octobre; article de M. Gaston Deschamps
allait chez Renan ; et, la première fois, « l'émotion, dit-il, fut si forte, qu'elle faillit me faire tourner la tète ». Le vertige passa: et depuis vingt ans, malgré les palpitations quotidiennes, M. Berger a pu vivre de pair à compagnon avec ce puissant génie qui « excellait dans l'art d'accoucher les esprits ».
Laissons les Débats à leur douleur et allons à l'Institut ; il n'y a que le pont des Arts à traverser ; et Renan a dû faire bien souvent ce trajet. Sur le cercueil où l'on a enfermé ses restes, une plaque porte ces simples mots : « Ernest Renan, membre de l'Institut. » — En 1876, l'Institut (M. Jules Simon le constate avec chagrin * j refusa d'assister aux funérailles civiles de Félicien David ; mais depuis quinze ans, grande mortalis œvi spatium, on a changé tant de choses ! Ce que l'Académie appelait alors infamie s'appelle aujourd'hui la gloire ; et le dictionnaire de l'Académie devra être profondément remanié ; surtout après la réception d'Emile Zola. En attendant, bon nombre d'académiciens suivaient le convoi de Renan : MM. Alexandre Dumas, Hervé, J. Simon, Coppée,... c'est-à-dire le théâtre, la presse, la philosophie, hélas! et la poésie. L'éloquence académique y trouva aussi sa place, et produisit plusieurs chefs-d'œuvre d'un genre inconnu aux rhétoriques du temps liasse. Jamais l'Académie ne s'était évertuée avec autant