‹ L'apostolat de la priereChapitre 55 sur 84 · PS. XLIV · texte numérisé non relu

PS. XLIV

ly-2 L'APOSTOLAT

buer aussi efficacement que les antres à sa nourriture et à son bien-être.

Venez le C( rps humain : sont-cc seulement les pieds et lis mains, les yeux et la bouche, qui travaillent pour s i conservation ? Tous les organes n'\ contribuent-ils pas eu commun et sans interruption? 11 est difficile, sans doute, d'expliquer L'action qu'ils exercenl les uns sur les autres; et cependant qui pourrait la nier? Les organes les pins intérieurs, ceux dont le mécanisme et le jeu demeurent inaccessibles à nos regards, sont ceux dont l'action est plus puissante et les fonctions plus importantes et plus nécessaires. Et, même lorsque cette action s'exerce à l'extérieur, le principe en est caché, et c'est par des voies secrètes et mystérieuses, par des moyens el des ressorts qui échappent à nos regards, qu'elle se communique d'un membre à l'autre et se répand dans tout le corps. One pourraient faire les bras, si le coeur cessait un seul instant de leur envoyer par les artères le sang nécessaire à leur entretien ? Que verraient les yeux, si leur communication, avec le cerveau, par le moyen des nerfs, était interrompue?

Puisqu'il en est ainsi pour un corps dont l'existence est tout animale, faudrait-il trouver étrange que dans un corps moral, dans une société toute spirituelle, dont la vie, l'action el la fin sont surnaturelles, les différents membres agissent les nus sur les autres, sans qu'il \ paraisse souvent rien

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*ii dehors? En adm iii ml que c'csl In grâce de Dieu qui l'ait vivre l'Eglise, on ne saurait douter qu'une Ame juste n'ait d'autant plus de pouvoir pour accroître ••cite vie, qu'elle est pli s agréable à Dieu et que ses vertus lui donnenl un plus grand < redit auprès de lui ; et l'on comprend aisément de quel secours doit Pire l'intercession de ces Ames, aux pasteurs et aux ministres de l'Eglise, dans l'exercice de leurs dures et périlleuses fonctions.

Ec tutons Bossuel nous inculquant cette vérité, non-seulement par l'autorité » ï « " son génie, mais par l'autorité bien plus imposante encore de la tradition catholique.

Voici comment s'explique ce grand homme, dans son h - //■ l'unité de l'Eglise : « Souvent, dit

» un ancien Père, 1rs lumières de ceux qui ensei- » gnenl viennent des prières de ceux qui écoutent.

■ Tout ce qui se l'ait de bien datos l'Eglise, et même " par les juste 1rs. se t'ait, dit s tint Augustin, par le » secret mouvement de ces colombes innocentes » qui sont répandues par toute la terre. Ames sim- » pies, âmes cachées aux \eux des hommes, ca- » chées principalement à vos propres \eux, mais

■ qui connaissez Dieu et que Dieu connaît, oùêtes- » vous, pour que je vous adresse la parole? Mais, ■» sans qu'il soi! besoin que je vous connaisse, ce » Dieu qui vous connaît et qui habile en vous, saura » bien porter mes paroles, qui sont les siennes, dans » votre cœur. Vmes humides, âmes innocentes, que

» la grâce de Dieu a désabusées de tontes les vanités • du siècle, c'est vous dont je demande les prières; » en reconnaissance des dons de Dieu, dont le sceau » est en vous, priez sans relâche pour l'Eglise. »

ARTICLE II

L'utilité de l'Apostolat Je la Prière appuyée sur le dogme de la communion des Saints.

Du reste, quest-il besoin d'insister davantage sur ce pouvoir qu'ont tous les membres de l'Eglise de coopérer, en raison de leur degré de grâce et de sainteté, à la conservation de tout le corps et à l'accroissement de tous les autres membres ? Cette vérité fait partie de notre foi, et chaque jour, en récitant le symbole, nous la professons dans cette communion des Saints qui embrasse tous les fidèles.

Ce dogme consolant, mais trop peu connu, n'est que la conséquence du dogme fondamental que nous avons établi plus haut de l'union réelle et trèsintime de tous les chrétiens avec Jésus-Christ. Comment en effet pourraient-ils tous être intimement unis à ce divin Chef, sans se trouver par là môme en communion entre eux:?

Dans un corps vivant chacun des membres ne peut pas être en rapport avec la tête, sans être par là même en rapport avec tous les autres me m-

l'I I V PRIFHE.

bres. iussi exercent-ils les uns sur 1rs autres une influence mutuelle el constante. L'œil dirige les mains et les pieds, tandis que les mains et les pieds se meuvent pour la défense et la conservation de lii'ii. Que la moindre partie soil blessée, tout le corps en souffrira. Le bien-être de chacun des membres réagit au contraire d'une manière favorable sui le bien-être des autres. Ceux qui sont cachés dans l'intérieur du corps et dont l'action est complètement invisible, bien loin d'être exclus de cette communion de biens el de ni,iu\. j ont au contraire une part beaucoup plus large; s'ils souffrent, leurs douleurs suu' bien plus vivement senties par les autres organes, comme leur santé contribue bien plus puissamment à la santé de tout le corps.

Il e\is(e quelque chose de semblable dans le grand corps de l'Eglise, et c'est ce que le symbole des Apôtres exprime par ces mots : Je crois la Communion des Suints.

Ces mots, en effet, signifient que tous les membres de ce corps divin, soit qu'ils possèdent dans la gloire la perfection de la sainteté, soit qu'ils en possèdent la substance dans la grâce habituelle, soit qu'ils n'en aient que le principe dans la foi et la soumission à l'Eglise, sont unis par une véritable communauté d'intérêts; qu'ils forment entre eux, dans le sens le plus strict du mot, une société de pertes et de gains, de sorte que tout accroissement de vie et de sainteté acquis par l'un d'eux reflue sur tous les autres .

comme toute perte encourue par le moindre d'entre eux est ressentie par le pins grand.

Cela est manifeste pour les Saints du ciel. Sans doute, le bonheur de chacun d'entre eux n'a pour objel essentiel e: premier que l'essence divine, et par conséquent est, sons ce rapport, indépendant du bonheur des antres; cependant il est indubitable qu'en outre de cette béatitude substantielle, ils puisent des jouissances infiniment douces dans la société des autres esprits qui contemplent avec eux cette divine Essence, dans la vue de leur beauté, dans l'amour qui les unit ensemble et dans la communication qu'ils se font de toutes leurs joies. Donc chaque nouvel élu qui entre au ciel, augmente pour tous les habitants de ce délicieux séjour la somme de bonheur, et il l'augmente dans la proportion de son propre bonheur ; et les diminutions que sa négligence passée a pu apporter au trésor que Dieu lui avait destiné, sont pour tous les Anges et tous les Saints de véritables pertes.

Ce que nous venons de dire, par rapporta la communication de la gloire, des membres de Jésus- Clins! déjà parvenus aux splendeurs de la patrie, est également vrai, par rapport à la grâce, des membres de ce même corps cheminant encore dans les ombres de l'exil.

La grâce, en effet, nous l'avons dit, c'est le commencement de la gloire ; c'est la vie divine dans sa croissance et dans ses luttes, comme la gloire est cette

Dl i v phif.uk. W

même vie dans sa plénitude l'ismi repos; mais dans deux états ce ll< vie se communique ég dément, dans lecorps de Jésus-Christ, du Chef aux membi et de chacun des membres à tous les autres. Si donc un membre vientà mourir de la mort du péché, la leur el la be uité du corps entier en sont ultér* es comme est altérée la santé d'un homme robu (loni nn bras a été frappé de paralysie. Au contraire, iimle ces membre» morts vient-il à revivre; acquiertil, comme un Augustin ou un Ignace, des fora s plus qu'ordinaires et une sainteté héroïque, le corps tout entier renaît avec lui el se seul pénétré d'une nouvelle vigueur.

Cette dépendance si étroite des membre- de l'Eglise, les uns à l'égard i\r<. autres, suffit à (dit1 seule pour démontrer la légitimité d'une institution qui a pour but de ranimer et d'accroître le zèle de tous pour l'intérêt commun, de faire comprendre au plus fort le besoin qu'il a <l< secours et au plus faible la puissance dont il est revêtu pour fortifier ses frères ; d'établir une collecte universelle dans laquelle tous, riches et pauvres, iront puiser par la prière, dans l'inépuisable sein de la divine bonté, des ricin dont ils accroîtront le trésor commun.

L'utilité d'une pareille institution va ressortir bien mieux encore d'une considération plus attentive des besoins de l'Eglise et de la nature précise de cette communion des Saints que nous venons d'exp

dans son ensemble.

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Le grand besoin de l'Eglise, c'esl la prière, c'esl en effel par la prière que ce corps divin s'élève audessus de l'atmosphère terrestre, au sein de laquelle il accomplit son épreuve, pour respirer son air natal; la prière est le canal par où S3 répandent les grâces qui alimentent sa vie. Plus il y a de prières dans l'Eglise, plus elle est forte; plus la prière diminue, plus l'Eglise languit : elle mourrait le jour où, par impossible, ses membres cesseraient de prier.

Or, cette fonction vitale de la prière, si douce et si facile par elle-même, tout ici-bas tend à nous la faire négliger. Le simple chrétien vivant dans le monde en est détourné par ses affaires; le religieux retiré dans la solitude, rencontre trop souvent dans l'activité de son esprit des obstacles à son accomplissement; le prêtre en trouve à peine le temps au milieu des fatigues et des distractions de son ministère. .Malheur à nous, malheur à l'Eglise entière, si nous venions à céder devant ces obstacles ! Maintenir dans son sein l'esprit de prière, c'est pour elle, nous l'avons dit, une question de vie et de mort. Donc c'est lui rendre le pluséminentde tous les services que de propager cet esprit, d'inculquer à tous l'importance capitale de cette fonction, de promouvoir la formation de ces organes de prières dont nous avons parlé plus haut, c'est-à-dire de ces âmes qui consacrent leur vie entière à faire ce qu'un si grand nombre de chrétiens oublient entièrement, et qui

de la raii IW

rétablissent ainsi l'équilibre que "i oubli funeste tendrait ô renverser.

El ici qu'on nous permette de flétrir en passant L'incroyable avi uglemenl de ces chrétiens qui se permettent de révoquer en doute L'utilité des instituts religieux consacrés uniquement à la prière.— \ quoi servent, disent-ils, ces maisons dont Les habitants passent leur rie entière dans le repos de l'o" raison? Dieu nenousa t-il pasmissurla terre pour travailler? ne nousa-t-il pas imposé Le précepte du travail après notre chute? n'est-ce donc pas tomber dans L'excès que de consumer sa vie dans Les gémissements de la prière?— Eh bien! oui : c'est tomber dans un excès, convenons-en; c'est du moins s'écarter de la règle générale, par une exception < j ni ne saurait se multiplier outre mesure; mais cet excès, si «Vu e>i on, n'est-il pas nécessaire pour corriger un excès infiniment plus funeste'.'' Si l'homme est l'ait pour fatiguer son corps par le travail, il est t'ait aussi pour exercer son àmc par la prière ; la santé du corps social et de l'Eglise en particulier, exige que ces deux fonctions soient remplies avec une fidélité égale, que la prière élève les cœurs en haut, tandis que le travail courbera les fronts vers la terre. De ces deux fonctions, lapins importante, sans contredit, celle qui pousse la société vers sa perfection, est oubliée par la plupart des hommes. Ne faut-il pas que leur félonie suit réparée, et que d'autres, so dévouant à leur place.

jeltenl loni le poids de leur prière dans la balance que tant d'autres travaillent, par l'oubli de ce devoir, à faire pencher du côté delà mort?

Nous avons ajouté qu'une détermination plusprécise du dogme de lacommunion des Saints nousaideràità mieux comprendrel'ulilitéde l'Apostolat de la Prière.

Quels sont ces biens surnaturels que les chrétiens possèdent en commun y De ce qui a été dit au commencement de celle seconde partie, il résulte que les biens surnaturels sont de plus d'une sorte : ce sont d'abord les mérites proprement dits, fruits des actes surnaturels et proportionnés au degré dans lequel chacun possède la grâce sanctifiante ; ce sont ensuite les satisfactions que chacun estenétatd'offrir à la justice divine en échange des châtiments que ses fautes auraient mérités : ce sont ensuite les grâces actuelles qui donnent la force de faire des actes surnaturels et d'acquérir des mérites; ce sont enfin les consolations el faveurs surnaturelles.

Tous ces genres de hi«?n sont-ils également l'objet de lacommunion des Saints? Non : le premier, c'està-dire les mérites proprement dits, sont la propriété inaliénable de celui qui les acquiert ? Jésus- Ghrist seul, qui n'avaitrien à gagner pour lui-même, a pu nous communiquer ses mérites. Quant à ses membres, ils n'ont rien acquis dont ils n'eussent besoin pour eux-mêmes et qui ne leur soit pleinement rétribué dans la gloire céleste.

La communion des Saints se borne donc aux trois

Iif I V PRIKR1 tOl

autres genres de biens surnaturels, c'est-à-dire aux satisfactions, aux consolations etau ictuelles<

Mais ces trois sortes de richesses sont loin d'êtr (rime importance égale : les consolations, se bornant au « nuit esp ice de celte vie, peuvent être sacril Bans que l'âme en souffre un détriment substantiel. Il « h est de même des satisfactions, quoiqu'elles aient un prix beaucoup plus grand, en tant qu'elles peuvent délivrer des châtiments si douloureux <!u Purgatoire et hâter le moment de notre entrée au ciel. Cependant leur eflet ne s'élend pas au-delà d'un pace de lemps plus ou moins boi ué ; du reste, elles n'ajoutent pas par elles-mêmes le moindre degn gloirç éternelle au trésor de celui à qui elles ont été le plus abondamment communiquées. Les grâces actuelles,au contraire, en nousdonnantla forcede faire desactes méi itoires eten nous permettant d'augmenter U' nombre et |(> pi i\ de ces ^c tes à mesure qu'elles croissent elles-mêmes en intensité, étendent leur influence sur l'éternité tout entière. D'où nous devons conclure que de tous les genn s de biens «pic la communion des Saints nous permet de nous procurer les uns aux autres, les grâces actuelles sont incomparablement les plus précieus

Or, quel est le but de l'Apostolat de la Prière, sinon de stimuler le zèle des chrétiens et de les presser d'obtenir pour leurs frères plus délaissés ces grâces actuelles sans lesquelles ils ne peuvent ni sortir de leur tombeau, ni marcher dans les voies de la vie?

C'est dire que cet Apostolat esl la réalisation la plus complète du dogme de la communion des Saints; c'est dire en même temps que nous ne pouvons rien faire de plus utile pour la conservation de l'Eglise, que d'embrasser résolument et de pratiquer généreusement cet Apostolat.

Que si, à ces motifs, il fallait en ajouter un autre plus saisissant, je dirais : Jetez les yeux sur l'Eglise, et que l'état de langueur et de soufirance auquel est réduit le corps mystique de Jésus-Christ vous fasse comprendre qu'il est en proie, à quelque désordre organique. Ne voyez -vous pas tous ces fronts penchés et tous ces cœurs flétris, ces autres membres agités par un frisson convulsit et se brisant les uns contre les autres? Ne pourrait-on pas dire de ce corps mystique du Fils de Dieu, ce qu'Isaïe disait de sa chair mortelle, que depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il y a à peine en lui une partie saine? Que lui est-il donc arrivé?

Ah ! il lui est arrivé ce qui arrive dans le corps humain, lorsque certains organes s'affaiblissent et ne remplissent qu'à demi leurs fonctions ! Le corps entier languit, et tous les autres organes souffrent, Jusqu'à ce que l'on ait, par des stimulants salutaires, réveillé la vie où elle commençait à s'éteindre. Devons-nous nous étonner que le grand corps de l'Eglise soit si éloigné de posséder cette plénitude de vie que son divin Chef est venu lui apporter, lorsque nous voyons, à côté de tant de membres complète-

I ' t LA l'NlKl.

iik-iii paralysés, les membres vivants eux-mêmi - Bi souvent oublieux de leurs devoirs à l'égard de loul le corps? On ne peut remédier à ce désordre qu'en excitant d'abord le zèle de ces chrétiens, en les poussant à ne pins vivre pour eux-mêmes, mais | our le corps à qui ils doivent tout ce qu'ils sont. Par eus la vie se répandra peu à peu dans les parties que la mort avait gagnées, les fera agir dans le même sens3 et de cette action commune résultera pour L'Eglise entière une santé tons les jours plus vigoureuse

ARTICLE lit.

Utilité •!<• i Apostolat de la Prière t>- > . : r la défense ei l'accroissement <!e l'Eglise.

Toutefois ce corps divin n'est pas seulement destiné à conserver la vie que son Chef lui a acquise par sa mort, il doit la communiquer aux hommes qui ne l'ont pas encore ; c'est là le luit de son existence terrestre. In jour viendra on, nyant atteint son plein développement, il n'aura plus qu'à jouir dans le ciel du bonheur et de la gloire qui sont tins au corps d'un Dieu; mais il en est maintenant à sa période de croissance. Tant qu'il sera sur la terre, il ne pourra Vivre qu'à la condition de s'étendre toujours, en s'assimilanl de nouveaux éléments. Accroître et réparer la vie des âmes qui lui ont été incorporées parle bap-

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