait l'Aposlolatde la Prière. 11 ne nous permet pas d'arrètci un seul instant nos regards et

1 o Israël, quam m ignaest domas nom i ni. et ingenslocua possession is ejus ! Bar. lu, 24.

17S l'apostolat

nos pensées à L'étroite enceinte des sociétés terrestres

dont nous faisons partie. Semblable au guide qui conduit le voyageur sur une montagne élevée, d'où l'œil embrasse l'immensité de l'horizon, et d'où les inégalités de la plaine disparaissent complètement, l'Apostolat de la Prière nous place à un point de vue si haut et si large, qu'il nous est impossible de tenir aucun compte de la position d'infériorité ou de supérioritéqui nous est faite ici-bas. 11 nous montre le ciel comme l'éternel royaume dont nous sommes tous, au même titre, les héritiers présomptifs ; la vie présente, comme le temps de notre minorité et de notre éducation ; les créatures matérielles, connue nos servantes; les supérieurs, les ministres de l'Eglise, et jusqu'aux anges, cornu. e de charitables auxiliaires établis de Dieu pour nous aidera accomplir notre destinée; Jésus-Christ, comme le seul maître auquel nous soyons tenus d'obéir, et comme le seul juge auquel nous devions l:>us un jour rendre compte de nos actions ; enfin, la gloire de ce divin Sauveur et de Dieu son Père, comme le suprême intérêt qui nous est confié, que nous pouvons tous procurer à un degré égal, quelle que soit ici-bas notre position relative, et dont la poursuite plus on moins fidèle doit être la mesure de notre félicité.

Voilà le divin remède que l'Eglise de Jésus-Christ apporte à l'égoïsme, et par laquelle elle prévient les divisions qui déchirent le corps social, et arment les

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membres les uns contre les antres. C'est l'unique moyen qu'emploie saint Paul pour calmer les dissensions qui se sonl élevées dans l'Eglise de Coi inthe : « D'où viennent les jalousies, leur écrit-il .' Eles-vous donc encore charnels \ Vous laissez- vous encore conduire par des vues humaines ? L'un de voua dit: J'appartiens à Paul ; l'autre : J'appartiens à Apolio Qu'est-ce que cela? Vous considérez-vous donc encore comme des hommes? Qu'est-ce donc qu'Apollo? Qu'est-ce que Paul? sinon les serviteurs deeelui àqui seul vous avez donné votre foi î Chacun d'eux exerce auprès de vous l'emploi qui lui a été confié. L'an plante, l'autre arrose ; mais c'est Dieu seul qui donne l'accroissement. Celui qui plante n'est rien, cehii qui arrose n'est rien ; celui-là seul a droit à tous vos hommages qui fait produire àvos âmes des fruits de salut. De lui srnl celui qui plante et celui qui arrose tirent toute leur vertu, et ils ne sont en lui qu'une même chose; ils sont ses instruments, et ils recevront de lui leur récompense, non suivant leur dignité, mais suivant leur travail. Cessez de vous rabaisser jusqu'à ne voir dans vos supérieurs que des hommes, et à faire de vos rapports avec eux l'< lijet de votre gloire. Sachez que toutes les créatures vous appartiennent, et sont autant de moyens établis de Dieu pour votre salut. Paul, Apollo, tous les apôtres, Pierre lui-même le vicaire de Jésus-Christ, le monde entier, la vie et la mort, les choses présentes et les choses ù venir, tout vous appartient, et vous, vous

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n'appartenez qu'à Jésus-Christ, comme Jôsus-Chrisl lui-même n'appartient qu'à Dieu (t). »

Ce magnifique tableau, le chrétien devrait sans eesse l'avoir sous les yeux, pour apprendre à sortir de lai-même, à substituer les vues de Dieu aux vues mesquines de son amour-propre. Et e'est par ces sublimes sentiments que l'Apostolat de la Prière récompensera les efforts qui l'auront amené à sacritier sou égoisme surnaturel pour ne songer qu'aux intérêts de Dieu. S'il est inférieur, il verra dans ses supérieurs des images vivantes deee Père infiniment bon, qui lui prépare au ciel une gloire éternelle ; et dans ses égaux il verra des associés dont tous les gains doivent augmenter ses propres gains, dont toutes les pertes diminueraient d'autant son propre trésor.

Le chrétien qui s'élève jusqu'à ces sentiments, et qui sait s'y maintenir, peut-il exercer l'autorité sans dévouement et obéir sans amour? Peut-il nepasôtre content de rendre aux hommes les services les plus pénibles? Une société où ces vues seraient constamment présentes, ne jouirait-elle pas d'une paix inaltérable, d'une force invincible, d'un délicieux bienêtre? Une famille, une communauté quelconque, une cité, un Etal, qui seraient fermement établis sur ces bases, n'auraient-ils pas atteint l'idéal de la perfection, et ne trouveraient-ils pas dans l'union de leurs

(1) I. Cor., o. m

r.K LA pu lsi

membres, dans l'ardeur du dévouement dont ils seraient animés, le principe de t<>us lesprogi

Mi ! que n'ouvrent-ils enfin les yeux, ces hommes qui parlent tant de progrès, et qui se sont donné la -rai nie mission d'améliorer l'existence de leurs semblables et de réformi r la société! Ils n'iraient ]>lus chercher dans le pays des chimères le paradis qu'ils révent de ramener sur la terre ; ils le trouveraient au sein de l'Eglise catholique, qui depuis dix huit cents ans rend les sociétés d'autant plus heureuses, qu'elles suivent mieux les grandes lumières de la foi <'t les divines inspirations de la charité,

D'où viennent L'union, la paix, le bonheurqui régnent <laiis les communautés religieuses, au milieu de la pauvreté la plus étroite et des privations de tout genre? C'est assurément l'effet du pouvoir que la charité \ exerce dans lésâmes, de l'abnégation dont elle les remplit pour leurs intérêts individuels, et du zèle ardent qu'elle leur inspire pour la gloire de Dieu et les intérêts de leurs frères. Que l'Aposiolat de la Prière puisse inspirer ces sentiments qui lui sont propres, dans les familles, dans les Etats, dans toutes les associations humaines; et, déli disant l'égoïsme, qui en est la plaie mortelle, il leur donnera une nouvelle vie, et contribuera puissamment a développer tous les éléments de leur prospérité.

ARTICLE II

Avantages qui doivent résulter pour la société" do la dillasiio i de l'esprit de prière.

Cette heureuse influence de l'Apostolat sur la société sera d'autant plus efficace, que l'esprit de prière, principe d'une divine fécondité, se répandra plus abondamment.

La prière, avons-nous dit, respiration surnaturelle, attire dans notre âme l'air du ciel, le souffle de la divine charité, la vie de la grâce. Nous en avons conclu que sans la prière nos âmes ne pouvaient qu'étouffer et périr. Il n'est pas moins certain que sans elle les sociétés ne peuvent ni vivre ni se développer. Tous les liens qui unissent les hommes entre eux, lui doivent leur force et leur élasticité; car ils n'obtiennent leur plein effet qu'en rapprochant l'homme de Dieu, et cette vertu ne peut leur venir que de la prière. De même que l'amour de l'homme pour lui-même l'élève sans cesse vers Dieu, sous peine de le rabaisser au-dessous de sa dignité naturelle; ainsi les rapports qu'il aura avec ses semblables ne pourront lui être vraiment utiles qu'autant qu'ils faciliteront son ascension vers Dieu. Non-seulement la prière est dans la société le principe des biens moraux, de la vraie charité, de la bienfaisance généreuse, du dévouement solide, des saints engagements

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