D1 LA PI I
mcmbr s qui lui onl été incorporés par le baptême.
Cette double mission extérieure, l'Eglise l'exerce par une hiérarchie spéciale et parle mjnistèrc extraordinaire des ouvriers apostoliques. Ces hommes héroïques, que rinépuisabi ■ fécondité de son divin Epoux fait chaque jour naître de son sein, elle les presse avec amour contre son cœur, elle les arme du seul glaive de la parole el les envoie combattre toutes les oppositions de la chair et toutes les puissances ink maies. Qui dira 1rs travauxqu'endurentees généreux apôtres, !■•> épreuves auxquelles ils sont soumis, les dangers auxquels ils sont continuel) ment exposas, 1rs douleurs que leur cause l'enfantemenl des âmes? Qui n'a entendu leurs gémissements et leurs cris de détresse ?
Ah! c'esl ici surtout que l'Apostolat de la Prière sera bien venu. A ces laboureurs courbés sur un aride sillon . consumés par la chaleur, épuisés par la fatigue, il enverra une rosée bienfaisante, qui, en rafraîchissant leur poitrine, rendra le sol plus docile au soc de h eharrue. Sur ces chasseurs d'Ames, luttant contre une multitude de hèles férocontre des légions entières d'esprits infernaux, les prières de leurs frères feront descendre du Ciel des grâces abondantes, qui augmenteront leur courage, renouvelleront leurs forcesel mettront en fuite leurs ennemis. 11 n'en est pas un seul, parmi ces ouvriers apostoliques, qui déjà n'ait éprouvé d'une manière sensible cette secourante influence des
prit rcs de leurs frères; il n'en est pas un qui ne suit disposé à rendre témoignage, avec saint Frai Xavier, à ces effets presque iniraeuleux de la communion des Saints (i). Mais combien ces effets seraient plus heureux, combien cette expérience serait plus douce et plus fréquente, combien leurs succès seraient plus considérables, si tant d'âmes saintes qui, dans le monde ou dans la solitude, ne songent guère qu'à leurs propres intérêts, prenaient en main avec plus d'ardeur le tout-puissant levier de la prière et aidaient, par ce facile apostolat, l'apostolat si douloureux de la prédication et du martyre !
Ah ! si nos paroles ne sont pas assez éloquentes pour faire comprendre à ces âmes l'importance de ce devoir, qu'elles écoutent une voix dont elles ne sauraient récuser l'autorité, la voix de sainte Tbérèse. Qu'elles l'entendent leur dire que si elles veu- \q\\\ contenter Dieuen quelque choie, elles doivent s'occupera prier pour les prédicateurs, pour les défenseurs del'Eglise. et pour les hommes savants qui soutiennent sa cause et s'efforcent d'arrêter les ravages de l'hérésie, a 0 mes filles en Jésus-Christ, leur crie-t-elle, aidez r, moi à prier Noire-Seigneur de vouloir remédier à » un si grand mal! C'est pour ce sujet que nous » sommes assemblées ici, c'est l'objet de notre vocay> tion, c'est le juste sujet de nos larmes, c'est à quoi » nous devons nous occuper, c'est où doivent tendre
1, Lettres de saint François-Xavier, pasHm.
DE iv rnn m -'""
r (mus ii"v il. t ce que nous devons sans
» cesse demander a l » i « • 1 1 (!),»
A celui qui ne comprendrait pas ce lang relui que ces paroles brûlantes laisseraient froid el indifférent, nous n'aurions rien à «lire, sinon qu'il se flatte étrangement, s'il croit aimer véritablement Jésus-Chrisl son Sauveur, les hommes qui sont ses frères, el l'Eglise qu'il nomme sa Mère.
\i;lli I E [V.
l'Utile de l'Apostolat de la Prière pour fa re natire et développer les vocati -us apostoliques.
L'Apostolat de ta Prière contribuera d'une manière peut-être plus efficace encore à l'accroissement et à la défense de l'Eglise, eu suscitanl des coopérateurs
cl des émules à ces admirables ouvriers.
Ne peut-on pas espérer, en effet, que le germe précieux du zèle, fécondé par la prière et se développant toujours davantage dans le cœur des Associés, \ excitera et fortifiera le désir des missions, et que plusieurs se sentiront appelés à partager les travaux si utiles des apôtres? Le nombre toujours eroissant des membres du clergé, et l'esprit apostolique qu1 semble agiter plus qu'en aucun temps, les prêtres el les laïques eux-mêmes, ne promettent-ils pas aux
; s " i m m ■ -r. i.ii'- m m de la perfection, ebap. !.
! kPOSTOLA I
missionnaires de nombreux ronforls, une postérité florissante?
Donc, tourner les pensées et les actions des membres tic l'Association du côté dés missions étrangères, pénétrer de L'importance et de la grandeur de cette œuvre, non-seulement les jeunes lévites, les élèves des maisons d'éducation, mais encore les mères chrétiennes qui eut tant d'influence sur la vocation de leurs enfants, c'est rendre incontestablement un éminent service à cette belle œuvre, aux peuples infidèles dont elle est le salut, et à l'Eglise dont elle est la gloire. C'est coopérer à la grâce de Dieu que de montrer à tant de nobles cœurs qui peuvent se distinguer dans cette magnifique carrière, les rivages lointains sur lesquelsleurs frères sont aux prises avec l'erreur, et de fixer leur attention sur ces nations mallieureuscs, encore ensevelies dans les ombres delà mort, et qui, tendant les bras à leurs futurs libérateurs, semblent leur adresser cette parole louchante: Traversez les mers, cl venez à notre secours ( I .
Que d'àmes appelées à de grandes choses ne paraissent pas soupçonner leur fécondité, et consument dans de vaincs préoccupations des trésors de dévouement et d'énergie!
L'Apostolat de la Prière pourra les révéler à ellesmêmes, en faisant retentir à leurs oreilles ces cris déchirants de l'apôtre des Indes: «Combien ils se trom-
L}Tram.iens .adjuvanos. Act. xvi, 9.
DE LA fRlIRE. KM
» peut dans leur- calculs, ces infortuné* qui ne font » servir qu'à leur avantage particulier les talents et » les connaissances que Dieu leur avail donnés pour i le bien de leurs frères ! Quel compte n'auront-ils »> pas on jour à rendre, et de ces connaissances el de lents ! Que de fois il m'est venu d ins l'idéede » me transporter en Europe, dussé-je j passer pour bu, ••! de parcourir les académies, el surtout celle » de Paris, pour crier A lous ces savants qui ont plus » de doeti ine que de crainte de l»i< u : C'esl par votre s faute (prune multitude Innombrable d'Ames sont d exclues du royaume des cieux et sonl plongées » dans 1rs abîmes éternels
AUTICLF V.
Ulilité de l Ipostolat de la Prière npur resse-r ries liens qui unissent tous les membres de l'Eglise.
Enfin un pareil concours <le prières doit avoir pour résultat de réunir el de confondre dans un même sentiment ions les cœurs catholiques.
La pins grande gloire de Dieu, lesalutdes&mes, tel est le luit de tous les efforts des Associés, le terme unique de tous leurs vœux. L'union de prières fortifiera en eux el resserrera les liens de la charité. I>ès lors, plus de ces rivalités jalouses, plus de ces défiances, plus de ces susceptibilités mesquines qui amoindrissent el qui paralysent trop souvent l'action de
210 i.'apostolu
leur gèle. Au lieu de ces plantes de discorde, on voua se multiplier, s'entrelacer et s'étreindre les rameaux a igoureux et féconds de la vigne é van gélique. Tous les corps religieux, toutes les associations pieuses, tons les ouvriers de Jésus, sincèrement désireux déporter en lui du fruit, n'auront qu'un même esprit et travailleront avec un admirable concert à procurer la gloire de leur commun Maître et le bien de leurs frères; et les fidèles, de leur côté, concourront à la même fin avec leurs pasteurs. Que ne peut-on pas se promettre de tant d'efforts si bien combinés !
Ces considérations doivent suffire pour faire comprendre combien l'Apostolat de la Prière est tout à la fois dans l'esprit et dans les intérêts de l'Eglise. Si l'Eglise n'a pas d'autre mission que d'établir le règne de Jésus-Christ, de sanctifier les âmes, d'amener les infidèles à la connaissance de la vérité et les pécheurs à la vie de la grâce, d'unir ensemble, par les liens de la foi et de l'amour, tous les enfants de Dieu (1) aujourd'hui divisés en mille sectes rivales et en mille partis hostiles, rien assurément ne pourrait mieux l'aider à accomplir cette mission, qu'une œuvre dont le but est de placer devant les yeux des chrétiens ces immenses intérêts, et de les pousser à utiliser pour leur triomphe tout ce qu'ils ont d'énergie et tout ce qu'ils peuvent acquérir de mérites,
(t) Ut filios Dei, qui erant disper^i. eongregaret in unum
JOAI». XI. ô2.
m i \ NUI nr 211
toutes leurs prières, toutes leurs actions, tous leurs sacrifices, loutes leurs souflrances libres ou involontaires. Que de forces perdues, que d'efforts stériles, que de facultés paralysées, que d'âmes mécontentes d'elles-mêmes, que de dons naturels et de grâces surnaturelles rendus infructueux, retrouveraient leur fécondité, leur emploi, leur contentement, si cette œuvre était universellement adoptée ! Quel accroissement d«' rie dans le corps <1< l'Eglise ! Quelle satisfaction pour le Cœur de Jésus, pour ce Cœur qui esl venu jeter le feu sur la terre, et qui depuis <li\- Imii siècles désire uniquement, hélas ! el vainement, de l'en voir tout entière embrasée (1) Si un verre d'eau donné à ses apôtres, vaut au chrétien qui soulage ainsi leur fatigue la récompense des apôtres (2 , quelui vaudra l'aumône de la prière el de la grâce surnaturelle qui en est le fruit? Aider de la sorte ceux qui se dépensent pour le salut <l<-s âmes, c'est travailler avec eux à donner à Jésus-Christ le complément <pii lui manque. Car l'Eglise est, d'après saint Paul, le complément de Jésus-Christ (3 , et c'est Jésus-Christ lui-même qui s'accroît quand l'Eglise s'accroît. Et voilà notre souveraine gloire, il<- pou-
1 [gnem veni mitlerein lorrain, et quid volonisiutaccendatur? LUC. xn. 49.
(S) Quisqais potam dederit vobis calicem aque in nomine meo.quia Chrisli estis; amen dicovoliis, non perdetmercedetn suam. Marc, ix, 40.
(3) Ecclesiam quae efl corpus ipsius, et plenitudo ejns, qu' omnia la omnibus adimpletur. Eph. i, î3
III L'ATOSTOLV!
voir, en vertu de noire union avec ce divin Chef, contribuer, suivant la mesure de la grâce qui nous a été communiquée, à lui donner de nouveaux membres (1). Quel honneur, en effet, pour une créature, que de pouvoir, en quelque manière, rendre à son Créateur l'être qu'elle a reçu de lui, le perfectionner comme il la perfectionne, et lui assurer éternellement dans ses membres un bonheur tout semblable à celui qu'elle attend de sa libéralité!
ARTICLE VI
Conclusion. L'Apostolat de la prière, gage assuré de prédestination. Sentiment des Saints au sujet de cet Apostolat.
Terminons l'exposé des avantages individuels et sociaux de l'Apostolat de la Prière en indiquant le plus précieux de tous. Nous n'bésitons pas à l'affirmer : cet Apostolat pratiquéaveeferveuret constance, donne au chrétien cette bienheureuse assurance qui a été l'objet de toutes les ambitions des Saints, l'assurance de son éternelle prédestination. Comment concevoir, en effet, que Dieu pût précipiter
(1) Crescamus in illo per omnia, qui estcaput Christus, ex quo totum corpus compactum, et connexum per omnem juncturam subminislrationis.secundum operationemin mensurani uniuscu jusque membri, augmentum corporis facil in iediûcationem sui in charitate. Eph. iv. 15,16.
I>K LA NllJtlIt.
dans l'enfer celui qui |>ai ifices el ses pr
en aurai I préservé une foule d'âmes? Comment le éleste pourrait-il exclure ison celui
qui aurail augmenté sa famille de plusieurs membres? Comment Jésus-Christ, donl ce chrétien aurail fécondé le sang el exaucé les plus ardents désirs, pourrait-il le confondre dans une même répi ni talion avec < eux qui <>ut travaille à perdre les âmes et foulé aux pieds ^ divin?
s'est-il pas engagé à admett eà la possession d royaume tous ceux qui l'auront nourri, abreuvé, revêtu et visité dans la personne du derni rde s s frères? Si telle est la récompense assurée aux œuvres de miséricorde corporelle, <-<>iiil>i«*ii plus magnifique el combien plus certaine scia la couronne décernée aux œuvres bien plus méritoires de miséricorde spirituelle ! N'est-ce pas surtout dans la personne des pauvres pécheurs que le divin Sauveur est affamé? N'est-ce pas en eux qu'il a soil? N'est-ce pas en eux qu'il est dépouillé? N'estce pas en eux qu'il est réduit à la plus dure des servitudes? N'est-ce pas en eux qu'il est mort? Cette mort du péché qu'il souffre (luis les membres de son corps mystique n'est-elle pas pour lui le pins affreux de tous lis tourments? N'est-ce pas pour lui échapper qu'il a offert à Dieu au jardin des ( >li\es ses prières et ses supplications, aceompagni rrisaigusel de larmes abondantes (1)? N'est-ce pas
1 liinn
pour en êlre délivré qu'il a sacrifié sa vie Naturelle
et qu'il eût élé disposé, s'il l'eut fallu, à souffrir mille morts? Combien grande ne sera donc pas sa reconnaissance envers ceux qui, par leurs prières et leurs sacrifices, l'en délivreront effectivement, cl avec quel amour ne leur dira-t-il pas: Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde; car fêtais awrt, et cous m'avez ressuscite.
Il n'y a donc plus à hésiter : il faut embrasser avec amour ce qui est si glorieux pour nous, si agréable au Seigneur, si utile à l'Eglise et aux âmes. Ainsi marcherons-nous sur les traces des Saints de tous les âges, et obéirons-nous à leurs plus pressantes recommandations.
« Dieu, dit sainte Catherine de Sienne, prend » tant de plaisir aux services que l'on rend à son » Eglise, que nous n'avons pas de termes pour » l'exprimer, surtout quand ces services viennent » d'un pur zèle pour son accroissement et son exal- » talion.» — «Je vous invite, écrit-elle ailleurs à un » saint prêtre, à vous dévouer courageusement au » service de la sainte Eglise. Je fais la même prière » à ceux qui sont dans votre compagnie, et je vous » conjure tous de vous employer avec une sainte > et pure intention à procurer le bien de l'Epouse » chérie de Jésus-Christ : il n'y a pas sur la terre de d travail qui soit plus consolant et plus utile (I).»
(1 Vie de saiiile Catherine, liv. II, chap. xvi édition de Lyon.
il LA Hll -1'.
Aussi s'offrit-elle à Dieu pour expier par & souffrances les péi liés du peuple i hrétien. Smi saeriflce plut au ciel ; on la vit en proie à d'indicibles douleurs eteu hutte aui persécutions des démons qui déchargeaient but elle leur fureur et leur im Elle iif laissail pas pour cela de prier. Chaque jour, tandisqu'elle était à Rome, elle se rendait à la basilique de Saint Pierre pour j représenter au Seigneur, par la médiation de ce puissanl apôtre, les besoins de la catholicité, i Là, disait-elle, je » travaille dans la nacelle de l'Eglise. » — ■Très- » saint Père, écrivait-elle au pape Urbain VI, je » brille de donner mon sang, ma vie, la moelle de » mes os pour la sainte Eglise, tout indigne que » j'en suis il).»
Notre-Seigneur apparut un jour à sainte Gertrude, portant sur ses épaules un grand el magnifique édifice, c Voyez, lui dit-il, avec combien de travaux, » de sueurs et d'inquiétudes je soutiens cet édifice, » qui n'est autre que la religion. Elle penche vers u sa ruine dans tout l'univers, parce qu'il se rencon- » tre peu de personnes dans le monde qui veuillent » faire ou souffrir quelque chose pour son entre- » tien et son agrandissement. Il faut que vous entriez » dans mes sentiments et que vous portiez une partie » de ce fardeau; car tous ceu\ qui s'efforcent par » leurs paroles et leurs actions d'étendre la religion,
l Vie de sainte Catherine, tiv. il, ebap. ivi.
L'àPOSTOI ', !
» sont autant de fortes colonnes qui soutiennent » cette sainte maison, et me soulagent en parta- » géant avec moi la pesanteur de cette charge (t).«
De tout temps les âmes dévouées à Dieu se sont empressées de lui donner ce soulagement.
« Je fais en esprit le tour du monde, disait la » vénérable Marie de l'Incarnation (Ursulinc), pour s chercher toutes les âmes rachetées par le sang » précieux de mon divin Epoux; je les présente à » i ieu le l'ère par Jésus-Christ, et par ce divin » Médiateur je sollicite leur conversion
Sainte Magdeleine de Pazzi, enflammée d'un saint zèle, présentait cinquante fois par jour à Dieu le sang de Jésus-Christ pour les pécheurs. Consumée du désir de leur conversion: « Quelle peine j'éprouve, ù » mon Dieu, s'écriait-elle, quand je vois que je pour- » rais être utile à vos créatures, en donnant ma vie » pour elles, et que je n'ai pas la liberté de le faire!» Dansloussesexercicesde piété, ellerecommandait les pécheurs à Dieu, et presque à toute heure elle priait pour eux; souventelle se levait lanuitet allait devant le Saint- Sacrement demander leur conversion. Comme on l'interrogeait un jour sur la cause de ses larmes: «Je pleure, dit-elle, parce qu'il me semble » que je ne fais rien pour le salut des pécheurs.» Elle priait spécialement pour les prêtres, qui, à rai-
(1) Vie de sainte Gertrude, liv. I, ch. ix Yvliiion Je Lyon; -' Vie delà vénérable mère de l'Incarnation, ch. x
t>r m nui m, 81"
son de leui sublime vocation el de leur saint ministère, doivent avoir la p.irt principale dans l'œuvre de la sanctification d*s Ames.
Nous retrouvons ces sentiments dans une de nos plus saintes contemporaines, madame EMvièr, foridatrice de la Congrégation dite de ;*' Présentation. t Je ne saurais être en repos, ô mon Dieu, disait-elle, » tant qu'il y aura uu coin de terre où vous ne i serez pas connu et aimé. Je n'ai pas d'autre con- » solatinii que de pleurer sur mes péchés et sur t ceux de tout le inonde; et quoique j'aie alors le i cœur oppressé par la douleur, je ne changerais » pas la satisfaction que je goûte en cel exercice "pour toutes les joies du monde, ni même pour » toutes les extases et les douceurs delà dévotion (t),»
Tels étaient aussi les sentiments d'une autre héroïne de nos jours, madame de Lamouroux, fonda iri.v de la Maison de la Miséricorde^ à Bordeaux. Dès l'année 1S17 elle réalisait dans sa communauté l'association dont nous avons tracé le plan, par les saintes conventions qu'elle sut ménager entre sa maison et les divers apôtres qui partaient de Bordeaux pour les missions étrangères (2).
« Tous ceux qui aiment vraiment Dieu, dit saint » Liguori, ne cessent de prier pour les pauvres » pécheurs. Est-il possible d'aimer Dieu, de voir
(1) Vie de madame Rivier, p. 316.
. Vie de madame de Lamouroux. liv. VIII. chap vu.
» l'amour qu'il porte aux âmes, de considérer toul » ce que Jésus-Christ a l'ait et souffert pour elles, le » désir qu'il a que nous priions pour les pécheurs, » et d'être indifférent pour un si grand nombre de » malheureux esclaves du démon, et de ne pas conjurer le Seigneur qu'il les éclaire et leur donne » la force de sortir de leur funeste état (1)? »
Mais voici des paroles plus significatives encore: c'est le plus grand docteur de l'Eglise grecque, saint Jean Chrysostome, qui va nous prouver que l'Apostolat de la Prière ne fait que mettre en lumière, sous un nom nouveau, une pratique regardée de tout temps, dans l'Eglise, non-seulement comme trèsméritoire et très-parfaite, mais encore comme strictement obligatoire.
« Si quelqu'un, dit-il, veut plaire à Jésus-Christ, » qu'il prenne soin de ses brebis, qu'il s'efforce de » procurer le bien public, qu'il travaille à assurer » le salut de ses frères. L'emploi le plus agréable à » Dieu, la plus grande preuve d'amour et de devoue- » ment à Jésus-Christ, c'est le soin que l'on prend de » ses frères, et les travaux que l'on embrasse pour » les sauver. Que tous le comprennent donc; qu'ils » l'entendent aussi, ces pieux solitaires qui se sont » retirés au sommet des montagnes désertes, afin » d'y mener une vie crucifiée, séparés du monde et » morts à toutes les choses créées; qu'ils aident se-
(1) De la Prière, chap. m.
!>K LA l'HIl lli -M'.'
ion leur pouvoir les pasteurs >l<' l'Eglisi . el qu'ils ichenl bien que s'ils ne tiennent au secours (!«■ r> ceux qui soûl exposés à tanl de dangers, s'ils n'em- » ploient toutes les ressources donl ils peuvent dis- ■ poser, pour les soulager au milieu des travaux » et <!rs sollicitudes sous lesquelles ils succombent, i leur vie est sans mérite SUS \eu\ de Dieu, et * toute leur sagesse n'est qu'illusion. Soientes quod » nisi modis omnibus opittUentur Us qui totpericulis i objiciunturper graliam Dei,totquenegotiorum eu- » ras sustinent, quibuseumque posnmt ratêonibus y> ai/xi/icntur, quanquam procul habitantes, et iric- » fus sors ipsis periii et tota in scopulvm i/mpegit » sapienHa 1 1 }.•
Et ce n'est pas seulement dans la loi nouvelle que les amis de Dieu ont soupiré après le complet avènement de son règne; c'était l'objet des ardents désirs de tous les justes de l'ancienne loi. « Tous, «nous dit saint Paul, tenaient les yeux fixés sur » l'avenir dans l'attente des promesses (2). »
» 0 Dieu, s'écriait le Prophète-Roi, que tous les i> peuples vous reconnaissent, que toutes les nations d vous servent et vous adorent; que celui qui est la » voie véritable et le salut qui vient de vous, soit » connu de toute la terre (3). »
(1) Sermo de Sancto Philogonio.
(t) Defuncti sum omnes isli, non acceptisrepromissionibus, sed a longe eas aspicientes et satinantes. Hebr. xi, 13- [8) Ut cognoscamus in terra viain tuani. in omnibus gentibns
I 'apostolat
El à mesure que la nuit s'avançait et que le soleil de justice se rapprochait de l'horizon, les vœux qui appelaient sa venue devenaient plus ardents. Ecoutons cette prière du fils de Sirach, que l'Eglise a choisie de préférence aux textes du Nouveau-Testament pour en faire l'épitre de la belle messe votive pour la Propagation de la Foi. Difficilement nous trouverions dans les saints Livres une page où fussent exprimés d'une manière plus touchante les sentiments que l'Apostolat de la Prière doit faire naître dans nos cœurs.
« 0 Dieu, à qui toutes choses obéissent, ayez pitié de nous ! Tournez vers nous des regards de honte et faites briller à nos yeux la lumière de vos miséricordes.
«Faites- vous craindre par les nations qui n'ont pas encore appris à vous chercher, et faites-leur reconnaître qu'il n'est pas d'autre Dieu que vous, afin qu'elles s'unissent à nous pour célébrer vos grandeurs,
» Levez vos bras sur les peuples étrangers, afin qu'ils deviennent les témoins de votre puissance.
d Après avoir fait éclater en nous votre grandeur aux yeux de ces nations, faites-la éclater à nos yeux dans les merveilles que vous opérerez en elles.
salutare tuum. Conflteantur tibi populi, Deus.confiteanturtibi populi omnes, Ps. lxvi, 3.
nr. i.a rnirRF ?2I
•Afin qu'elles \<mi^ connaissent comme nous vous connaissons et qu'elles proclament avec nous qu'il ii'\ ;i pas d'autre Dieu que vous, ô Seigneur.
• Renouvelez les miracles anciens, el déployez L'inépuisable variété de vos merveilles.
i Glorifiez votre main et votre braa droil abrégez le temps et rapprochez le lermede nos épreuves, afin que les hommes célèbrent vos grandeurs.
• Brisez la lète des chefs ennemis qui disent: il n'est point d'autre Dieu que nous.
» Rassemblez les tribus de Jacob. Ayez pitié de votre peuple, sur lequel a été invoqué votre nom; ay<v. pitié de Jérusalem, la ville sainte, on vous avez établi votre demeure. Réalisez les promesses que nous ont faites en votre nom vos fidèles prophètes.
« Donnez il ceux qui sonl demeurés fermes dans votre loi la récompense promise, e( exaucez les prières de vos serviteurs. Réalisez les bénédictions prononcées sur votre peuple par àaron, votre ponlife, el Faites-nous marcher dans les voies de la juslice, afin que tous les habitants de la terre sachent que vous êtes le Dieu dont les regards embrassent les siècles [!).»
()) ECCI i , wwi. 18.