Les Débats, lundi 10 octobre
M. J. Lemaître devra vivre uniquement de son propre fonds.
En attendant, il s'amuse, il renanise autour du cher mort. Il déclare que Renan a été « mis au monde par un décret spécial et nominatif de l'Éternel » ; que Renan « nous a sauvés de l'impiété » ; que Renan « est né prêtre »; que Renan fut un « bénédictin » (j'en fais mes condoléances aux Rénédictins}; que Renan, dans ses leçons au Collège de France, commentant Reuss, Graf, Kuenen et Wellhausen, « avait l'air de les comprendre »; enfin que Renan « est un Rreton qui est un Gascon ». Après quoi M. J. Lemaître songe que son cher maître le regarde écrire cet article, « du fond de son immortalité » ; car le cher maître n'est pas un Papou ; un Papou, selon Renan, ne peut pas avoir une âme immortelle ; cette faveur est réservée aux savants qui habitent aux antipodes de la Papouasie !
Pauvres gens de lettres, pour qui la mort môme n'est plus une chose sérieuse ! Pauvres « orphelins » de Renan! C'est à M. Emile Faguet que nous empruntons ce terme; il l'a trouvé dans « l'émotion de tout son être intellectuel,... dans la sensation intime et profonde d'abandonnement et d'orphelinat1 ». Dans cette sensation d'orphelinat, il arrive à M. Emile Faguet d'écrire comme il suit : « Renan... a eu dix fois moins d'ambition que son