‹ L'"Apothéose" de RenanChapitre 10 sur 27 · Journal des Concourt · texte numérisé non relu

Journal des Concourt

l'Église rappelle les menaces du Sauveur contre les auteurs de scandale : « Malheur à l'homme par qui le scandale arrive! » — Quelle a été cette fin? On Tignore. Il est du moins certain que le prêtre n'a pas été appelé et que, selon la parole fîère prononcée par un concierge du Collège de France, on n'a pas vu de ces gens-là.

Renan avait protesté par avance « contre les faiblesses qu'un cerveau ramolli pourrait lui faire dire ou signer ' »; Dieu Ta pris au mot ; il n'a rien eu à signer ou à dire. Quant au cerveau, était-il ramolli? Les journaux, payés pour chanter sa gloire, ont parlé d'une agonie sereine, calme comme la fin d'un beau jour; ils l'ont fait avec une telle insistance qu'ils donneraient l'envie d'en douter. Renan étai tmalade depuis environ dix mois ; il était revenu de Bretagne à Paris, vers le milieu de septembre, dans un état qui épouvantait ses amis et flatteurs; ce n'était plus qu'une masse de chair affreuse à voir : « On avait peine, dit un de ses familiers, à reconnaître, dans le visage affaissé et comme détendu, cette physionomie forte, épanouie2... » Il souffrait horriblement au moral et au physique : « La conscience de son état, le pressentiment d'une fin prochaine ont attristé profondément cette intelligence 3. »

Page 1