IV
COUVEXT DE ChICOUTIMI — InFLUEXCE DE M. ÊacIXE SUR LES PROGRÈS DU SaGUENAY — L'iNCENDIE DE 1870— Le SÉMINAIRE
DE Chicoutimi — Une cathédrale.
^^.^E Révérend M. Racine, qui dès la première
année de son séjour à la Rivière-du-Loup
fe^ s'y était occupé de la fondation d'un
couvent, ne pouvait manquer de vouloir
1^^ doter sa nouvelle paroisse d'une semblable
institution. Les couvents, on peut le dire sans
hésitation, ont joué un rôle considérable dans
l'établissement de notre jeune peuple ; le clergé et les
fidèles en ont bien saisi l'importance, dès les premiers
temps dç; la colonie, et n'ont pas depuis changé d'avis
à cet égard. Il y eut des couvents à Québec et à
Montréal avant que l'on y ouvrît des séminaires, et les
circonstances l'exigeaient ainsi. En eftet, la mère patrie
fournissait facilement les ouvriers évangéliques et les
hommes de profession que requérait le pays. Mais les
mères de famille, il fallait les former sur place ; et si
nous sommes fiers ajuste titre de la politesse de nos
mœurs, si nous parlons encore avec orgueil notre bonne
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Hnoille langue du grand siècle, si nous sommes heureux '•d'être bons catholiques, avouons avec reconnaissance que nous devons en grande partie ces avantages précieux au dévouement des Marie de l'Incarnation, des Marguerite Bourgeoys et de leurs saintes compagne?. — Or, h plus d'un point de vue, la colonisation du Saguenay a reproduit fidèlement, sur un théâtre *inoindre, sans doute, les circonstances de la fondation de la Nouvelle-France. Et, à l'exemple des premiers missionnaires du Canada, M. Racine comprit tout de suite qu'à cette population, isolée du reste du pa3"s, il fallait procurer tous les secours nécessaires pour assurer 'fion avenir.
' C'est en 1864 que M.' Racine fonda le couvent de
Chicoutimi, et le confia; du- dévouement des Révérendes
'Soeurs du- Bon-Pastéiir, qu'il avait 'jiu apprécier dans
l'établissement d'uiie œuvre semblable à -la Rivière-du-
' Lotip. Ses bienfaits envers cette institution ne feâu-
' l'aient être comptés ; il aida constamment à ses progrès,
'avec une sollicitude qui ne se ralentit jamais. Dans
'ses dernières àilnées, ilèutla j'oîe de voir 'Cette' première
'de ses fondations' i\ Ghic'ôutiitai prendre» des' dév'élop{)e-
'ïiients nouveaux, sous la; direction intelligente de son
reiri plaçant' à la cure de' Chicoutimi, 'M. l'abbé -Amb.
J'afard.
Chaque année, le 24 janvier, on solennisait au
Couvent l'anniv^ersçiire de la naissance du Fondateur bien-aimé, et ceux qui ont eu la bonne fortune d'être témoins des réjouissances que ce beau jour ramenait avec lui, n'oublieront jamais de q,uelle. délicate manière on s'ingéniait à témoigner au bon Père l'amour, la vénération et la reconnaissance qui remplissaient , les cœurs. Le 24 janvier 1888, qui, précéda de si près la mort de Mgr Racine, la,. fête, était préparée cornme à l'ordinaire, tellement l'on voulait espérer même contre toute espérance. Mais, hélas ! ces pieux préparatifs furent inutiles ; il fallut se contenter d'offrir au, Pasteur tendrement aimé des souhaits de bonheur, des vœux pour sa guérison et des cadeaux, précieux gages de gratitude, qui réjouirent le cœur du malade ; mais l'offrande du plus gr^nd prix fut une communion générale faite par la communauté, le matin de la fête, pour demander son rétablissement.
--.^pnseigneur Racine, depuis spn élévation à l'épisco- .pat, célébrait phaque .piatin Ja sainte messe .^çla-ns, la pieuse çh^-pelle du couvent de Chicoutimi, et c'est là qu'il offrit .ppurja dernièirq foi? le.s^-int sacrifice,, le 10 ^pyjen^bra ^887.
Mais le curé; de Chicoutimi ne renferma pas l'action de son zèle dans ses fonctions , de pasteur des âmes ; jusqu'à Ja fin de sa vie, nous le voyons remplir pour le Saguenay le rôle important du clergé canadien dans la
SG l'apôtre
direction spirituelle et temporelle de notre jeune X3euple, violemment séparé de sa mère patrie. En effet, on peut dire que, de 1862 jusqu'à l'époque de sa mort, il ne s'est rien fait d'important au Saguenay, sans la coopération, et souvent l'initiative, de Mgr Racine. Ainsi, pour ne parler en ce moment que des développements matériels de ce territoire, quels efforts et quelles démarches ne s'est-il pas imposés pour l'ouverture des chemins de colonisation ! Il avait bien saisi l'importance de ces améliorations pour l'avenir du Saguenay; et les événements sont venus plus tard justifier ses prévisions. Lorsqu'on ne crut pas devoir agir suivant ses conseils, on eut à regretter des travaux inutiles et des dépenses sans résultats. Cette voie ferrée, qui relie à présentie Saguenay au reste de la Province, et qui fut enfin complétée dans ces dernières années, grâce au bon vouloir des gouvernements d'Ottawa et de Québec, avec quel dévouement et quelle énergie il travailla à sa réalisation ! Disons, en un mot, qu'il s'était si bien identifié avec ce pays du Saguenay, qu'il faisait de ses progrès en tout genre comme son affaire personaellè. Aussi, les gouvernants le savaient si bien renseigné sur cette contrée, ils s'étaient si bien habitués à lui voir plaider la cause des colons en toute circonstance, qu'ils ne prenaient aucune décision sur ce qu'il fallait faire au Saguenay, sans l'avoir consulté auparavant. De même, le peuple du Saguenay, qui l'avait vu à l'œuvre pendant
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un si grand nombre d'années, et savait qu'il pouvait compter sur lui comme sur un ami dévoué et un protecteur puissant, s'était accoutumé à recourir à lui diins tous ses besoins et toutes ses difficultés : aussi son découragement fut-il profond, quand il se vit privé de celui qu'il regardait avec raison comme son plus ferme soutien, comme son meilleur ami ! Il ne voulut être consolé, que le jour où il vit que la Providence lui donnait de nouveaux Pasteurs si aptes à recueillir cet héritage difficile, de nouveaux Pères dont le cœur renferme de pareils trésors de bonté et de dévouements
Heprenons cependant le cours de notre récit, et continuons de contempler les œuvres de cet apostolat lono; et fructueux.
L'année 1870 restera tristement mémorable dans les annales du Saguenay. Le 19 mai, tous s'en souviennent encore, un effroyable incendie ravagea presque toute la partie colonisée de ce vaste territoire. L'élément destructeur, parti des environs de la rivière Mistassini, au lac Saint-Jean, ne s'arrêta qu'à la Baie des Ha ! Ha !, après avoir ravagé une superficie d'environ quinze cents milles. Ce jour-là, cinq cents familles, dont la plupart avaient pu acquérir une certaine aisance à force de sueurs et de fatigues, se virent réduites à la plus extrême indigence. Dans la soirée, entre sept et huit
heures, l'incendie avait atteint les hauteurs qui entourent Chicoutimi, et le village était véritablement entouré d'un cercle de feu. C'est alors qu'on vit même un protestant, feu M. William Price, l'un des membres de la maison Price, accourir vers le curé de Chicoutimi et demander sa protection. M. Eacine se rendit aussitôt au Bassin de la rivière Chicoutimi, réunit la population de l'endroit au pied de la croix érigée sur le site de l'ancienne chapelle des Jésuites ; et ce peuple consterné s'unissant à son pasteur, d'ardentes supplications s'élevèrent au ciel, pour demander la cessation du fléau. Le feu s'arrêta, et le village fut préservé. Tout le monde est resté convaincu que la prière du curé de Chicoutimi obtint cette protection extraordinaire. On se demande avec eifroi quelle aurait été l'étendue de la calamité, si le village avait été incendié. Les habitants, chassés par le feu, n'auraient eu pour refuge que les eaux de la rivière Saguenay, et n'auraient ainsi évité un genre de mort que pour périr d'une autre manière. En outre, si le village de Chicoutimi avait été dévasté, lui aussi, comment aurait-on pu pourvoir aux secours immédiats que réclamait une population en détresse, disséminée par tout le Saguenay ?
En effet, c'est à Chicoutimi qu'un comité de secours se forma aussitôt pour venir en aide aux pauvres incendiés, et éubvint aux besoiri's les plus urgents, en attendant l'assistance du dehors. M. Racine fut Tâme