‹ L'apostolat de la priereChapitre 61 sur 84 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

Que deviendra r»n 'Europe ne redevient pat

• ithoUquet

L'univers est destiné à subir en toute hypothèse L'influence de La civilisation européenne, et à se former à sou image. Si, avec notre civilisation, nous portons aux nations infidèles el sauvages une croyance certaine, simple, élevée, capable d'inspirer et de rendre faciles toutes les vertus, nous régénérerons le monde; car dans la disette absolue de croyances où il se trouve, c'est d'une pareille doctrine qu'il éprouve par-dessus tout Le besoin. .Mais si, avec}notre industrie, nous portons aux nations barbares nos doutes et notre incrédulité raisonnée, elles ne prendront de notre civilisation que ses dangers et non ses avantages; nous leur rendrons tout progrès impossible.

Parmi les nations chrétiennes, tous les sentiments humains, les passions, les vices eux-mêmes, participent à cette hauteur à Laquelle la foi a élevé les âmes, comme les systèmes les plus taux portent un reflet des vérités qu'ils s'efforcent de combattre: il n'en sera pas ainsi des peuples que nous ne tirerons de l'ignorance et de la barbarie que pour leur communiquer nos vices et nos erreurs. Tout ce qu'il j a de grand dans nos idées leur demeurera

à jamais inaccessible, mais en revanche ils apprendront de nous les raffinements du crime que leur simplicité ignorait. Ce reste de frein que leur superstition imposait à leurs passions, tombera sous l'influence de notre scepticisme; et rien ne venant le remplacer, on verra naître de cet accouplement d'une barbarie décrépite et d'une civilisation bâtarde, des monstres de scélératesse et des prodiges de férocité dont aucune époque de l'histoire n'offre d'exemples.

Ce ne sont pas là, encore une fois, de simples conjectures : nous ne faisons que rapporter ce qui est arrivé, toutes les fois que l'influence européenne s'est exercée sur des peuples sauvages et barbares, sans appeler à son aide la religion ; ce résultat nç pourrait que se généralisera mesure que les contacts entre notre civilisation et la barbarie se multiplieraient, si la religion n'était pas là pour les sanctifier.

Donc nous sommes autorisés à conclure que si l'univers ne devient bientôt chrétien, il ne saurait guère manquer de tomber dans un état pire que celui où il était ayant la venue du Sauveur, et comparable seulement à cet état de civilisation raffinée, d'incrédulité systématique et de corruption profonde qui semble avoir précédé le déluge, alors que toute chair avait corrompu sa voie, et que Dieu se repentit d'avoir fait l'homme.

Voilà quelle serait presque infailliblement la suite du mouvement violent qui pousse les peuples dans

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la voie des entreprises industrielles, si ce progrès matériel n'était accompagné par le progrès moral. Voilà quel serait le terme d< cette tendance prononcée qui entraîne l'univers < n t i*r vers une unité jusqu'ici sans exemple, si ceux qui ont le bonheur de connaître la vérité, au Lieu de travailler .1 lui

lier le bénéfice de cette tendance, permettaient à ses ennemis de 1 en servir pour le conduire a l'affreuse unité <lu doute et «1»' l'erreur.

Il est (loin- bien prouvé que le triomphe de 11., dise. li> complet rétablissement de Ba bienfaisante influence sur les au.-'-, peut seul sauver l'Europe, '•1 avec «'Ut.- le monde entier, d'une barbarie d'autant plus épouvantable qu'elle aura à sa disposition des forces matérielles plus irrésistibles. \ ce sceptieisme qui envahit tout, aux convoitises qui s'en- Qammentde plus en plus, au\ haines qui divisent les classes de la société, aux oppositions de plus '■n plus irréconciliables entre l'extrême opulemr et l'extrême misère, aux égoïsmes malhonnêtes et insatiables, l'Eglise peut seule, dans sa foi divine,

immortelles espérances et son inépuisable charité, offrir un remède efficace Nous le répétons, telle est L'alternative où nous sommes placés : la \ie u'un coté, mais la plus abondante, la pk.s prospère, la plus divine que jamais la terre ait possédée; de l'autre côté, la mort, mais la mort la plus cruelle, la plus honteuse, la plus remplie d'angoisses, de corruption, de déchirements et de désespoir.

Lequel de ces deux partis plairn-t-il à la société de choisir? Dieu seul le sait; mais nous pouvons du moins contribuer à ce que ce choix se porte du côté delà vie. Sans doute, la plus grande part, dans celte décision suprême, appartiendra à ceux à qui Dieu a fait l'insigne honneur de leur communiquer une partie de son autorité sur ses créatures raisonnables. Ah ! si tous les maîtres de la terre pouvaient comprendre (1), si tous les dépositaires du double pouvoir du sceptre et de la plume pouvaient apprécier l'immense responsabilité qui pèse sur eux! Si, au lieu de ne consulter souvent que leurs intérêts égoïstes ou leur propre sagesse, ils consultaient les pensées de Dieu, et s'appliquaient à suivre l'impulsion de la Providence, ce grand moteur des sociétés humaines, combien irrésistible ne serait pas leur puissance, combien pure, combien éclatante ne serait pas leur gloire ! Mais, puisqu'il ne nous appartient pas de faire entendre notre voix à ceux que Dieu a élevés si haut, offrons des sacrifices, versons des larmes, et, s'il le faut, versons du sang afin de leur obtenir les grâces nécessaires pour l'accomplissement de leur grande mission. Les Saints en ont agi de la sorte dans des circonstances moins critiques : se pourrait-il qu'à un moment aussi solennel, où les destinées du monde semblent

(1) Et nunc, reges. intelligite : eruditnini, qui judicatis terrain. PS. II. 30.

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devoir se décider, il no se trouvât pas en grand nombre, dans le cloître et dans le siècle, de ces Ames dévouées qui s'offrissent comme des victimes pore» pour le triomphe de l'Eglise, la régénération de la société, le salut du monde?

ARTICLE III

Les inciiis de <Tiinte ebangt'-s en motifs d'espérance par la di vine miséricorde. — Conclusion delà seconde partie.

11 est une prophétie d'Ezéchicl qui semble écrite pour I"' temps où nous sommes: elle nous met sous 1rs yeux, dans un même tableau, la triste peinture des suites de nos égarements et la touchante image des divines miséricordes. Efforçons-nous de la comprendre et de saisir le secret de cette merveilleuse transformation qui change en motifs d'espérances nos plus graves motifs de crainte.

« La main du Seigneur s'empara de moi, dit le » Prophète, son esprit m'entraîna et me jeta au mi- » lieu d'une campagne qui était pleine d'ossements.

» Elle m'en lit faire le tour, et je vis que la terre » était couverte d'une multitude innombrable de » ces ossements, et qu'ils étaient entièrement des- » sèches.

»> Et Dieu me dit : Fils de l'homme, penses-tu

9l|-> I, APOSTOLAT

t que ces ossements revivront? El je dis : Seigneur. » mon Dieu, vous le savez.

» Et il me dit : Prophétise sur ces ossements et » dis- leur: Ossements desséches, entendez lapa- » rôle du Seigneur.

» Voici ce que dit le Seigneur à ces ossements : » Je ferai entrer en vous mon souffle, et vous vi- » \rez.

• Et je vous entourerai de nerfs, je ferai croître » des chairs autour de vous, et je vous couvrirai de » peau, et je vous donnerai un esprit, et vous vivrez, » et vous reconnaîtrez que c'est moi qui suis le Sei- » g ne ut.

» Et je prophétisai comme il m'avait été como mandé; et tandis que je prophétisais, il se fit un » bruit, puis un grand mouvement agita ces os, ils » s'approchèrent les uns des autres, et chacun re- » trouva sa jointure.

» Et je vis des nerfs et des muscles les entourer ej » la peau les couvrir, mais il n'avaient pas encore » la vie. •

» Dieu me dit alors: Prophétise àl'esprit, proplié- ■ lise, fils de l'homme, et dis à l'esprit : Venez, esk prit, des quatre vents du ciel, soufflez sur ces » morts, et qu'ils revivent.

» Et je prophétisai, ainsi que Dieu me l'avait or- » donné, et l'esprit entra dans ces cadavres, et ils » revinrent à la vie; et s'étant levés sur leurs pieds > ils formèrent une armée immense.

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. i.t Dieu inedil : Fils de l'honnie, loua ces i menti sont les enfants de la maison d'Israël. 1 1 > » disent : Nos ossements se sont desséchés ; notre

espérance s'est évanouie, nous sommes brisés sans

■ ressource

» c'est pour cela que je l'ordonne de prophétie i

■ ci de leur dii-.' : Ecoutez ce que ilit le Seigneur : f Voici que je vais oui rir \ os tombeaux etvous tirer i- de \us Bépulcres, ô mon peuple ri vous intro- » (luire dans l,i terre (I Israël.

» (l'est alors que vous comprendre/ que je suis le > Seigneur, lorsque je vous aurai fait sortir de vos * sépulcres, ô mou peuple, (pic j'aurai l'ait entrer

■ en vous mon esprit, et que je vous aurai l'ait repo ser sur votre lerre. uni, c'esl alors que vous re-

r> connaîtrez que c'est moi, Jéhovah, qui ai dit ces

choses et qui les ai accomplies (1). »

Qui de consolants enseignements nous fournil cette mystérieuse peinture ! De quel jour elle é< 1 lii v l'histoire passée de l'humanité et sa situation présente !

Elle nous fail d'abord comprendre que la vie morale de l'homme lui doil venir du ciel. 11 ne sul'lii pas que la terre lui ait donné des nerfs et des muscles, el que les organes qui sont le siège de la force, soient recouverts d'une peau agréablement colorée. A l'enfant de Dieu il faut une vie divine, la vie de

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l'esprit, la grâce. Sans elle, la civilisation matérielle, avec les arts mécaniques qui font sa force et les arts libéraux qui lui donnent un brillant éclat, ne pourra jamais que faire de beaux cadavres; elle ne fera pas des sociétés vraiment vivantes.

Le prophète nous rappelle, en second lieu, que les nations sont toujours guérissables, alors même qu'elles semblent avoir perdu jusqu'au soutfle de la vie. Ici-bas, la justice divine n'agit jamais seule; la miséricorde l'accompagne toujours, même dans ses plus terribles vengeances, et elle se tient toujours prête à guérir les plaies qu'infligent les fléaux. Le plus souvent même, c'est la miséricorde qui tient le glaive, et qui frappe pour guérir; sous sa main les châtiments se transforment en remèdes, et elle ne précipite les peuples dans le tombeau, que comme le laboureur jette dans la terre le grain de froment, pour qu'ils y trouvent, au sein d'une dissolution apparente une nouvelle énergie.

Oui, il en est des sociétés humaines comme de la nature physique; dans ces deux ordres également la bonté de Dieu fait jaillir la vie du sein de la mort, et fait succéder fa fécondité du printemps à la stérilité de l'hiver. Au moment où ces sociétés réduites aux abois ne peuvent plus rien attendre d'elles-mêmes, Dieu se plaît à venir à leur secours. C'est en faisant sortir les cadavres de leurs tombeaux, en ranimant les ossements les plus desséchés, en faisant briller la lumière de sa vérité aux âmes qui ont perdu jusqu'à

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l'illusion de leurs erreui s. en taisant renaître à la juslice, a la lord', à la paix, les peuples qui gisaient

sans i ivement dans la corruption de tous les vi«

i es; c'est ainsi qu'il aime à signaler sa puissance cl a montrer qu'il est toujours le Seigneur, le créateur, Jénovah, le principe de l'être et de la vie.

Maie pour que ces grands miracles s'accomplissent, pour que l'Esprit vienne du ciel et renouvelle la face de la terre, pour que la grâce rentre dans les

Ames qui l'ont perdue, pour que tes peuples renaissent à la vie, il faut que ce divin Esprit soit appelé par une voix humaine. C'est bien Dieu, sans doute, qui l'envoie; mais il se sert pour cela du ministère du lils de l'homme. Il semble s'être interdit à luimême la faculté d'opérer tout seul cette merveille. Aus>i. quand il veut ressusciter une société, commence-t-il par lui envoyer des hommes de désirs, qui appellent l'Esprit de toutes les ardeurs de leur zèle, et qui soupirent de toutes leurs entrailles après le salut de leur peuple. « En ce jour-là, dit le Seigneur, je répandrai sur Jérusalem un esprit degrâce et de prières (1). » Ces prières monteront au eiel comne des nuées fécondes, et en feront descendre une ahondante rosée; « et il y aura au milieu de Jérusalem une source d'eau vive, où toute la maison de Jacoh pourra venir puiser , et où les hommes pé-

n Effundam super habitatores Jérusalem spiritura gratiœ pi precum. Zath. xn, 10.

S >ii L'APOSTOL* I [IL LA nilEKK.

cheurset les femmes souillées trouveront la pureté

et le salut (1).

< Mi ! qu'il est beau le rôle de ees précurseurs qui sont pour leur siècle ce que les saints Patriarches ont été pour l'univers entier! Qu'ils sont puissants, ces traits de la prière, qui percent le ciel et atteignent jusqu'au cœur de Dieu! Qu'ils sont méritoires, ces sacrifices offerts pour le salut du monde, et dont la vertu donne au sacrifice du divin Rédempteur une fécondité qu'il n'aurait pas eue sans eux! Cette mission si glorieuse est proposée à tous les chrétiens ; elle vous est proposée d'une manière toute spéciale, ô vous, qui avez lu ce livre. Entendez le Cœur de votre Dieu crier du fond de son tabernacle, avec toute la force de son immense amour : Qui enverrai-je, et qui voudra consentir à prendre en main mes intérêts? Quemmittam, et quis ibit nobis? A vous de répondre avec le prophète : Me voilà prêt, Seigneur, j'accepte la mission que vous me proposez : Ecce ego, mitte me.

I) In die illa erit fons païens domui David, et babitantibiS Jérusalem, in ablutionem peceatoris et menstruatae. Zach. xiii, 1.

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