‹ L'"Apothéose" de RenanChapitre 24 sur 27 · I. Voir s;i Lettre à Alphonse Peyratj Univers* lô octobre · texte numérisé non relu

I. Voir s;i Lettre à Alphonse Peyratj Univers* lô octobre

le premier prosateur du siècle ; c'est, un écrivain de second ordre, comme c'est un savant de seconde

main. Ses thuriféraires, ses « orphelins », écrivent aussi bien que lui : souvent mieux. M. A. France, par exemple, possède le même balancement cadencé, régulier, monotone de la phrase ; mais son Style rythme est maintes fois intéressant et il devient presque gai. Le style de Renan, dans ses œuvres sérieuses, est monotone, d'une monotonie ennuyeuse, étouffante. A travers cette prose, il ne circule ni air ni lumière. L'imagination est de courte haleine ; le coloris pâle ; l'esprit sans ailes ; l'expression filandreuse, recherchée, commune.

Sauf les récits, parfois les dialogues, où Renan babille, papillonne, miroite (sans dépasser la moyenne), il est poseur, pesant et louche. Dans les œuvres philosophiques, les idées, sans franchise et sans énergie, se traduisent en petits bouts de phrase qui courent les uns après les autres, à la débandade, sans se tenir et sans s'appeler. La pensée fuit en se tortillant comme le reptile, en frétillant comme le lézard : c'est le caractère du renanisme littéraire.

Il est une curieuse expérience, que nous avons faite et que tout le monde, avec un peu de patience, peut vérifier ; elle consiste à ouvrir un des ouvrages philosophiques de Renan, à prendre un alinéa quelconque, à le lire en commençant par la dernière phrase. Cela se suit tout aussi bien que si

Ton commençait par la première ligne ; on ne perd point le fil des idées ; le fil n'existe pas. Au surplus, le lecteur qui dépasse la quatrième page sans bâiller est un homme fort.

Ni là ni ailleurs, chez Renan, on ne sent une âme. Aucune passion, aucune flamme, aucune fierté, aucune grandeur, aucun souffle qui élève et emporte. C'est de la musique, nous assure-t-on ; soit, mais de la musique à la manière des tziganes ou des orgues de Barbarie. Une œuvre littéraire, au dire de La Bruyère et de tous les habiles, est faite de main d'ouvrier, quand elle « vous élève l'esprit et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux { ». Les livres de Renan, jugés •d'après cette règle, se placent au niveau du Mercure galant, ou plus exactement, bien au-dessous, car le Mercure est inoffensif. Tout dans l'œuvre de cet homme tend à baisser les âmes, ou à les troubler, ou à les décourager. Nulle part une pensée Kénéreuse, qui jette en pleine vérité, qui pousse en pleine vertu. Il s'amuse.

La Bruyère écrit encore, au même endroit : « Il y a des esprits plagiaires, traducteurs, compilateurs ; ils ne pensent point; ils disent ce que les autres ont pensé. » Est-il nécessaire de démontrer que c'est là précisément le cas de Renan ? Il n'est pas un penseur. Son collègue de L'Académie e1 «1rs Deux Mondes, M. de Mazade, le mesure d'un mot :

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