PREMIERE QUESTION
Qu'avons -nous h craindre pour fSurope, si elle n'accepte pas
la domination spirituelle de TEgUse '
Personne n'ignore que, outre 1rs pays protestants qui composent plus du tiers de l'Europe, une mande partie desclasses instruites des pays catholiques professe à l'égard de l'Eglise, leur mère par le baptême, les préventions les plus injustes et les défiances les plus haineuses. Cet état de choses, on le sait, est dû à la presse impie et à une éducation irréligieuse, l ir. tant qu'il subsistera, l'Eglise, au lieu de gagner du terrain, ne pourra qu'en perdre tous les jours. Car
. - I. Al'OSïiil AT
l'influence descend, et les classes intérieures se modèlent inévitablement sur les classes supérieures. Il est donc bien important de rechercher. d'avance le résultat probable ou certain de cette diminution progressive de l'influence de l'Eglise.
Que deviendrait l'Europe si elle ne redevenait pas catholique !
Evidemment elle ne deviendrait pas protestante C'est ce que le plus illustre des écrivains protestants affirmait naguère par rapport à la France, et ce qui peut se dircavec une certitude égale de tous les pays sur lesquels le souffle rationaliste à passé. Quand on est arrivé jusqu'à nier tous les mystères, on ne saurait revenir à faire un choix arbitraire entre le mystère de la Trinité et celui de la transsubstantiation. Ou l'on se soumetsérieusementet pleinement au joug de la foi, si l'on est fatigué du poids des agitationsdu doute; ou bien on répugne à la foi, et alors on conserve son indépendance dans sa plénitude; mais on ne se contredit pas soi-même; en prenant pour règle de sa foi un livre qui, se prêtant à différentes interprétations ne nous délivre d'aucune de nos incertitudes. Sans aucun doute, si ce qui est encore catholique en Europe perdait la foi, et si ce qui a perdu la foi sous l'influence du rationalisme ne redevenait pas catholique, l'Europe entière cesserait bientôt d'être chrétienne.
Mais alors, quelle religion professerait-elle? J'enlends mille voix s'élever et me dire que la religion
Dl LA nu i ki
chrétienne osl la dernière des religions, el qu après elle il ii'\ a plus pour l homme d'autre doctrine que la philosophie, on le sc< pticisme. Mais la phili sophie ne saurai! être la religion du grand nombre. Elle est trop incei laine dans ses princi] trop subtile dans ses déductions, Irop divisée dans ses conclusions. Son catéchisme esl trop nébuleux pour ètiele catéchisme du peuple; ses pontires, qui n'ont reçu leur mission que de leur talenl ou do leur présomption, ocanquenl de cette auréole divine que les hommes ont toujours voulu voir sur le front de leurs prêtres. Donc la j lûlosophie, lois même qu'elle parviendrait à se constituer en religion , ne sera jamais que la religiondu trèspetil nombre, el ce petit nombre même ne formera jamais une Eglise, chacun i\'vu\ ne relevant que de sa raison.
Que deviendra doue l'Europe, si elle ne redevient lias catholique? Hélas! nous n'en sommes malheureusement pas réduits à de simples conjectures, Les faits ne répondent que trop hautement à cette question. Elle deviendra ce que sont devenus le peuples qui, après avoir renversé le point d'appui que leur offrait la foi, ont prétendu asseoir sur l'intérêt seul l'éditiee de leur prospérité. Elle perdra ce qui lui reste encore d'esprit chrétien, elle rejettera comme des superstitions surannées toute croyance à Dieu el à la vie future, et se vouera tout entière au culte >\v> jouissances matérielles. Dans
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les générations naissantes, déjà élevées si 'mollement, les nobles instincts seront de plus en pi lis étouffés par le développement exagéré des instincts égoïstes et des appétits sensuels. Les fortes vertus deviendront de plus en plus rares. Quelque temps encore peut-être, cette tendance universelle au bienêtre entretiendra une certaine douceur de mœurs et éloignera les peuples des commotions violentes. Mais la soif des jouissances devenant de plus en plus ardente, tandis que les moyens de la satisfaire sont loin de croître dans la même proportion; le développement de l'industrie entraînant nécessairement la concentration de la richesse et la diffusion de la misère ; l'amour d'un Dieu pauvre ne réprimant plus l'égoisme de la cupidité du riche, et l'espérance du ciel n'étant plus là pour consoler le cœur du pauvre et pour retenir* son bras, comment prévoir les haines, les luttes, les bouleversements terribles qui peuvent résulter d'un pareil état de choses, et à ces maux affreux, qui trouvera un remède hors de la Religion ?
Voilà pour l'Europe.
Maintenant étendons nos regards sur le monde entier.
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