‹ L'apostolat de la priereChapitre 64 sur 84 · I»E LA PRIERE · texte numérisé non relu

I»E LA PRIERE

eu union avec lui toutes nus œuvra pour la divine gloire «vi pour le saint des âmes; rendre ces œuvres de pins en pins parfaites, afin qu'elles contribuent pins efficacement a promouvoir ces grands intérêts; tout est là; et nous pourrions nous dispenser de

dire 110 mol de plus; car nous n'avons vraiment rien à ajouter.

Il ne Ben pourtant pas inutile d'entrer nu peu dans le détail» et de montrer comment l'esprit de l'Apostolat peut vivifier les diverses œuvres dont se compose la vie chrétienne. Ces o'uvres se divisent naturellement en devoirs de piété envers Dieu, en devoirs de mortification envers nous-mêmes, et en devoirs de charité et de zèle envers le prochain. Parcourons ces différents devoirs, et voyons tout c • qu'Us peuvent gagner à être accomplis dans l'esprit de l'Apostolat.

ARTICLE PREMIER

Exercice Je l'Apostolat de la Prière dans les œuvres de piét»*.

§ 1. Saint Sacrifice.

A la tête de toutes les œuvres de piété nous plaçons le Saint Sacrifice qui les résume toutes. C'est le pivot sur lequel roule la religion entière, et le

foyer d'où la vip rayonne sur toutes les actions du chrétien; c'est lui qui nous place vis-à-vis de Dieu dans les vrais rapports que les autres œuvres de piété doivent confirmer, et dont notre vie entière doit être l'expression.

Un "< st-ce en effel que le Saint Sacrifice? C'est {'adoration de Dieu le Père par son Fils unique, t'^al à lui et s'a baissant, pour reconnaître sa souveraine majesté, au-dessous de l'obscurité du sein de .Marie, au-dessous des ignominies de laCroix, au-dessous même des anéantissements du tombeau; jusqu'à emprunter les apparences d'une substance inanimée.

C'est ['action de gràcespaf laquelle nous rendons à notre Créateur infiniment plus qu'il ne nous a donné en nous créant, plus même qu'il ne nous a donné en nous délivrant de l'enfer, plus qu'il ne nous donnera en nous communiquant son bonheur au.ciel, puisque nous lui offrons le corps, le sang, l'âme, la personne entière de son Fiis.

C'est le renouvellement de cette expiation surabondante qui a élé offerte surlacroixà la divine justice. Une goutte du sang de Jésus-Christ suffirait à racheter mille mondes; ce sang coule tout entier chaquc jour sur l'autel.

C'est enfin la prière par excellence ; c'est la voix du sang du nouvel Abel, qui sollicite pour nous les grâces célestes; ce sont tous les désirs accumulé55 dans le Cœur de Jésus depuis le premier i i'an d

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son existence, tjui montent au ciel avec la ruméedc L'encens, el qui font redescendre sur nous les effusions de la divine libéralité.

La religion tout entière est dune vraiment reaici mée dans le Sainl Sacrifice; ions ses actes les plus excell< nts sont contenus dans ce BenJ acte, et élevés

en lui à leur plus haute puissance.

I >■ « r te s'unir au Saint Sacrifice, c'est-à-dire offrir Jésus-Christ, el s'offrir avec lésus-Christ, c'est le grand travail de la piété chrétienne. C'est le moyen le plus efficace que nous puissions prendre pour nous unir à Dieu; «'est par conséquent, avec l'imitation même de Dieu, notre premier devoir.

Mais quelle est la meilleure manière de remplir ce devoir? Comment nous unirons-nous au Saint Sa cri liée.''

Evidemment ce sera en entrant dans les sentiments de la divine Victime? en l'offrant à Dieu le Père, et en nous olïrunt avec elle, comme elle s'offre elle-même.

Or nous savons comment s'offre Jésus-Christ : de même qu'il s'immole tout entier, il s'immole aussi pour tous; aucune limite dans l'onlalion qu'il fait de lui-même. Sur la croix, c'est pour le salut du monde entier qu'il s'est livré aux sanglantes réalités d'une douloureuse mort; c'est encore pour le salut de tout l'univers qu'il renouvelle mystiquement sur l'autel cet holocauste. En instituant ce sacrementj il a soin lui-même de le faire comprendre à sesApô-

très : Voici, leur dit-il, le calice de mon sang, qui sera verse non-seulement pour vous, mais pour beaucoup d'autres, et qui doit opérer (a rémission de tous les péchés. $t l'église, interprétant fidèlement la pensée de sondivin Epoux, veut que scsrninistres disent en «'tirant Le pain, et redisent encore dans l'oblationdu \in, que c'est pour tous les fidèles, vivants ci morts, el pour le saint de tout l'univers, qu'ils vont accomplir Le divin sacritice.

Telles sont donc les pensées de Jésus-Christ chaque t'ois qu'il vient s'immoler sur l'autel. Telle est l'immense portée de chacune des messes auxquelles nous assistons. Tel est le point de vue auquel nous devons nous placer, si nous voulons nous unir à ce divin Sauveur. Tel est l'horizon que nous devrions erabrar.scr dans l'accomplissement de cette grande action, et que nous ne devrions plus perdre de vue.

Combien plus abondants seraient les fruits du sa- < riîîcc eucharistique, si nous savions nous élever à elle hauteur! Tous, qui que nous soyons, nous y prenons une part active; ce n'est pas le prêtre seulement qui immole mystiquement l'Agneau sans tache; c'est l'assistance entière, dont le prêtre n'est que le représentant. Tous donc, par le moyen de cette pblation infiniment précieuse, nous pouvons atteindre les fins si étendues du sacrifice; monter au ciel et réjouir les bienheureux habitants par un accroissement de splendeur; descendre dans le pur-

galoîro, et en om i ir les portes à d'illustres captifs ; parcourir I;' terre entière et répandre le sang divin sur des Ames gisant dans les ténèbres el la corruption, et leur rendre la lumière el la vi< ; convertir les pécheurs, sanctifier les justes, fortifier les défenseurs de la cause de Dieu; jeter un poids de plus dam lit balance des destinées du monde, el la t. » i i < • pencher du coté du s dut.

La sainte inesse est donc la pratique par excellence de l'Apostolat de la Prière. Ci ' ns le sacrifice de la croix, donl le sacrifice de la messe est le renouvellement, que l'Apostolat d<' Jésus-Christ, jusque-là presque stérile, a puisé sa fécondité. Si nous voulons que le zèle dont nous sommes animés pour le salni des âmes soii efficace, nous n'irons pas chercher ailleurs lesecrel de notre puissance.

A la sainic messe nous exerçons l'Apostolat nonseulement avec Jésus-Christ, mais par Jésus-Christ, puisque son sang est entre nos mains, et qu'il ne tient qu'à nous de lui faire porter <lcs fruits plus ou moins abondants, suivant que nous nous unirons avec plus ou moins deferveur à son offrande.

C esl donc à la sainte messe que cous irons chaque jour puiser l'esprit apostolique que nous porterons ensuite dans tontes nos autres actions; «'est là que nous irons appliquer nos lèvre.- aux sources >\u Sauveur, que nous mettrons nos oeurs à l'unisson du l'o-urde Jésus, que nous nous établirons fermement, pour n'en plus déchoir durant le reste de la journée,

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à ce point de vue élevé, d'où nous embrasserons tous les grands intérêts de Dieu et des âmes.

Nous ferons mieux encore : au lieu de nous contenter d'assister une seule fois au Saint Sacrifice, nous nous efforcerons d'y assister durant la journée entière.

Nous savons en effet qu'il n'est pas un instant du jour ni de la nuit où le divin sacrifice ne soit offert en quelque lieu du monde. L'Eglise catholique ayant des ministres daus toutes les régions que le soleil éclaire successivement de sa lumière, elle réalise à la lettre depuis trois siècles la prophétie antique, d'après laquelle un jour devait venir, où l'hostie sans tache serait offerte en tous lieux, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher (1). Or de tous ces millions de messes qui se disent chaque Jour et à chaque instant dans l'Eglise, il n'en est pas une seule à laquelle chaque crhétien n'ait sa part, pas une par conséquent à laquelle il n'ait le droit de s'unir, pas une dont il ne puisse augmenter le fruit, en l'appliquant aux âmes pour qui il s'intéresse. Pensée infiniment louchante et éminemment propre à exciter le zèle et à fortifier la confiance du chrétien pieux. Cette pensée ne devrait, ce semble, jamais l'abandonner; il devrait y songer le jour, au milieu de ses préoccupations pénibles, et s'en faire comme une douce respiration pour son ca^ur fatigué;

i Mal. i. u.

pf. u nu i

il devrai 1 5 songer la nuit, dans ses moments d'insomnie, el s'en si rvir poui sanctifier son repos; i^ devrait j Bonger dans ses plaisirs, et j chercher iin antidote contre le poison qu'ils renferment ; il devrait surtout \ songer dans ses chagrins, dans ses souffrances, dans ses tentations, pour j trouver la forée et If courage qui souvent lui font défaut. Qui donc pourrait se décourager, s'il pensait qu'en ce moment-là même un Dieu s'immole pour son > ; 1 h 1 1 ! Qui ne se sentirait pressé de s'unir à cette immola* lion, et d'oublier ses maux passagers, pour s'occuper des immenses intérêts des ftmes qui se perdent, et qu'il ne tiendrait qu'à nous de sauver I Cette union constante au Sacrifice du Sauveur doit être le grand ressort dé notre Apostolat; par elle nos intentions deviendront plus ferventes, et nos œuvre* plus méritoires. Efforçons-nous donc de nous la rendre habituelle, et accoutumons-nous à la renouveler au commencement de nos diverses actions. Faisons de cœur, sinon débouche, l'aspiration suivante : 0 Jésus, qui \ous immolez en ce moment pour le salut du monde entier, embrasez-le tout entier du feu de votre amour! 0 Cœur Sacré de mon Sauveur, je vous offre cette action pour toutes les intentions pour lesquelles vous vous offre* en cet instant à Dieu votre l'ère » (I).

il La pratique de l Union a l'Autel, enrichie d'indu!. I .ir le S. Pure, a été très-bien exposée i»ar le R. P. Maillet, dans le petit livre qai porte ce titre, et qui se vend avec • publications relatives a l'Apostolat de 1.» Priera.

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g l!. Divers Exercices de piêlé.

La vie entière du chrétien, nous l'avons dit, doit ôtM la réalisation de l'offrande qu'il a dû faire de lui-même au Saint Sacrifice. Son principal soin consistera donc à se maintenir à la hauteur où ce di\in Sacrilico l'a élevé, et à ne pas laisser s'affaiblir dans son ctrurles sentiments de vénération pour la Majesté divine, de reconnaissance pour la divine bonté, de douleur pour ses fautes, d'espérance filiale en la Providence, qu'il a puisés dans le Cœur de Jésus.

Mais pour cela il est nécessaire que divers exercices, échelonnés dans le courant de chaque journée, préservent ces divins sentiments de l'inllucnce meurtrière des préoccupations matérielles, et donnent à lame, forcément courbée vers la terre, la facilité de respirer de temps en temps l'air du ciel.

Ces exercices sont de trois sortes ; quelques-uns ont pour but d'éclairer l'intelligence et de lui faire contempler avec une splendeur toujours croissante la lumière delà vérité; d'autres sont destinés à nourrir le cœur et à attiser en lui le feu de la charité ; d'autres enfin doivent servir à purifier l'âme de ses souillures, et à guérir les plaies auxquelles elle est exposée dans les luttes de la vie.

Il n'est pas un seul de ces exercices qui ne puisse être animé de l'esprit de l'Apostolat, et qui ne doive lui emprunter une efficacité plus grande et un accroissement de mérite.

Les exercices qui nous aident à mieux connaître

lin a et à nous pénétrer uii< u\ des motifs de nous attacher à lui. soûl les Leclun s el h s méditations. I unes et Les autres ne peuvent que gagner en utilité, dés qu'eli s seront faites dans l'esprit de l'Apostolat Expliquons-nous.

l'aire ses lectures dans l'esprit de l'Apostolat, ue pas se contenter de rapportera son avantage propre toutee qu'on lit; ne pas se borner par conséquent aux livres qui nous i onsolent agréablement ; mais prendre un vif intérêt à tout ce qui intéresse la gloire de Où u, à toul ce qui concerne l'Eglise; étui!n p son histoire av< c ce filial respect et cette chaleureuse curiosité qu'un entant de noble race apporte à la lecture des hauts faits, i\r> gloires et des malheurs de ses pères ; suivre avec anxiété ses luttes présentes dans le moude; se préocuper des persécutions qu'elle SOU0re et des dangers qu'elle court,

comme d'un vrai malheur de lamUle; ne demeurer

étranger à rien, de CC qui se rapporte au salut des aines ; se réjouir de toutes les nouvelles entreprises que Dieu inspire dans ce but, et de tous les moyens que la Providence met en œuvre pour l'atteindre ; se montrer saintement avide de connaître dans tous ses détails la vie drsSaiuts, qui ont servi Dicuel l'Eglise avec plus de zèle; se familiariser avec eux; s'exciter

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à marc lier sur louis traces et à rivaliser avec eux de dévouement. Est-il nécessaire de dire quel puissant stimulant des lectures ainsi faites fournil aient à l'àme pour la faire avancer dans la voie de la vertu ?

Ce stimulant fourni par les lectures deviendra bien plus eflicace encore lorsque la méditation en aura développé toute la vertu.

Telle est la nature de notre intelligence, que pour saisir parfaitement la vérité, elle doit la creuser, la tourner sous toutes ses faces, la décomposer en quelque sorte en ses différentes parties, la digérer et la faire passer dans sa propre substance; c'est l'œuvre delà méditation.

La méditation est donc comme la culture et la nourriture de l'intelligence. Seule elle peut en développer les forces ; seule elle la met pleinement en possession de ses richesses ; l'homme ne devient pleinement raisonnable que lorsqu'il apprend à méditer.

Mais pour méditer avec fruit, que faut-il faire? 11 faut avant tout se placer au vrai point de vue, afin de saisir la vérité sous son vrai jour, et d'en embrasser tous les rapports. Ce vrai point de vue des choses c'est l'Apostolat qui nous le fournit, et c'est lui encore qui donne à l'àme cette largeur qui la met en état d'embrasser l'horizon entier de la vérité.

Que le chrétien se pénètre de l'esprit de cette niivre et dès lors il ne lui est [tas possible de ne

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voir que lui-même , de tout rétrécir S sa mesure, même la religion, et de borner son attention aux rapports immédiats qui rattachent a Bon Créateur. Il s'accoutume an contraire a embrasser dans ses préoccupai ions tous 1rs intérêts de la divine gloire; el à se regarder comme partiellement responsable des événements qui la touchent pour l'accroître ou pour la blesser. Mes lors ce chrétien ne peut fixer ses regards sur lui-même sans envis »ger les rapports qui l'unissent .111 corps divin, auquel son baptême l'a indissolublement attaché , corps iminonst\ glorieux el souffrant tout ensemble, dont le chef et les inemhres principaux sont au ciel, mais dont une partie considérable est sur la terre, exposée a toutes les misères de la mortalité, en proie aux Infirmités el à la mort. Et en dehors de ce grand caps, [e chrétien \oit des âmes innombrables destinées ;i en taire partie, el à trouver, dans leur union avec le divin Chef, toutes les forces et les puissances de la vie, mais maintenant gisant miséralliement sur toutes les voies du inonde et croupissant dans tous les égouts. Quel spectacle plus émouvant pourrait s'offrir à nos regards? (Juel aliment surtout pour les méditations du religieux, du prêtre? Quel livre pourrait nous offrir de plus puissants motifs pour nous délivrer de nos défauts, nous unir plus intimement à Dieu, et acquérir plus île pouvoir sur son Cœur, que la vue de tant d'àmes que nous pourrions sauver et qui se perdent? La

carte religieuse du globe , le simple tableau des intentions de l'Apostolat, place à la fin de ce volume, ne nous en disent-ils pas plus que tous les discours? Avons-nous un cœur, si nous ne sommes pas touchés par la pensée que sur un milliard d'habitants du globe, il y en a près de sept cent millions qui ne connaissent pas Noire-Seigneur, et que sur les trois cent cinquante millions qui restent, près de la moitié n'ont pas le bonheur d'appartenir à son Eglise? A quoi pensons- nous durant les heures que nous consacrons à l'oraison, si nous ne pensons pas à cela? Que sont toutes nos misères devant ces immenses besoins? et à quoi attachons-nous de l'importance si nous négligeons d'employer les moyens en notre pouvoir, pour mettre fin à ce déplorable état de choses? Nous nous plaignons peut-être d'aridité pendant nos oraisons; nous avons de la peine à fixer la légèreté de notre esprit, à trouver un aliment pour son activité : ah! montrons-lui les âmes qui se perdent; quelle que soit sa légèreté, il est difficile qu'il ne se laisse pas loucher par ce spectacle. Donnons-lui l'univers à convertir, et son activité serait-elle encore plus exubérante, il est impossible qu'elle ne trouve par là un aliment suffisant.

Ce n'est pas assez que les lectures et la méditation inculquent à notre intelligence les motifs de nous

i Mtrj m

unir an Sacrifice de Jésus-Christ, il tant mer.- que iid! i • r Pin- s'approprie les différents actes dont ce divin Sacrifice esl l'expression la plus haute, et qu'en les réitérant fréquemment il B'en pénètre de

plus eu plus.

■ citera tion des actes esl en effet pour l'homme le moyen principal d'acquérir des habitudes, c'est-

a-dire (li- faire passer dans la substance île l'âme ce ipii d'abord n'eu atteignait que la surface, et de transformer en seconde nature les influences bonnes ou mauvaises qui agissent sur nous. Voulons-nous

donc nous revêtir des divines habitudes duGcBUT de

Jésus? voulons-nous transformer notre nature dans la sienne:1 Réitérons aussi fréquemment et aussi ênergiquement «pie nous le pourrons, les actes dont il nous fournit le- modèle au Saint Sacrifice. C'est le but des diverses prières que font les chrétiens pieux, au commencement, à la fin et dans le courant de chaque journée; c'est surtout le but du saint Office que les prêtres et les religieux récitent sept fois le jour, au nom de l'Eglise entière.

Toutes ses prières se composent, comme le Saint Sacrifice lui-même, d'actes d'adoration, de reconnaissance, d'expiation et de demande; elles sont comme les échos de ce divin Sacrifice; des vibrations harmoniques par lesquelles toutes les aines fidèles, semblables aux cordes d'une lyre mue par le divin Esprit, accompagnent la voix de la Victime sans tache.

JT-i l'apostolat

L'Eglise, dont toute la mission ici-bas consiste à l'aire de l'humanité entière une oblation digne delà divine Majesté, n'a rien de plus à cœur que de reproduire dans chacun de ses membres le Sacrifice de son Chef. Or, de toutes les reproductions de ce divin Sacrifice, la prière est sans contredit la plus facile, aussi bien que la plus intime; elle est vraiment le sacrifice du cœur; c'est pour cela que l'Eglise presse ses enfants de prier sans cesse, d'unir sans cesse leurs actions de grâces à l'offrande eucharistique pai excellence (l). C'est pour cela qu'elle ne craint pas les longueurs que les hommes charnels reprochent à ses saintes cérémonies. Elle sait que l'intérêt suprême de la terre est d'apaiser la divine Justice et d'obtenir les grâces du ciel; elle comprend que ces grâces descendront avec d'autant plus d'abondance sur l'humanité, que l'humanité présentera à Dieu une image plus parfaite de son Fils bienaimé, et fera plus fidèlement résonner à ses oreilles les accents de ce divin Sauveur. Voilà pourquoi, bien loin de regretter le temps que ses ministres et ses enfants consacrent à la prière, elle regarde ce temps comme très-utilement employé, non-seulement au point de vue de leur salut éternel, mais encore au point de vue de leur intérêt temporel. Ceux-là seuls peuvent penser autrement, qui ne comprennent pas que le secours de Dieu est le seul principe de la

(l) Thess. v, 17, 18.

D| i v nukiu.

force il<- L'homme. Aveugles! quj ne Bavent pas voir les deux choses lea plus visibles du monde, la faiblesse de 1 homme et la toute puissance de

iiii-ii.

Mais si Les divers exercices de piété dont nous parlons sont La reproduction du Saint Sacrifie , il est à peine nécessaire de prouver que pour nous en acquitter parfaitement, nous devons nous placer au même point do vue que dans L'offrande de ce Sacrifice divin. Le chrétien ne doit jamais se présenter à Dieu comme une personne isolée : ce n'est pas seulement à la sainte messe qu'il prie avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ ; i/ ne fait pas une seule prière qui ne lui Suit inspirée parce di\ in Sauveur; il n'en fait pas une par conséquent qui ne doive avoir pour but la gloire de ce divin Chef et l'accroissement de son eorps, qui est L'Eglise.

Nous pouvons sans doute prier pour nous-mêmes; recommander à la divine miséricorde nosnécessités et celles des personnes qui nous sont chères; solliciter des grâces spéciales, soit spirituelles, soit temporelles; mais nos piières non plus que nos désirs ne doivent jamais se particulariser de telle sorte que nous oubliions complètement les grandes nécessités de l'Eglise. Plus nous désirons que Dieu entre dans nos intérêts, plus nous devons entrer dans les siens. Nous devons donc toujours joindre à nos intentions les intentions du Cœur de Jésus. Ainsi laites en Jésus-Christ, par Jésus Christ et pour Jésus-

'i'G l'apostolat

Christ, toutes nos prières seront bien plus ferventes

et bien pins efficaces; elles seront portées par les anges vers le trône de la souveraine Majesté, unies aux supplications de de Cœur divin auquel Dieu le Père ne saurait rien refuser, et elles participeront à leur infaillibe efficacité.

C'est ainsi que l'esprit de l'Apostolat vivifiera toutes nos prières c( donnera une vertu nouvelle à. tous nos exercices de piété. .Mais parmi ces exercices il en est quelques-uns qui, par leur nature même, semblent avoir plus d'affinité que les autres avec cet esprit, et qui devront par conséquent être particulièrement chers aux Associés de l'Apostolat. C'est surtout Y Angélus, le Rosaire et le Chemin de la Croix.

Institution admirable, mais malheureusement trop peu comprise, industrieuse garantie prise par la piété contre la funeste influence de l'oubli, Y Angélus semble plus propre qu'aucun exercice à nous rappeler fréquemment à la pensée les grands intérêts de l'Eglise et des âmes. Jans ces sons touchants qui, le malin, à midi et le soir, viennent l'éveiller les hommes de leurs préoccupations terrestres, les vrais enfants de l'Eglise reconnaissent la voix de leur Mère, qui les invite à remercier Dieu de l'ineffable bienfait de l'Incarnation de son Fils, et à solliciter, par l'entremise de Marie, une participation plus abondante aux fruits de ce mystère. Mais ce ne serait pas répondre complètement aux désirs de l'Eglise, que d'oublier, en rendant grâces

Dl I K Pi

a Dieu de notre bonheur, tant d'infortunés qui ne le partagenl poinl fin mit, el de ne pai demandera la Mère du Vei be incarné, qu'elle fasse enfin connaître à ces aveugles ce Jésus, leur Sauveur aussi bien que J.- nôtre. Peut-être récitera-t-on avec plus de fruit cette prière, si, tout en ayant l'intention de saluer Marie et de lui rendre bommagi , l'on s'hahitu. à utirir le premier Ave Maria pour les infidèles, le second pour les hérétiques el les schismatiques, 1 1 le troisième pour les autres pécheurs. Ce qui est certain, c'est que les intentions de l'Apostolat, joinies à cette prière, ne contribueront pas moins efficacement à en accroître le fruit, que cette prière elle-même servira utilement à renouveler les intentions de l'Apostolat.

Le B<>s(itr>\ en présentant successivement à nos méditations les i: ystères accomplis par le Verbe incarné pour le salut du monde, nous sollicite et nous presse de nous unir, pour consommer cette grande œuvre, à ses anéantissements, à ses travaux et à ses douleurs, si nous voulons avoir part à ses joies et aux gloires de sa divine Mère. Si cette pratique est bien comprise, chacun des Ave Maria dont elle se compose, sera la réponse de notre zèle à ces sollicitations infiniment touchantes du zèle d< Jésus- Christ. Pour réciter le Rosaire sans en faire une prière vraiment apostolique, il faudrait séparer les œuvres et les souffrances du Sauveur du but pour lequel il a accompli les premières et enduré les se-

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coudes. Séparation impossible, et qui, en tons caa, n'aboutirait qu'à dépouiller celle pratique de .-on mérite principal.

Mais c'est surtout quand nous accompagnons ce divin Sauveur dans /(/ voie douloureuse de sa cro'ur, quand nous le voyons accablé beaucoup moins sous le poids de cet instrument de son supplice que sous le faix infiniment plus lourd des crimes du monde, quand nous l'entendons, oubliantses propresmaux, s'apitoyer sur le sort de ces âmes malheureuses, qui, comme un bois aride, n'ont d'autre perspective que les brasiers éternels, quand nous le suivons à la trace du sang qu'il verse par torrents pour leur s;ilut, quand nous assistons à l'affreuse agonie de trois heures qu'il endure pour fléchir la justice de son Père, c'est alors qu'il nous est impossible d'oublier ces pauvres âmes, de ne pas regretter le peu de concours que le Cœur agonisant de Jésus a trouvé jusqu'à ce jour parmi les hommes, et la stérilité relative à laquelle a été condamné ce sang divin, capable de sauver mille mondes. Nous nous unirons donc à Marie, à saint Jean, aux saintes femmes, dont le zèle reçut des souffrances du Sauveur d'immenses accroissements. A moins que nos cœurs ne soient plus insensibles que les rochers du Golgotha, nous ne saurions monter une seule fois sur la montagne sainte, sans en redescendre plus résolus à nous consacrer tout entiers à l'Apostolat de la Prière.

01 i \ nu m:

Mais quelque sincère que s>>it notre dévouement et quelque ardenl que soit notre zélé, nous ne saurions échapper complètement aux conditi* la Faiblesse humaine. Notis tomberons. Et quelquefois, hélas ! mis chutes tes plus humiliantes suivront de près nos plus généreuses résolutions. Sera-ce un motif pour renoncer' à notre Apostolat? A I >i**u ne plaise ! Ce si ra au contraire une raison de l'eml rasscr avec plus de ferveur, car son esprit s'adapte merveilleusement au* exercices de la pénitence Sons son influence les examens et les confession^ deviennent plus faciles et portent des fruits plus abondants.

Y. st-ce pas en eflfel de la vivacité de notre repentir que dépend principalement, du moins pour ce ipii nous regarde, le finit de nos confessions? Si la contrition est sincère, si elle est énergique, l'aveu de nos fautes sera complet, le ferme propos Sera efficace, l'absolution par conséquent portera ions ses fruits, et les rechutes deviendront déplus en plus difficiles. Si au contraire la contrition est plus languissante, l'absolution pourra être rigoureuse^ ment valide, mais combien on sera exposé à se retrouver bientôt dans un état pire que celui d'où elle nous avait fait sortir '

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11 en sera de même des eœtxm&m généraux de conscience, de ces règlements de compte quotidiens, par lesquels le chrétien paie ses dettes à mesure qu'il les contracte, et se tient toujours en état de paraître devant la Justice divine. Ici, la grâce sacramentelle n'agissant plus, l'efficacité tout entière \ient du repentir ; le fruit de ces exercices si utiles tient donc uniquement aux moyens que l'on prendra pour rendre le repentir plus véhément.

C'est de là aussi que dépend le succès d'un exercice plus utile encore, de l'examen particulier. Comment pouvons-nous espérer de sortir victorieux de cette lutte persévérante contre notre défaut dominant, si le' repentir ne nous sert tout à la fois de bouclier et de glaive pour nous préserver de ses attaques et lui porter des coups meurtriers ?

Mais ce repentir si désirable oùle puiserons-nous? Ce bouclier tutélaire, qui en armera nos bras, qui l'aiguisera et lui donnera toute sa puissance? Cette force qui nous permet de nous relever après nos plus lourdes chutes, qu'est-ce qui nous la donnera?

Bien des motifs, sans doute, peuvent la faire naître dans notre cœur. Nous les emploierons tous avec avantage; mais, si nous voulons leur donner toute leur vertu, joignons-y ceux que nous fournitl'Apostolat delà Prière.

Ne nous contentons pas d'envisager les dommages temporels et éternels que nous causent nos fautes et nos infidélités; ce motifest par trop imparfait,

DE i. v f niF.iu . 881

et par lui-même il n'aurait pas le pouvoir de nous justihN r.

Ne noua contestons même pas de considérer l'outrage qe nos péchés fonl à la bonté divine. Ce motif, If plus parfait de tous, es1 trop spirituel pour la plupart dt's fîmes qui, no voyant dans ce résultat de leur péché aucun dommage sensible, ont quelque peine a m saisir tonte l'horreur.

Mais si nous considérons le dommage causé à la divine gloire dans les .une- dc> pécheurs, auxquels noire ferveur et nuire fidélité auraienl pu procurer les grâces du saint ; si à la lin d'une journée nous nous disons qu'avec quelques efforts de plus nous aurions pu obtenir un aile de contrition parfaite pour quelqu'un desquatre-vingt mille infortunés qui, dans le courant de cette journée, ont paru devant leur juge; que, sans prendre presque aucune peine, nous aurions ainsi assuré le salut d'une âme qui est perdue pour L'éternité; si, au bout d'un mois, d'une année, additionnant ces pertes, nous sommes contraints de nous avouer que notre lâcheté a coûté la vie éternelle à des dizaines, à des centaines d'âmes, pour lesquelles nous aurions pu l'acquérir au prix de quelques légers sacrilii es, dont il ne nous resterait maintenant que le mérite; combien ce motif, aussi parfait que l'amour même de la bonté divine, a plus de puissance pour émouvoir noire sensibilité et pour nous inspirer les résolutions les plus énergiques!

in*

$ III Alliance de iApasln'at avec l s diverse* décoiioii?.

Tous nos lecteurs savent ce qu'on entend par dévotions. Ce sont les différentes formes que revêt successivement la piété chrétienne, les différentes manifestations que produit spontanément, dans chacune des âmes qu'il échauffe de sa chaleur, le feu de la divine charité, en dehors des actes imposés à tous parles commandements de Dieu ou de l'Eglise.

L'Apostolat de la Prière est l'unede ces dévotions; mais bien loin qu'il tende à se surajouter aux autres de manière à gêner leur exercice, il n'aspire au contraire qu'à se confondre avec elles, en se révélant rie leurs forints et en les pénétrant de son esprit.

La première en dignité, en utilité, en douceur, en solidité, parmi les dévotions chères aux chrétiens pieux, est sans contredit la dévotion au Sacré-Cour. I h rand Evèque de nos jours l'a dit avec une pat faite justesse: « Celle dévotion est la quintessence même du christianisme, l'abrégé et le sommaire substantiel de toute la religion (I;.» C'est donc la bien ma! comprendre que de faire consister

1 Mgr Pic, évë'jue de Poiiiers.

toute sa pratique dans la récitation de quelques prières et de n'y n hercherautre chose qu'un symbole capable de frapper l'imagination el de donner au cœur quelques douces émotions. Si cette dévolion ne produisait pas d'autres résultats, elle ne |miiii raitjamais réaliser les promesses que Notre-Seigneur a faites à son Eglise en la lui révélant, el être l'instrument de ses miséricordes pour la régénération de la société. KM'1 ne produira ces grands effets qu'autant qu'elle s'emparera de la vie entière des chrétiens pieux, qu'elle les remplira de l'esprit de Jésus-Christ et qu'elle les fera servir de flambeau* brillants et ardents tout à la fois pour éclairer ceux •le leurs frères qui s'égai ent el embraser ceux que le froid a glacés.

Il tant donc que cette dévotion pénètre jusqu'au plus intime de noire être; il faut qu'elle nous lasse vivre de la vie du Cœur de Jésus; qu'elle nous anime de ses sentiments; qu'elle nous apprenne à parler son langage, en un mot, qu'elle fasse de nous ses images vivantes. Nous n'aurons quelque droit à nous dire les serviteurs de ce Cœur divin que lorsque nous nous approprierons toutes ses intentions, et lorsque nous nous préoccuperons sans cesse des grands intérêts qui le préoccupent uniquement, en un mot, lorsque nous pratiquerons l'Apostolat de la Prière. De même donc que la dévotion au Sacré-Cœur n'est autre chose que la religion chrétienne envisagée sous son vrai jour, ainsi l'Apostolat

l'apDSTO! \i

de la Prière n'est que la dévotion an Sacré-Cœur embrassée dans toute sa Largeur. 11 n'y a entre l'une et l'antre de différence que celle qui existe entre le foyer et la chaleur qui en rayonne, entre la force et le mouvement nécessaire qu'elle produit, entre l'amour et la tendance à accomplir les désirs de celui qu'on aime. L'amitié n'est pas solide, a dit un écrivain païen, si elle ne porte pas ceux qui s'aiment à vouloir et à repousser les mêmes choses. S'il en est ainsi de l'amitié qui unit ensemble les cœurs des hommes, se pourrait-il qu'il en fût autrement de celle qui unit les ceears des hommes au Cœur de leur Dieu? Et si ce pouvoir doit appartenir à la simple amitié avec Dieu, qui est la charité, pourrait-il ne pas appartenir à la dévotion au Sacré-Cœur qui est la charité portée à un plus haut degré d'intimité et de tendresse ?

Cette dévotion au Sacré-Cœur, aussi large que la religion même, peut revêtir bien des formes particulières ; toutes conviennent à l'Apostolat. Mais il en est une qui s'accorde plus parfaitement que les autres avec ses propres tendances, c'est la dévotion au Cœur agonisant (\). Honorerspécialement, entre toutes les marques d'amour que nous a données le Cœur de Jésus, les souffrances extérieures qu'il a

1; Voyez, au siijetdecetteloucl.aiitedévotion, l'opusculeiln P. Lyonnard: Le Cœur agonisant de Ji'sus et les agonisant,* iJe tous les jours. Paris. L^coffrc.

PB LA PFUfcRB.

endurées pendunl loute sa vie, mail surtout ilurant sa passion; obtenir par les mérites de cette longue agonie une bonne mort aux quatre-vmgi mille personnes environ qui eipirent chaque jour dans le monde entier, tel esl le double but de cette dévoi )n n'en saurait imaginer aucun qui réunisse à un pins touchanl intérêt une utilité pins immédiate, on n'en saurait non plus concevoir aucun qui SOÎt plus en rapport avec le bul de l'Apostolat Disons mieux, c'est le bul même de l'Apostolat sous son aspect le plus saisissant, puisque de toutes les Ames dont l'Apostolat tend à procurer le salut, les plus intéressantes, sans contredit, sont celles dont les destinées 36 fixent irrévocablement aujourd'hui.

Une dévotion analogue et, en quelque sorte, parallèle à relie du Cœur agonisant est la dévotion ait Ccew compatissant de Marie et à ses douleurs.

Pour ce qui est de la dévotion à la sainte Vierge, en général, nous n'en dirons rien, tant il doit être manifeste à tous ceux qui ont lu ce livre avec quelque attention, que l'Apostolat de la Prière est l'Apostolat de celte divine Vierge. C'est par lui qu'elle a mérité le titre de Reine des apôtres, et qu'elle a travaillé plus efficacement au salut du monde que tous les apôtres ensemble. Commencé dès l'instant de son Immaculée Conception, cet Apostolat de

L Al'OSlOl.AT

Marie a occupé toutes les années de sa jeunesse. C'est lui qui a fait descendre le Verbe de Dieu sur la terre. Mais quelles ardeurs nouvelles n'a-t-il pas acquises depuis l'instant où le Cœur de Jésus a pris sa demeure dans le sein de Marie ! Combien plus puissamment encore n'a-t-il pas concentré sur le salut du monde toutes les pensées de son esprit, tous les sentiments de son came, toutes les palpitations de son cœur ! A quoi sa vie a-t-elle été consacrée, dès cet instant, sinon à prier pour les hommes, à souffrir pour eux, à s'immoler pour eux ?

Rien n'est donc plus manifeste; nous ne saurions aimer Marie sans aimer avec elle les âmes dont l'amour se confond dans son cœur avec celui de son divin Fils; nous ne saurions lui devenir semblables sans partager son zèle ; et de toutes les pratiques que nous pourrions adopter pour lui plaire, celle qui lui sera, sans contredit, la plus agréable, sera l'imitation de son Apostolat.

Mais c'est surtout dans l'amertume de ses douleurs que nous chercherons le principe et la fécondité de cet Apostolat, auquel tous nous devons notre salut. Nous savons en effet qu'elle n'a pu coopérer avec Jésus-Christ à notre rédemption qu'en recevant dans son âme le contre-coup de toutes les blessures qui ont déchiré le corps de son divin Fils. Cette passion intérieure qu'elle a endurée sur le Calvaire a été pour elle un douloureux travail d'enfantement par lequel elle a donné la vie à nos âmes en donnant lamortàCe-

nr. Li primo

laiquidevaitèti enolrerançon. I

. gvait-ilétédità notre première un' re. Mariei échappé à cette sentence dans la production de Bén i il> premier-né, du nouvel Adam ; quant à ses enfants pécheurs, Marie a, au contraire, éprouvé dans leur enfantement 1rs douleurs de toutes ks mères ensemble. Ces douleurs bénies, qui sont le principe de toutes n<>> joies, comment ne seraient-elles pas aussi le principal appui de notre confiance? « N'oublies pas, nous dit le Sage, les gémissements dfl votre mère . Ce précepte ne nous coûtera point à accomplir. Mais si nous ne pouvons oublier les douleurs de Marie, nous avons la certitude qu'< ne les oublie point de son coté. Quand nous les lui rappelons, quand nous mettons sons ses m u\ celte heure cruelle, où ses maternelles entrailles, parta- - entre l'intérêt de son Fils prunier-né et l'intérêt des hommes coupables, sacrifiaient la vie dé celui-là au salut de ceux-ci; quand nous la conjurons d'user maintenant de tout son pouvoir d'intercession pour que cet immense sacrifice porte tous ses fruits; quand nous la prions pour les pauvres pécheurs au nom du sang de Jésus-Christ, qui coula sur s;i tête durant eette agonie affreuse, et au nom des larmes qu'elle mêla en si grande abondance à ce sang divin, nous ne saurions douter que et s prières ne remuent la fibre la plus sensible de son cœur,

1 F.. U.I.. vii,2n.

L\POSTÙL\T

et ne lui arrachent des miracles de miséricorde qu'elle n'aurait peut-être pas accordés à des sollicitations d'une autre nature.

Si l'intercession de Marie est le moyen infaillible de tout obtenir de Jésus, la dévotion aux douleurs de cette divine Mère est le moyen le plus efficace d'obtenir cette toute-puissante intercession.

11 est surtout une grâce que nous lui demanderons en considération de ces amères douleurs, c'est de réaliser enfin complètement la principale prière qu'elle faisait à Dieu le Père en lui offrant le sacrifice de son divin Fils, à savoir, de lui susciter des ministres dignes de lui, des images vivantes de toutes ses vertus et des organes fidèles de son amour, des hommes puissants en œuvres et en paroles, des hommes, en un mot, qui soient pour l'Eglise des derniers temps ce qu'ont été pour l'Eglise primitive les premiers apôtres, et pour la société chrétienne des âges suivants, les apôtres nouveaux dont la miraculeuse influence l'a fait sortir victorieuse de toutes ses grandes crises.

A moins que la Providence ne change de voies, nous pouvons nous tenir pour assurés que c'est par une influence semblable que seront écartés les dangers dont l'Eglise est menacée en ce moment. Nous pouvons être également certains que l'apparition de ces nouveaux sauveurs sera l'effet de la prière de Marie et le fruit de ses douleurs. A nous donc de hâter par ce recours fervent à ses toutes- puissantes

I pi h u MB

prières et par une tendre dévotion à ses douleurs bénies, le lever de ces astres consolants qui détail dissiper les tempêtes dont l'obscurité afflige en ce moment nus yeux.

Sans nous éloigner de Jésus et de Marie, sans sortir de la maison de Nazareth, premier théâtre de L'Apostolat de la Prière, nous trouveront un autre modèle p.t fait etun autre pi otecteur puissant d< Apostolat: tainl Joseph.

Plus encore que bob auguste épouse, ce saint patriarche s'est vu dépouillé de mus les moyens extérieurs qui auraient pu le mettre en étal de travailler à la Joirede son divin Fils. Sorti de ce monde avant que le Sauveur n'eûl commencé sa vie publique, i| n'a pu s'associer en aucune manière à si's prédications, ni assister à son sacrifice, ni communiquer avec ses apôtres, ni former ses premiers disciples. Tout son rôle auprès de lui s'est borné à servir d'abri aux anéantissements de son enfance et à diriger les obscurs travaux de sa rie cachée. Toutes ses oeuvres ont été des œuvres matérielles, les plus éloignées par leur nature du but spirituel de la mission du Verbe incarné.

El pourtant qui oserait dire que saint Joseph a été étranger à cette divine mission? N'est-ce pas l'Eglise chrétienne qui, empruntant les paroles de saint Bernard, le proclame fa coadjuteur fidèle du

grand conseil (1), c'est-à-dire le ce-opérateur, avec Jésus et Marie, de la grande œuvre du salut du monde? A ce sujet, du reste, il n'y a parmi les fidèles aucun doute: la puissance de saint Joseph, longtemps voilée dans l'Eglise, s'est manifestée dans ces derniers siècles avec un éclat incomparable. Révélée aux saints, saluée par les fidèles avec enthousiasme., cette dévotion nous apparaît comme une des preuves les plus touchantes du soin constant que Notre-Seigneur prend de son Eglise et de la sollicitude avec laquelle il prépare à ses maux renaissants des remèdes nouveaux.

Mais la dévotion envers saint Joseph n'est pas seulement une consolation pour notre piété; elle est surtout un encouragement pour notre zèle. S'il a été apôtre en rabotant des planches, qui donc pourra se croire exclu de l'Apostolat ï Si par la vertu de l'intention dont il animait des œuvres, si viles en elles-mêmes, dont sa vie entière a été composée, il a contribué au salut des âmes autant et plus que les plus éloquents missionnaires, que les plus admirables thaumaturges, qui est-ce qui aura le droit de nous opposer la nature de ses occupations ou les exigences de sa pauvreté comme une excuse qui le dispense de s'employer à cette œuvre? La mission des saints consiste à refléter les divers aspects de la

(1) Solum in terris magniconsiliicoarljntoremiidelissimuni. VI* leçon de l'office de saint Joseph.

DE LA NMIft] "M

via de Notre-Seigneur, afin de rendre ce divin modèle <li' tonte sainteté plus accessible a notre imita* tion. Saint Joseph esl destiné, pour sa part, b. reproduire cette vie cachée à laquelle le Verbe incarné a voulu consacref les oeuf dixièmes de son exis* tence terrestre. Il es! l'éoho infiniment éloquent de Dette ^grande leçon que nous avons déjà méditée et parlaquelle notre divin Mettre nous iait comprendre (\uc le méritede nos œuvres ne dépend on aucune manière do leur valeur intrinsèque, mais unique* ment de l'esprit dans lequel nous les accomplissons; Si donc nous voulons comprendre la puissance de l'Apostolat delà Prière, si nous voulons en exploiter les ressources et en recueillir tous les mérites, que pouvons-nous taire de mieux que de nous mettre à l'école île saint Joseph et de nous assurer de son concours? (le concours, il sera trop heureux de nous raccorder, et pourvu que nous voulions être à son égard de fidèles disciples, il ne refusera pas de nous admettre à cette gronde école de Nazareth, où s'apprend l'art de faire divinement les plus petites choses, et d'accomplir obscurément la plus glorieuse de toutes les œuvres.

11 est un Apostolat plus invisible encore que celui de saint Joseph et qui n'est pas pour cela moins efficace, c'est celui des saints Anges.

292 I. Al'OSrOLAI

La dévotion des saints Anges, toujours chère aux chrétiens, doit leur devenir plus chère encore dans ce siècle matériel, qui se refuse à reconnaître d'autres forces que celles dont les sens peuvent apprécier les effets, et dont l'action peut s'exprimer par des formules. Cette prétention, il est vrai, se voit journellement démentie par des effets merveilleux dont aucune force matérielle ne peut rendre raison. Satan se plaît, ce semble, à se jouer de ceux dont il a matérialisé l'intelligence, en déployant sous leurs yeux celte méchanceté spirituelle (1) à laquelle Dieu a livré, dans de certaines limites, l'empire de ce monde. Mais les manifestations des esprits mauvais, loin de ramener les hommes au culte des bons Anges, ne servent qu'à joindre à la plaie de leur incrédulité la plaie non moins dangereuse de la superstition, et à faire chanceler la société malade entre ces deux abîmes également éloignés de la vraie foi.

Plus que jamais donc les vrais chrétiens devraient se montrer empressés à invoquer les bons Anges, dont la protection peut seule nous défendre contre l'influence des anges mauvais. Plus que jamais nous devons nous rappeler l'avantage que nous avons de former, avec ces chœurs innombrables de purs esprits, une seule cité dont le Prince n'est pas un ange, mais un homme semblable à nous. Plus que jamais nous avons le droit de leur rappeler à eux-mêmes

(1) ËPH. VI, 12.

qu'ils doivent à notre natnre plus laible l'honneur de (aire partie d'un eorps dont 1»' chef es! Dion, et qu'ils sont kiius par conséquent de déployer, en faveur des membres innrmes de ce corps, toute retendue de leur pouvoir.

Mais, en invoquant les Anges, nous devons nous efforcer de les imiter, or, l'exemple le j>lu> touchant qu'Us offrent à notre imitation est celui de leur

Apostolat.

Wee quel dévouement ils se consacrent au salut des âmes qui leur ont été confiées! Le plus - 1 ai id nombre de ces âmes ne leur offre rien que de rebutant. Ravalées par leur condition, et bien plus ravalées encore par l'abus de leur liberté; obscurcies par toutes suites d'erreurs, souillées de \i<es, uniquement occupées à se dégrader et à s'é- Eoigner de la voie (lu salut, elles ne parviennent pourtant pas à lasser la patience de leurs eélestes gardiens. Ils savent les estimer encore, malgré tout ce qu'elles peuvent taire pour se rendre méprisantes, parce qu'au-dessous de l'épaisse enveloppe de boue dont elles se couvrent, ils discernent les traits de l'image divine, effacés sans doute, mais susceptibles de reprendre un jour tout leur éclat. Cette espérance soutient leur zèle.

Ils n'ont aucun moyen extérieur pour émouvoir ces âmes ensevelies dans la matière et dont les sens intérieurs sont presque oblitérés. Ils ne se lassent pourtant pis de leur parler intérieurement, épiant

le moment où leurs oreilles fermées viendi ont à s'ouvrir, et pourront recueillir ces sollicitations salutaires. .Mais surtout ils prient; ils conjurent la divine miséricorde ; ils la pressent de sauver malgré eux ces infortunés qui s'obstinent à se perdre. Ils n'interrompent pas un seul instant leurs prières pendant la vie entière de leurs clients ; mais avec quelle ferveur ils les redoublent à l'heure de leur mort ! C'est alors surtout, nous pouvons le croire, alors que toutes les influences humaines sont impuissantes, c'est alors que les influences angéliques agissent plus puissamment sur la pauvre àme, suspendue sur le bord de son éternité. Y a-t-il en effet témérité à penser qu'à ce moment décisif, qui doit fixer pour jamais les destinées de l'âme raisonnable , elle reçoit une dernière sollicitation de l'amour de son Créateur et de la miséricorde de son Sauveur? Si toutes les voies par lesquelles l'Eglise visible peut arriver à elle sont fermées, sommes-nous obligés pour cela de penser que l'Eglise invisible est réduite à la même impuissance; et n'avons-nous pas au contraire toute sorte de motifs de penser qu'à cet instant suprême le céleste gardien de la pauvre àme pécheresse se dédommage, par un dernier effort, de l'inutilité des travaux auxquels il s'est patiemment soumis pendant de longues années? Ah! que ceux qui ne croient pas à la réalité de notre société avec les Anges traitent ces espérances de rêves chimériques; mais si ces Anges sont nos frères, s'ils

l'i i v i-iiiHu -295

reçoivent vraiment de Diea la mission de guider les Ames m ciel, s'ils confondent le désir du salut de c - .unes a\rc l'amour de la gloire divine, s'ils ont pourattcindre ce but mille moyens qui nous échappent, pourquoi se plairait-on à poser des limites arbitraires à la puissance do leur concours, et pourquoi nous empêcherait-on d'attendre de vrais miracles de leur Apostolat ï

Mais il est manifeste que tout ce qui augmente notre confiance dans L'Apostolat des saints Anges doit aussi accroître notre confiance dans l'efficacité des prières que nous faisons pour le salut du prochain. Leur intervention résout une des principales difficultés contre lesquelles vient se briser tropsou- \eiit cette confiance, et console l'une des plus grandes douleurs dont puisse être affligé un cœur chrétien. — J'avais prié bien des années pour une âme chérie, et voilà que Dieu l'a appelée à lui avant que le ministre de l'Eglise eût pu la préparer à se présenter au redoutable tribunal. .Mes prières ont donc été inutiles! — Vous pourriez pent-ètre le dire, si, auprès de cette âme, au moment où le coup terrible l'a frappée, ne s'était pas trouvé un ministre de l'Eglise d'en haut, un organe invisible des miséricordes célestes, que son invisibilité même rendait alors plus puissant pour la secourir.

Ne désespérez donc plus du succès de vos prières, et désormais redoublez de ferveur dans votre Aposlolat. Ne vous lassez pas plus que les saints Anges;

■„'!<fi L'ÀPOSTQl '• i

lie vous laissez |»«ts pins rebuter qu'eux-mêmes pat l'étal eu quelque sorte désespéré drs âmes pour

lesquelles vous priez. Ce fils s'abandonne à la débauche; cet époux perd chaque jour le peu de loi qu'il conservait encore; il ne parle plus de Dieu que pour l'outrager et de l'Eglise que pour la maudire; ces infortunés sèment le scandale sur chacun de leurs pas comme une mortelle contagion; leur obstination vous décourage. — Elle ne devrait pas même vous troubler. Voyez leurs Anges gardiens! se découragent-ils.? se troublent-ils? se laissent-ils aller au dépit, à cause de l'inutilité de leurs efforts? Ils ne désirent pourtant pas moins vivement que vous le salut de ces âmes ; ils n'ont pas une moindre haine pour le mal. Imitez-les; unissez-vous à eux; invt>quez-les souvent. Les saints ne cessaient d'implorer l'assistance des Anges gardiens, préposés à la conduite des âmes au salut desquelles ils s'employaient ; peut-être vosefforts n'out-ils été infructueux jusque ce jour que parce que vous avez négligé cette ressource. Désormais, faites-vous des saints Anges les appuis aussi bien que les modèles de votre Apostolat, et, n'en doutez pas, la fécondité de cet Apostolat sera centuplée.

Le Cœur sacré de Jésus, le Cœur immaculé de Marie, saint Joseph, les saints Anges, voilà de bien

DE LA l'Hll n V97

puissants patrons ; sont-oe les seuls! Non sûrement. Dès que dous nous coqs tcrerons séi teustmenl a l'Apeetolatdela Prière, nous, serons assurés d'avoir

aillant (l'aii\ili.iirrs que l'Eglise a produit de Saints, et que le ne] compte d'habitants»

11 n'est pas en effet dans le séjour i i « ■ la gloire un seul Bienheureux qui y soit arrivé par une autre voie que par oelle de la charité. 11 n'en est pas un seul qui, en franchissant le seuil de <ctt<* sainte demeure,

n'ait senti s'accroître sou amour pour ses frères de la ici re, dans la même proportion dans Laquelle croissait son amour pour le Père céleste; pas un seul par conséquent, qui ne soit dispose a user de tout son pouvoir pour aider les efforts de tous ceux qui travaillent au salut des âmes.

Rien ne nous sera donc plus facile que de faire servir aux lins de l'Apostolat les dévotions particulières qui nous attachent à nos saints de prédilection. 11 < si en effet, dans la société surnaturelle, comme dans la société naturelle, des sympathies parfaitement légitimes. Dans la famille du l'ère céleste la charité doit unir , tous les. cœurs; mais ce lien commun à tous n'empêche pas qu'il n'y ait entre quelques-uns une intimité plus .mande. Quelle union fut jamais plus étroite que celle des apôtres avec leur divin Maître? El pourtant le Sauveur lui-même ne cachait pas sa prédilection pour saint Jean, et l'Evangile nous laisse apercevoir parmi les apôtres la trace de certaines liaisons plus intimes. Ainsi les astres du

lirni. ment, unis par le lion commun de la gravitation, sôwl distribués en groupes innombrables, dont les parties sont dans une dépendance plus intime les nues a regard des autres; et les mouvements particuliers qui résultent de celte dépendance, loin de troubler l'harmonie de l'ensemble, ne font que la rendre plus belle.

G'e51 aune disposition analogue de la divine Providence qu'il faut attribuer ces instincts surnaturels qui nous attirent vers certains Saints et auxquels répondent, nous n'en saurions douter, de la part de ces Saints eux-mêmes, un intérêt spécial et un zèle plus ardent pour notre salut. Chacun des astres principaux du firmament spirituel est destiné à exercer son influence sur un groupe d'astres secondaires, dont l'éclat doit accroître son propre éclat. Donner à chacun de ces astres, dont la gloire doit être leur œuvre, toute la splendeur que la bonté de Dieu lui destine, telle est la tâche que les Saints ont commencée sur la terre, mais qu'ils poursuivent dans le ciel, et qui ne sera pleinement accomplie qu'à la tin des temps. Quand nous les invoquons, nous ne faisons autre chose que de les mettre en demeure d'accomplir cette mission. Comment pourraient-ils s'y refuser?

Mais jamais nous ne serons plus sûrs d'obtenir leur concours, que lorsque nous-mêmes nous nous efforcerons d'attirer avec nous vers eux d'autres âmes. Alors, en effet, nous fournirons à nos célestes

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